Publiquement et modestement, que les Occidentaux s’affichent!

«C’est ma faute, c’est ma très grande faute». Blaise Compaoré humble, tellement humble, on aurait dit Saint François d’Assise.

 

La conscience de l’ancien président du Burkina Faso lui a tellement répété que son casier judiciaire est l’un des plus chargés de la planète, que son histoire n’est qu’une longue série de brigandages éhontés, de traites négrières inavouées, de crimes impunis. «J’assume et déplore du fond du cœur, toutes les souffrances et les drames vécus par toutes les victimes durant mes mandats à la tête du pays et demande à leurs familles de m’accorder leur pardon», écrit l’ancien «frère et ami» de Thomas Sankara.

D’un côté, en articulant un mea culpa, un tel discours traduit une angoisse intérieure qui fait rage, qui pleure et qui sanglote. De l’autre, le même discours fait l’objet d’une spéculation difficile, rendant possible un retour au doute et à des formes d’hésitation car prenant un sens très différent pour chacun de ceux qui l’écoutent. Il y en a qui pensent que les pleurs de Blaise Compaoré ne sont pas ceux du repentir, mais seulement ceux d’une illusion qui prétend vider d’un coup toute l’amertume de la tristesse, qui veut se débarrasser des fautes et fuir tout ce qui les rappelle. Il y en a aussi qui croient qu’on a affaire à un pécheur comme les autres, un individu dont les actions ont posé problème parce qu’on ignore sur quels motifs elles étaient fondées.

En tout cas, avec ce mea culpa de Blaise Compaoré, on voit bien comment la modalité d’écriture de l’Histoire du Burkina Faso et celle de l’Afrique est longtemps restée secrète sur ses protocoles. On connaît mieux maintenant qui avait commandité le meurtre de Thomas Sankara et autres Norbert Zongo! Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est cette énonciation qui ne cesse de convoquer le comment et le pourquoi ces drames ont été soigneusement organisés grâce à l’addition de plusieurs cerveaux africains et occidentaux, français notamment.

Désormais, le constat est entendu: pour que les mea culpa puissent fonctionner en Afrique, ils doivent être à la fois fidèles et se produire dans d’heureuses conditions. C’est-à-dire, capables de dénoncer toutes les personnes jugées incapables de dire la vérité. En effet, loin d’être un événement confiné au Burkina Faso stricto sensu, le mea culpa de Blaise Compaoré montre bien qu’on peut faire de la vérité sur les crimes enregistrés en Afrique une affaire ouverte et publique. Le «droit à la vérité» apparait donc comme une attaque contre les structures du pouvoir, jugées responsables de la répression, et comme un moyen de surmonter les dénégations pratiquées (à des degrés divers) partout sur un continent qui, jour après jour, fait face à des récits très choquants.

Heureusement de nombreux chercheurs profondément attachés à l’Afrique se départissent des attitudes moutonnières qui alimentent une forme de pensée unique appauvrissante. Il est urgent de réagir aux discours d’auteurs qui, bien souvent, n’ont qu’une connaissance lointaine des réalités africaines et se permettent de donner des leçons, de distribuer les bons et les mauvais points.

Ce débat, outre qu’il rappelle ce fait que l’Afrique a soif de vérité historique, met en évidence des espoirs et des angoisses. Qu’on comprenne bien, il ne s’agit pas ici de vouloir exhumer à tout prix un passé criminel. Ou encore de conforter ceux qui chantent que les générations présentes ne portent aucune responsabilité pour des fautes passées. Il s’agit de dire à ceux qui ont aidé à tuer les Africains ou qui continuent d’aider ces derniers à s’entretuer, qu’il est temps de libérer la vérité, publiquement et modestement. Voilà qui est dit sans nuance!

Jean-René Meva’a Amougou

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