Le 7 de la dernière heure

Le président de la République du Cameroun, Paul Biya a signé vendredi 02 mars 2018, des décrets portant nomination de nouveaux responsables au sein de son gouvernement. La liste des ministres.

Ils accèdent pour la première fois à un poste ministériel ou assimilé… en fin du septennat du prince. Qui sont-ils ?

 

Georges Elanga Obam, «Le pm»

C’est le tout premier ministre de la Décentralisation et du Développement local. Mission : parachever le processus et conférer véritablement aux collectivités locales décentralisées plus d’autonomie et de vie. Jusque-là, il était conseiller technique auprès du Premier ministre. Au-delà, il porte aussi une autre casquette puisqu’il est membre du Conseil d’administration de la Caissede stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH). On l’avait également vu en 2015 comme Coordonnateur du Secrétariat Technique du Comité de suivi de la mise en œuvre du plan triennal pour l’a

ccélération de la croissance. Georges Elanga Obam a participé à la rédaction du Rapport d’état du système éducatif national (RESEN). Pour le compte du RDPC, il milite dans le Dja et Lobo II (Zoetélé).

 

Gaston Eloundou Essomba, le dur

Les militants et militantes de la section Rdpc Mefou et Akono Sud-Ouest l’ont à cœur. «Il nous montre l’exemple à suivre», déclarait l’un d’eux au cours d’une récente conférence de section. En même temps, le nouveau ministre de l’Eau et de l’Energie est ferme. La preuve: en septembre de l’année dernière, l’ancien directeur général de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp), a limogé son «frère du village» accusé d’extorsion de fonds à des tiers dans cette structure publique.

 

 

 

 

 

 

Nalova Lyonga Pauline, «animal politique»

 

02 mars 2018, ministre des enseignements secondaires ! En l’espace de 3 mois, cette dame incarne finalement l’«animal politique». Virée de l’université de Buea en juin 2017 par Paul Biya, l’ancienne Vice-Chancellor va rebondir quelques mois après comme PCA de l’Hôpital général de Douala, en novembre 2017, toujours grâce au décret du président. Auteur de plusieurs revues et
livres sur la littérature africaine sur les théories féminines, Nalova Lyonga Pauline est titulaire d’un Phd obtenu à l’université d’Ann Arbor dans l’Etat du Michigan aux Etats-Unis.

 

 

 

Samuel Mvondo Ayolo, un benguiste au bercail

Selon Journal du Cameroun.com, sa nomination peut être lue comme une surprise quand on sait qu’il remplace Martin Belinga Eboutou, réputé fidèle ami du président. Agé de 61 ans Samuel Ayolo Mvondo est un natif de Sangmélima (région du Sud). De retour au Cameroun, le nouveau DCC, désormais ancien ambassadeur, entre dans la fonction publique en décembre 1985 en qualité
de contractuel à la direction de l’Information et passe toute sa carrière dans les services centraux du ministère des Relations extérieures jusqu’à sa nomination au poste de directeur des Nations unies et de la Coopération décentralisée en 1997.En 2008, il est nommé ambassadeur du Cameroun au Gabon. Dix ans plus tard (le 11 avril 2016 précisément), il est propulsé vers Paris comme ambassadeur du Cameroun en France. Il est titulaire d’un diplôme d’Études approfondies (DEA) de science politique obtenu à l’université Jean Moulin de Lyon en France.

 

 

 

Mbayu Felix, dans la maison

Il est l’une des nouvelles têtes du gouvernement. Secrétaire général du ministère des Relations extérieures, il sera désormais au ministère délégué auprès du ministre des Relations extérieures, en charge de la coopération avec le Commonwealth. Né le 11 avril 1957 à Mankon (Bamenda), il s’est particulièrement insurgé contre quelques-uns de ses collaborateurs du ministère des Relationsextérieures (Minrex), où il officiait jusque-là comme secrétaire général. En effet, assurant l’intérim de Lejeune Mbella Mbella (le ministre), ce diplomate avait, en début de l’année en cours, mis en garde certains agents du Minrex enclins à la divulgation des informations stratégiques à des tiers.

 

 

 

galax Yves Landry Etoga, sur la galaxie des pandores

C’est le remplaçant de Jean-Baptiste Bokam au secrétariat d’Etat à la Défense en charge de la gendarmerie. Il occupait jusqu’ici le poste de chef de Division des affaires juridiques et des traités au Minrex.

