Enseignement supérieur : grincement de dents autour de la prime à l’excellence

La grille de conditions brandie par les guichets de paiement à l’Université de Yaoundé II a exclu certains étudiants bénéficiaires. 

Yaoundé II, les Cop’s attentent leur argent

Université de Yaoundé II-Soa, des étudiants s’affairent dans l’agitation de chiffons rouges ou d’épouvantails devant quelques préposés au paiement de leur « argent ». La réplique est faite de petites phrases explosives. Quatre jours durant (du 8 au 11 janvier 2019), ce duel rythme la vie dans cette institution universitaire. Dans le bouillonnement, le paiement de la prime à l’excellence pour l’année académique 2016/2017 (soit plus de 243 millions F CFA pour près de 5000 bénéficiaires) se conjugue sur le mode conditionnel devant les cinq guichets ouverts à cet effet. Selon une dame, «si votre pièce d’identité n’indique pas clairement que vous êtes étudiant, eh bien pas la peine d’insister!», balance-t-elle à quelques étudiants excités.

À la queue d’une longue file, un jeune a l’attitude pensive. Tous ses espoirs d’entrer en possession de ses cinquante mille francs CFA cavalent. Même si, formellement, le Pr Minkoa Shé a fait une grande annonce: «Aujourd’hui c’est le dernier jour de paie. L’agent comptable viendra vers 16 heures avec les sous. Ne vous inquiétez pas, tout le monde sera payé», dit-il. Sur le coup, d’aucuns pensent que leur recteur procède par juxtaposition, plutôt que par suite logique. «Il multiplie les propositions incises. Nous voulons notre argent sans condition autre que la présentation des reçus d’inscription», fulmine un étudiant de l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic).

«Meli melo»
S’abritant sous le chapiteau de la «transparence et de la traçabilité», une dame, commise au paiement, enfonce: «Pas de CNI à jour, votre prime est renvoyée au ministère (le Minesup, NDLR) à qui vous pouvez adresser une requête». Dans la foule de cop’s, beaucoup tombent sous le coup de cette condition. «J’ai tout ce qu’ils ont demandé : les reçus, la carte d’étudiant. Mon nom est sur la liste. Parce que sur ma CNI, il n’y a pas “étudiante” comme profession, on veut détourner mon argent» s’offusque une étudiante en Droit. Chez elle comme chez d’autres, l’humeur oscille entre l’irritable et l’irascible. Inscrit en DEA selon ses dires, un étudiant fait le procès du process. «Tout ici est fait dans un présent qui emprunte beaucoup au passé», théorise-t-il.

Récurrence
Sur ce passé justement, notre interlocuteur remet en surface une séquence explosive nourrie par des étudiants de la filière des métiers du bois, de l’eau et de l’environnement (FMBEE) de l’Université de Dschang, antenne d’Ébolowa, région du Sud. Guidés par la colère et ce qu’ils considéraient alors comme des «abus de la part des autorités universitaires», ils étaient descendus dans la rue. C’était en 2010. Il cite aussi les cas de 2015 et de 2017 à l’Université de Douala. Le rectorat avait été pris d’assaut par des étudiants qui accusaient les équipes dépêchées dans le campus pour le paiement de ces primes à l’excellence d’actes de corruption.

En rappel, la prime à l’excellence a été initiée par le président de la République. Sa visée est de récompenser les efforts des meilleurs étudiants camerounais. C’est le 31 décembre 2009 que Paul Biya en a fait l’annonce. Et c’est à compter de l’exercice budgétaire 2010 du ministère de l’Enseignement supérieur qu’elle a commencé à être distribuée aux étudiants méritants. Le paiement s’effectue dans les agences comptables des différentes universités d’État du Cameroun.

Bobo Ousmanou

 

Transport interurbain

Collision entre promoteurs et syndicalistes 

Dans les rangs des premiers, des voix s’élèvent, accusant les seconds d’avoir joué un mauvais rôle dans la confection d’une liste de compagnies dites clandestines.

 

L’affaire se murmure dans les bureaux des promoteurs des agences de transport interurbain de la capitale. L’élément qui la déclenche est le communiqué du 2 janvier 2019 du ministre des Transports (Mintransports). Dans ce document, Jean Ernest Ngallé Bibehé accorde un moratoire de 30 jours à 140 compagnies de transport interurbain, afin que celles-ci se conforment à la règlementation en vigueur, sous peine de fermeture de leurs agences. Sur la foi d’un audit conduit par les services de ce département ministériel dans les 10 régions du Cameroun, le Mintransports établit que ces compagnies exercent sans agréments valides. De ce fait, elles feraient donc du transport clandestin.

Ire
« C’est ce dernier mot qui nous agace », peste Flaura Ndoumbé de l’agence Marathon Voyages. Elle estime que les syndicats commis pour négocier avec les autorités du secteur ont été incapables d’éviter ce qu’elle appelle « glissement sémantique ». Pour cette responsable d’agence, «des abus se cachent derrière et ont pour vocation de ternir l’image commerciale de certaines compagnies».
Chez Touristique Express, personne n’endosse la position de la boîte. Reste que tous les responsables rencontrés à l’agence centrale de Yaoundé s’étonnent que la structure qui les emploie soit clandestine. «C’est une manœuvre de certains syndicalistes que nous connaissons», balance l’un d’eux.

Défense
À l’intersection des syndicalistes et des opérateurs, Rose Nancy Ngatounou, le délégué régional des Transports pour le Centre, dit que la liste établie par son patron n’est pas à tête chercheuse. Même avis recueilli auprès des syndicalistes. Ces derniers se réjouissent plutôt du fait que le gouvernement ait finalement décidé de passer à cette phase après celle de la sensibilisation. «J’ai la ferme conviction que le gouvernement est engagé à prendre le taureau par les cornes», déclare Joseph Effoula le président du syndicat national des exploitants des bus et taxis du Cameroun.

Jean-René Meva’a Amougou

 

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