Zone de libre-échange africaine : La CEA pousse le Cameroun vers la ratification

L’organisme onusien envisage de tenir un forum national pour sensibiliser sur la nécessité d’accélérer la ratification et la mise en œuvre de l’accord dans le pays.

CEA et Mincommerce en phase sur les défis à relever

Après avoir signé l’adhésion à l’accord établissant la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec) en mars 2018 à Kigali (Rwanda), Yaoundé se presse lentement de le ratifier. L’avant-projet de loi portant ratification de cet accord serait toujours à la présidence de la République. Au bureau Afrique centrale de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), on est sceptique sur la probabilité de voir le projet de loi arriver au parlement au cours de cette session. Si le lancement de la mise en œuvre de la Zlec, envisagé pour le mois de juillet 2019, doit se faire avec le Cameroun, il faut que la ratification se fasse lors de la session parlementaire du mois de juin.

La CEA multiplie de ce fait les initiatives pour persuader les autorités camerounaises. Le 11 mars dernier, le directeur du bureau Afrique centrale de la CEA, Antonio Pedro, a rendu visite au ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Aujourd’hui, il est question d’organiser un forum national sur la Zlec. Selon la note conceptuelle de cet évènement, son objectif est de «sensibiliser les parties prenantes à la nécessité d’accélérer la ratification et la mise en œuvre de l’accord au Cameroun».

Participants
L’évènement qui devrait se tenir en ce début du mois d’avril, réunira à Douala, trois groupes d’acteurs : les départements ministériels concernés par la Zlec; les syndicats patronaux; les chambres de commerce; d’industrie; d’agriculture et des métiers; les associations des consommateurs et les femmes entrepreneurs ; les experts spécialisés dans le commerce international.

Cette plateforme d’échange vise à impliquer l’ensemble des parties prenantes, pour une insertion concertée du Cameroun dans le marché unique africain. De ce fait, le forum national servira de base à la formulation d’une stratégie nationale et inclusive de mise en œuvre de la Zlec. Il s’agira ainsi, à travers des informations de fournir des outils d’appropriation aux représentants des diverses agences gouvernementales, du secteur privé, de la société civile et du monde académique.

Ces informations porteront notamment sur le corpus juridique de la Zlec, les effets attendus et les orientations stratégiques envisagées par le gouvernement pour l’implémentation. La CEA indique qu’elle sera très attentive aux attentes et remarques concernant la marche à suivre pour la préparation d’une stratégie nationale. Après le Togo, c’est au tour du Cameroun de recevoir la pédagogie de la CEA. Cette une activité qu’elle supporte à hauteur de 15 000 USD (soit environ 8,5 millions de francs CFA).

Opportunités
La Zlec représente un marché potentiel de 1,2 milliard de consommateurs aujourd’hui, et près de 2,5 milliards en 2050. Dans la mise en œuvre du projet « Boosting IntraAfrican Trade (BIAT) », la Zlec devrait contribuer de manière significative à booster les exportations et le développement industriel des pays africains. Avec son potentiel industriel, «le Cameroun doit adopter une démarche proactive et définir une stratégie pragmatique qui lui permettrait d’optimiser les bénéfices à tirer de cette nouvelle opportunité qui s’ouvre à l’Afrique», prévient la CEA.

 

Évaluation de l’intégration

Un nouvel indice en gestation

Dès le prochain sommet, il devrait remplacer celui lancé en 2016. Objectif : améliorer la préparation des rapports de l’Union africaine et la formulation des politiques et projets intégrateurs.

 

« Améliorer la conception des projets intégrateurs», c’est le but assigné au nouvel indice de l’intégration régionale. Dénommé Indice multidimensionnel d’intégration régionale africaine (Imira), il a été présenté lors du 3e comité technique spécialisé de l’UA sur les finances, les affaires monétaires, la planification économique et l’intégration. L’Imira envisage d’offrir une nouvelle formule pour la perception et l’évaluation de l’intégration. C’est de cette évaluation que partira une meilleure conception des politiques et projets intégrateurs en Afrique.