 

 

 

 

Oswald Baboké, pasto à la dcc

Un diplomate pour remplacer un journaliste. A 44 ans, l’homme est, avec son épouse Crescence, pasteur d’une église de réveil basée à Yaoundé. Ceux qui le fréquentent allèguent qu’il est aussi excellent communicateurConseiller Technique à la présidence de la république, M. Baboké est un diplomate. Il est le véritable directeur de cabinet de la première dame, chargé de ses affaires
privées, de l’envoi de fleurs à la gestion de son agenda. D’aucuns interprètent sa nominations comme «une injection de sang neuf» à la DCC.

 

 

Armand Djodom, contre les nids de poules

Voilà un autre secrétaire général de ministère qui a été promu. En effet, le nouveau secrétaire d’Etat auprès du ministre des Travaux publics chargé des routes, occupait le poste de Secrétaire général du ministère des Postes et Télécommunications. Il a pour mission de relever l’énorme défi de la construction et de la gestion des routes au Cameroun.

 

 

Tasong Njukang Paul, via la Cemac

Vraissemblablement, il doit sa nomination à son passage remarqué et remarquable à la Commission de la CEMAC, une structure au sein de laquelle il était chargé des infrastructures. C’est donc un capital qui lui permet de gérer les challenges qu’induisent le ministère de l’Economie, de l

a Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) où il est chargé de la planification.

 

 

Les personnalités et leurs portefeuilles

1) Ministre de l’Administration territoriale

  1. Atanga Nji Paul

 2) Ministre de la décentralisation et du développement local

  1. Elanga Obam Georges

 3) Ministre de l’Eau et de l’Energie

  1. Eloundou Essomba Gaston

 4) Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire

  1. Alamine Ousmane Mey

6) Ministre des Enseignements secondaires

Mme Nalova Lyonga Pauline

 7) Ministre des Finances

  1. Motaze Louis Paul

 8) Ministre de la Fonction publique et de la Reforme administrative

  1. Joseph Le

9) Ministre des Forêts et de la Faune

  1. Ndongo Jules Doret

 10) Ministre des Transports

  1. Ngalle Bibehe Ernest

 11) Ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire chargé de la planification

  1. Tasong Tchoutang Paul

 12) Ministre délégué auprès du ministre des Finances

  1. Yaouba Abdoulaye

 13) Ministre délégué auprès du ministre des relations extérieures chargé de la coopération avec le Commonwealth

  1. Mbayu Felix

 14) Ministres chargés de mission à la présidence de la République

  1. René Sadi
  2. Dion Ngute Joseph

 15) Secrétaire d’Etat au ministère de la Défense en charge de la Gendarmerie

Etoga Galax Yves Landry

 16) Secrétaire d’Etat au ministère des Travaux publics en charge des routes

Djodom Armand

 17) Ministre secrétaire général adjoint à la présidence de la République

  1. Elung Paul Che

18) Directeur du cabinet civil de la présidence de la République

  1. Mvondo Ayolo Samuel

 19) Directeur adjoint du cabinet civil

  1. Osvald Baboke

 

«Paix et efficacité»?

 Quand Paul Biya, le président de la République a, le 02 mars dernier, décidé de reconfigurer l’équipe de Philemon Yang, l’on entendu, ce que les grands communicants de la radio publique nationale ont nommé «paix et efficacité». Il y a eu deux mots, reliés par une simple conjonction, et ils ont été martelés afin de justifier ces décrets présidentiels lus dans la nuit. «Paix et efficacité». Il suffit de parcourir les profils des heureux promus et de ceux qui ont changé de portefeuille. «Paix et efficacité», disent-ils? Nous n’y lisons que jeu de chaises musicales et gestion déguisée de la crise anglophone. En juxtaposant par un grand chambardement, «Paix et efficacité», on dit à demi-mots que l’équipe Yang IV vise surtout à panser les plaies sensibles de la sécurité, à redistribuer le gâteau national sous l’aiguillon de l’unité.

Au gouvernail de la nation, Paul Biya semble porté par la magie du changement et sa fatalité dans les démocraties des temps de crise. Porté surtout par le rejet acharné et quasi maniaque de tout ce qu’il a pu faire par rapport aux crises qui secouent le Cameroun :crise économique et crise identitaire. Ces hydres à mille têtes ne cessent de hanter la pétaudière nationale. Et il fallait peut-être aussi revoir l’équipe… en mettant certains coucous du sérail à la touche et en propulsant vers l’arène de jeu, d’autres coucous. Alternant bien sûr révélations et déceptions.

 

Les coucous éjectés

Avant la soirée du 02 mars 2018, ils étaient presqu’intouchables. En regardant la fiche des « bannis », on n’hésite pas à répertorier quelques causes de leur chute; du moins celles qui hantent l’imaginaire collectif abreuvé d’images cocasses.  

