Santé publique : Quand le prix des médicaments devient une maladie

D’après les relevés de terrain tenus par le ministère de la Santé publique (Minsanté), les différences tarifaires pour un même médicament trahissent des pratiques pernicieuses au sein des pharmacies d’officine ou des hôpitaux du pays.

Le ministre de la Santé publique, du pain sur la planche…

Les malades n’ont pas forcément le réflexe de comparer les pharmacies. Et pourtant, ils y gagneraient pour faire le même constat que Manaouda Malachie. Dans une note publiée le 3 janvier 2020, le Ministre de la santé accuse formellement les établissements pharmaceutiques (officines, grossistes et pharmacies des hôpitaux) de surfacturation des prix des médicaments. Dans les verbatims de certains citoyens de Yaoundé, cette accusation rallie de nombreux suffrages et se nourrit d’un sentiment furieux d’impuissance, ressassé à l’infini sur les réseaux sociaux.

Tour
«Je l’ai vérifié moi-même. Pour ma dose quotidienne d’insuline, je ne débourse pas le même montant une fois que je change de pharmacie. Je ne sais pas de quoi il s’agit finalement», peste Olivier N. Pour sa part, Olive K. brandit un autre cliché: «les ¾ des boîtes de médicaments vendus en pharmacies sont dépourvues d’étiquette et la moitié des produits sont situés sur des présentoirs derrière le comptoir des pharmaciens. Impossible alors, pour le consommateur, de savoir ce qu’il paiera avant d’acheter». À entendre quelques garde-malades rencontrés à l’Hôpital central de Yaoundé, la violence des mots est également éruptive autour du sujet. En tout cas, d’une certaine façon, la Ligue camerounaise des consommateurs (LCC) établit une convergence. «Au Cameroun, un même médicament peut coûter 3 fois plus cher selon l’endroit où il est acheté» éclaire Delors Magellan Kamseu Kamgaing.

Défense
«Cela ne devrait pas exister; la formule des prix est la même et c’est ce qui se passe depuis 50 ans au Cameroun; on essaye d’uniformiser les prix des médicaments», ajuste Dr Prosper Hiag, le président de l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (ONPC). En tout cas, Manaouda Malachie juge la pratique «contraire à la politique d’accès aux soins et services»; d’où des altercations récurrentes avec des agents du ministère du Commerce. Ubuesques, ces scènes marquent au fer rouge l’image des établissements pharmaceutiques comme lieux de basses manœuvres. Et lorsque la ligne de défense se déploie, Dr Dieudonnée Mal Jam présente l’image du pharmacien soucieux du consommateur. «Pour nous c’est davantage un patient qu’un client. Et c’est la raison pour laquelle très souvent, nous lui proposons plusieurs références afin qu’il puisse choisir celui qui correspond à son besoin et à son budget», dit-il, dans un effort très appuyé de balayer tout soupçon de manipulation des prix dans son officine. Au moins, le problème n’est pas inconnu de l’ONPC. «Je crois davantage que cette différence de prix, c’est pour certains médicaments qui s’adressent à des malades spécifiques, des médicaments qui ne sont pas homologués et que la pharmacie est obligée de faire venir par des express mail service; c’est ce qui fait que le médicament revienne plus cher et ça dépend des négociations du pharmacien et de la durée de la commande. On a déjà beaucoup débattu sur ce problème des prix, l’idée est qu’on essaye d’uniformiser le prix des médicaments», explique Dr Prosper Hiag.

Jean-René Meva’a Amougou

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