Le système d’évaluation de l’Imira est bâti sur 7 dimensions et 39 indicateurs. Les dimensions de l’indice sont : l’intégration sociale (libre circulation des personnes, genre, affaires humanitaires) ; l’intégration productive (agriculture, industrie, mines, investissement, etc.) ; l’intégration commerciale (tarif extérieur commun, valeurs des échanges intracommunautaires de biens et services) ; l’intégration physique (interconnexion électrique, routière, et aérienne, le roaming) ; l’intégration monétaire et financière (nombre de monnaie, normes prudentielles, bourse régionale et système de compensation) ; l’intégration environnementale (stratégie environnementale, taxe carbone régionale, stratégie régionale des ressources en eau) ; l’intégration politique et institutionnelle (parlement, justice, armée, banque centrale, université).

Mutations
Par rapport à l’Indice de l’intégration régionale africaine (Iira) adopté en 2016 par la Commission de l’Union africaine (UA), il y a deux indices en plus. Mais globalement toutes les dimensions ont été renforcées. Des domaines tels que l’environnement, la migration, le changement climatique, la culture, la gouvernance, la paix et la sécurité ont été intégrés. Dans la méthodologie, l’Imira va moins prioriser la comparaison entre les communautés économiques régionales (Cer) comme l’Iira, pour mettre l’accent sur l’évaluation du processus d’intégration.

Les dimensions et les indicateurs ont été extraits de l’Agenda 2063 et du Traité d’Abuja. La sélection a impliqué les experts des Cer, de l’Association des banques centrales africaines (Abca), les directions générales des instituts nationaux de statistiques, ainsi que ceux relevant des organisations partenaires de la Commission de l’UA (ACBF, CEA, Bad). La coordination a été réalisée par le département des affaires économiques de la Commission de l’UA. Dans le cadre de sa réforme, l’UA tiendra des conférences de coordination avec les Cer. C’est dans ce cadre que l’indice favorisera un meilleur ajustement des programmes d’intégration.

Zacharie Roger Mbarga

 

Comores

L’appel à la retenue d’Addis-Abeba

Alors que la contestation de la réélection du président Azali Assoumani se généralise, Moussa Faki Mahamat invite l’ensemble des parties prenantes à faire preuve de la plus grande retenue.

 

La situation politique et sécuritaire aux Comores préoccupe l’Union africaine (UA). Face à la remise en cause systématique du scrutin présidentiel tenu le 24 mars dernier, le pouvoir a radicalisé son ton. En effet, l’opposition s’est organisée en Conseil national de transition. Selon ses fondateurs, il a pour mission de « régler la crise postélectorale, d’assurer une transition pacifique, de préserver la paix, la stabilité ainsi que la cohésion nationale ». Ces derniers estiment que « la démocratie a été piétinée » par « des individus sans conscience, sans cœur, sans âme, sans foi ni loi ». Ils dénoncent « une dérive dictatoriale et despotique ». De ce fait, ils exigent l’invalidation des résultats de cette élection avant le 3 avril 2019, sinon, dès le 4 avril 2019, la désobéissance civile prendra le relais.

En représailles, Mohamed Soilihi, arrivé 4e selon les chiffres du CNT, a été interpellé dans sa maison et écroué. Le 28 mars dernier, trois de ses partisans ont trouvé la mort dans une bousculade avec les forces armées. Cette situation a conduit certaines missions diplomatiques à l’instar des États-Unis à retirer leur personnel.

Systématisation
Au-delà de l’opposition, c’est l’ensemble des observateurs internationaux, y compris ceux de l’UA, qui ont relevé de « multiples incidents survenus le jour du scrutin. Ces problèmes ont interrompu le vote et les opérations de dépouillement dans plusieurs bureaux de vote, tout en privant de nombreux électeurs d’exercer leurs droits civiques dans la sérénité». Le président de la Commission de l’UA rappelle que « toute contestation des résultats des élections doit se faire exclusivement par le recours aux voies légales ».

 

Zacharie Roger Mbarga 

 

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