 

Basile Atangana Kouna, Dans l’eau surfacturée

 Lors de la conférence annuelle des services centraux et déconcentrés du Minée en janvier dernier, son œil paraissait avoir la paupière lourde, comme sous le poids d’une inquiétude. Selon des indiscrétions, une rumeur persistante d’une surfacturation de plus de 350 millions de dollars sur le projet Sanaga destiné à fournir à la ville de Yaoundé, un supplément de 300 000 m3 d’eau parjour. Vrai ou faux ? La question n’est probablement plus de savoir (de toute façon, il est trop tard !). Le vrai sujet, c’est que ce fils de Mbalelon I (Ngoumou) dans région du Centre, admirait sa joie de vivre et en faisait même la cause de son incroyable impunité au sein du gouvernement dans lequel il est entré depuis le 9 décembre 2009 comme ministre de l’Eau et de l’Énergie.

 

 

Michel Ange Angouing, le vrai recalé au concours de l’Enam

Jusqu’au 02 mars au soir, il était le vingt-troisième ministre de la Fonction publique du Cameroun. Certains pariaient que, pour lui, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, au-delà du scandale de l’Enam. Avec cette affaire-là, son cerveau a saigné aux quatre veines pour prouver que, relativement aux résultats définitifs du dernier concours d’entrée dans cette prestigieuse institution, c’est lui qui avait raison. Au lieu de qu’il nous bassine l’opinion avec des preuves de transparence dans les concours administratifs, il n’a fait qu’ajouter à la confusion, en engageant un combat amusé avec Linus Toussaint Mendjana, le directeur (actuel) de l’Enam. Certainement que ce natif de Doumaintang (Est-Cameroun) s’imaginait nouveau visage en odeur de sainteté avec Paul Biya. Que non ! Parce que la vie rêvée est moins vraie que la réalité. Il vient de sortir du gouvernement au sein duquel il a œuvré depuis le 09 décembre 2011.

 

 

Martin Belinga eboutou, le moine révoqué

« Diriger un cabinet, c’est facile », s’amusait un jour Jean-Baptiste Baleoken. L’ancien DCC insinuait ensuite que DCC c’est un drôle de métier, âpre, chronophage, dévorant, qui au mieuxempiètelargement sur la vie privée, au pire la met entre parenthèses. Plus rien n’existe, sauf le désir du président, et quand le président dit «Je veux…», le cabinet cesse de respirer et s’exécute à toute heure du jour et de la nuit. C’est comme entrer dans les ordres. Sont requises, pour prendre les habits de moine, une fidélité absolue, une disponibilité de tous les instants, une foi dans la fonction qui s’apparente à un sacerdoce. Le chef de Nkilzok (Dja-et-Lobo) n’a pas dévié cette ligne de septembre 1996 à décembre 1997, lors de son premier bail à la DCC. Son second séjour au même poste depuis le début de l’année 2010, n’a pas été différent. Seulement, il vient d’être débarqué. Sans ménagement. C’est la règle du jeu, connue à Etoudi et à contre-courant de ceux qui croient que côtoyer le pouvoir (là où se prennent les décisions, mais également les coups), flirter avec le saint des saints, c’est un passeport pour l’éternité.

 

 

Jean-Baptiste Bokam, Entre les lignes du mémorandum de l’Est

Manœuvre efficace, « réac » au regard des « pédagogistes », le « baron » de Bagbezé I (département du Haut-Nyong, région de l’Est) est plutôt « républicain » pour les défenseurs de la méritocratie. Il paraît que c’est aussi avec ce genre de profil que l’on se taille une réputation sous les lambris

du palais de l’Unité. Compréhensible donc que Jean-Baptiste Bokam

ait été tour à tourpromu ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale (16 mai 1988 – 09 avril 1992), ministre des travaux Publics et des Transports (09 avril – 27 novembre 1992), et Ministre des Travaux publics (27 novembre 1992 – 07 décembre 1997). Quand arrive le 22 septembre 2006, il est Secrétaire d’Etat à la Gendarmerie. Ni les uns, ni les autres n’ont pas été surpris par sa nomination. D’aucuns pensent que si les portes du gouvernement lui été réouvertes à cette occasion, c’était parce qu’elle avait «bien manœuvré» pour le compte du RDPC dans son département d’origine. Là-bas, il a parfois décidé, à tous les sens du mot. Souvent pertinentes, parfois polémiques, les initiatives menées par celui que l’on surnommait, jusqu’au 02 mars 2018, « l’hyper-gendarme » connaissent, à chaque fois, un large écho dans la presse nationale. Sauf qu’on le soupçonne d’être l’un des commanditaires du « mémorandum de l’Est », un pamphlet revendiquant un quota élevé des ressortissants du Soleil levant au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de Bertoua.

