Cameroun-ISMP : Viviane Ondoua Biwole limogée pour ses convictions

L’experte en management public a été débarquée du poste de directeur général adjoint de l’Institut supérieur de management public (ISMP). Objectif : empêcher la jurisprudence qu’elle tentait d’instaurer sur le respect des lois de 2017 sur les entreprises et les établissements publics.

Dans le sérail au Cameroun, sa liberté de ton, bien que tolérée, n’a jamais été appréciée de tous. À la suite de chacun de ses posts sur les réseaux sociaux, tribunes dans la presse, ouvrages… il s’en trouve toujours des personnalités pour signifier à Viviane Ondoua Biwolé, de façon parfois autoritaire, qu’elle sort des codes. C’est ce qu’il s’est passé, ce jour de janvier 2017, où elle fut sermonnée pour avoir estimé, dans un post sur Facebook, que la Commission pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme du Cameroun n’était pas une réponse appropriée à la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et d Sud-Ouest du pays.

En écoutant, ce 6 mars, le décret de nomination de Jean Marcel Okeng au poste de directeur général adjoint (DGA) de l’Institut supérieur de management public (ISMP), en remplacement de Viviane Ondoua Biwolé, beaucoup n’ont pas hésité à faire le lien entre cette décision et ses prises de positions publiques. Certains établissent même une relation de causalité entre cet acte de Paul Biya, rendu public au journal de 13 heures de la CRTV (la radio d’État), et un billet publié plus tôt sur le blog de l’experte en management public. Intitulé «une femme camerounaise pour succéder à Paul Biya», ce texte de l’enseignante d’université, rédigé à l’occasion de la Journée internationale de la femme, stipule que le Cameroun a une expertise féminine capable de diriger ce pays d’Afrique centrale. «Alors, mesdames, sentez-vous capables !», achève l’experte dans son texte.

Rappel de la loi

Il est clair, ce billet a une connotation féministe. Et dans un environnement camerounais encore machiste, peut-être a-t-il accéléré le processus. Mais au moment où l’ancien inspecteur général du ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative fait ce post, une procédure est déjà enclenchée à sa demande. Tout commence courant février  2019. Lors de la session budgétaire, le Conseil d’administration est informé de l’existence d’une correspondance à lui adressée.  L’objet de la lettre : «disposition à prendre pour la fin de mon mandat».

Dans ce courrier, le DGA d’alors informe que le poste qu’elle occupe sera vacant dès le 30 juin 2019 au plus tard. Car son mandat s’achève un jour avant. En effet, rappelle celle qui a codirigé, quelques mois plus tôt, la rédaction d’un ouvrage intitulé «Lois sur les établissements et entreprises publics au Cameroun. Innovations et reculades», dans ses alinéas 1 et 3, l’article 36 de la loi N° 2017/210 du 11 juillet 2017 dispose que «le directeur général et le directeur général adjoint sont nommés pour un mandat de trois (3) ans renouvelable éventuellement deux fois» et «dans tous les cas, les mandats cumulés du directeur général ou de son adjoint ne peuvent excéder neuf (9) ans». Ayant été nommée le 29 juin 2010, elle ne devrait plus être en poste le 29 juin 2019.

Jurisprudence

De ce fait, l’experte en management public invite le Conseil d’administration à prendre «les dispositions nécessaires pour le bon fonctionnement de l’établissement public, en attendant la nomination par l’autorité investie par le pouvoir de nomination», comme prescrit dans l’article 42 alinéa 3 de la même loi. Mais la démarche est regardée d’un mauvais œil. En fait, à l’ISMP comme dans plusieurs autres institutions, les mandats des directeurs généraux, des présidents et de certains membres des Conseils d’administration sont échus, au regard de ces dispositions légales. Il faut donc à tout prix ramener cette «rebelle à la raison» pour éviter que son cas fasse jurisprudence.

Malgré les pressions, cette femme de conviction ne plie pas. Sa ligne  de défense: le respect de la loi est un principe de bonne gouvernance. Et comme elle l’a souvent rappelé, la responsabilité pénale est individuelle. À l’issue du Conseil, l’affaire est montée en épingles dans le sérail jusqu’à la décision de ce 6 mars 2019.

Les partisans de la politique politicienne voient une immaturité politique chez cette intellectuelle pur jus. Ces propos, souvent tenus par Viviane Ondoua Biwolé peuvent leur être opposés: «on n’est pas tous obligés d’être ministres ou directeurs, mais cela ne nous empêche pas de servir notre pays ». Pour elle, «il vaut mieux parfois agir par conviction et non pas toujours par calcul».

Aboudi Ottou

 

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