 

Edgard Alain Mebe Ngo’o, sur les rails d’Eseka

Son ascension fulgurante rend d’autant plus douloureux son départ du gouvernement ce 02 mars 2018. Ce d’autant plus qu’il se situe en plein inventaire du septennat de Paul Biya encore en cours. On se souvient que sa venue au ministère des Transports n’est pas allée sans polémiques au lendemain du réaménagement du gouvernement en octobre 2015. Portée par un nom illustre à Etoudi, Edgard Alain Mebe Ngo’o semblait, il y a peu, investi d’un instinct redoutable dont hérite parfois la descendance des «grands monstres politiques». En janvier dernier, l’homme confiait à la presse que « si tout se passe bien cette année, nous allons faire bouger les choses dans le bons sens si le chef de l’Etat nous accorde encore sa haute attention ». Cette « haute attention » a malheureusement été ruinée (à postéori) par l’émergence, au sein de l’opinion publique nationale, d’un vif débat sur la gestion « très artisanale » de l’accident ferroviaire survenu à Eseka le 21 octobre 2016. Dans cette affaire où la raison d’Etat et la raison du cœur continuent de se livrer un match sanglant, le « Zoétélé boy » se coule dans la peau d’un personnage qui l’a marquée. Parce que sur ce coup-là, il avait été d’office désigné comme l’un des symboles de cette intelligentsia « dégénérée » dénoncée à la vindicte publique. Et avec sa sortie du gouvernement, on pourrait craindre une histoire à tiroirs dans les prochains jours.

 

Philip Ngole Ngwese, perdu dans la forêt du Dja

 

On l’a vu à la peine le 05 juillet 2017 à Yaoundé, devant les sénateurs fouinant, sans retenue, dans le fait que des milliers d’hectares de forêt auraient été détruits dans la réserve du Dja (Sud-Cameroun). Les parlementaires évoquaient alors le chiffre de 42% en un an et demi seulement. « Aucune déforestation n’a eu cours ou n’est en cours actuellement dans la réserve du Dja », martelait Philip Ngolle Ngwesse qui avait à ses trousses, une ONG. Selon des sources, cette organisation-là a dominé et a finalement eu la tête du désormais ex-Minfof. Et ce malgré les félicitations nourries de l’Union européenne, au sujet de la saisie, durant la nuit du 11 au 12 décembre 2017, de 216 défenses et 81 queues d’éléphants.

 

Assurer les arrières

 

Il en va des gouvernements comme des recettes de pâtisserie. Le succès d’une préparation tient aussi bien du choix des ingrédients que de la précision des dosages. En composant son équipe (sur proposition du PM Philemon Yang), Paul Biya a mêlé quelques personnalités expérimentées à des fidèles de la première heure (Laurent Esso, Louis Paul Motaze ou encore René Sadi) et à un contingent de jeunes loups. Pour pimenter le tout, des figures des zones anglophones ont été appelées à travailler avec ceux cités plus haut, même si « le pack » venu du Nord-ouest et du Sud-ouest pâtit plus ou moins de sa faible notoriété. Mais au final, « c’est un mélange audacieux », selon Jean-Baptiste Atemengue, militant du RDPC.

Pour d’autres citoyens, ce gouvernement regorge de personnalités qui sont parvenues à imprimer leur marque sur certains dossiers. C’est le cas de Louis Paul Motaze et Alamine Ousmane Mey. «Deux voisins économiques», ironise Régine Amougou Noma, maire de Yaoundé IV. Et le reste des ministres et secrétaires d’Etat discrets (Laurent Esso) ou mal connus (à l’exemple de Dallas Yves Landry Etoga).

En tout cas, le paysage politique est planté, le gouvernement Yang IV est là. Et si possible jusqu’à la prochaine élection présidentielle puisque, selon les observateurs, ce nouvel exécutif doit «contribuer à la réussite de cette fin de septennat». Élargir la majorité. C’était l’obsession du chef de l’État, en remaniant son équipe gouvernementale. «Le président est déjà dans l’après, souligne un parlementaire qui lui est proche. Il anticipe les difficultés veut installer un duel entre les forces qui le soutiennent et les extrêmes». Au passage, il affaiblit un peu plus l’opposition. «Il faut que cette équipe, anciens et nouveaux, fasse ses preuves avant qu’on les intègre complètement», prévient un cadre du RDPC. « C’est la prime à ceux qui aideront le président à briguer un autre mandat », ajoute-t-il.

 

Jean-René Meva’a Amougou

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