Élection présidentielle au Cameroun : Les intentions de vote à une semaine du scrutin

Selon un sondage du Nkafu Policy Institute, réalisé en septembre, une coalition entre deux de ces candidats «augmenterait considérablement» les chances de victoire de l’opposition à la présidentielle du 7 octobre prochain.

 

Le palais de l’Unité pourrait changer de locataire si et seulement si…

2018 pourrait être l’année de l’alternance au Cameroun. C’est en tout cas à cette conclusion qu’on arrive en lisant le sondage d’opinion sur la gouvernance, l’économie et l’élection présidentielle du 7 octobre publié ce 29 septembre 2018. Il est l’œuvre du Nkafu Policy Institute. Un think-tank camerounais apparenté à la fondation Denis & Lenora Foretia située dans le 6e arrondissement de Yaoundé.

Réalité

Cette enquête, réalisée avec le soutien du National Endowment for Democracy (NED) a permis d’interroger 2024 Camerounais adultes dans les dix régions. Les entretiens sont réalisés dans 54 centres urbains et 25 localités rurales du 10 au 20 septembre 2018. Toutes les interviews sont menées avant le début officiel de la campagne présidentielle. À en croire les auteurs de l’enquête, « cet échantillon représentatif a une marge d’erreur de +/-3% ». 65,36 % des personnes interrogées ont déclaré s’être inscrites pour voter avec plus d’hommes (70,10 %) que de femmes (60,44 %). En ce qui concerne la dernière élection présidentielle en 2011, 46,54 % de sondés déclarent avoir voté. Pour la prochaine élection, 54,13 % de sondés sont susceptibles de voter. En termes de probabilité de participation, les francophones sont plus susceptibles de voter que les anglophones (60,49 % contre 32,33%).

À la question de savoir pour qui ils voteraient au cours de ce scrutin, le président sortant vient en tête. Mais Paul Biya ne récolte que 29,82 % des intentions de vote. Beaucoup moins que les 35 % officiellement obtenus en 1992. Cette performance parait logique au regard du niveau d’insatisfaction de la politique actuelle mise en exergue par le sondage. Lorsqu’on leur demande de décrire la situation économique actuelle du pays, une grande majorité (79,1 %) de Camerounais la considère comme mauvaise ou très mauvaise, tandis que 16,82 % seulement la considèrent comme bonne ou très bonne. Plus surprenant encore, 90 % des personnes ayant des revenus de 500 000 francs CFA par mois pensent que la situation économique actuelle est mauvaise ou très mauvaise.

Coalition

Trois candidats d’opposition sont au coude-à-coude : Cabral Libii du parti Univers avec 11,24 % des intentions de vote ; Maurice Kamto du Mouvement de la renaissance du Cameroun (12,65 %) et Joshua Osih du Social Démocratic Front (13,10 %). Cabral Libii est en grande partie soutenu parmi les jeunes francophones où il compte près de 19,37 % de soutien parmi les Camerounais de moins de 35 ans. Les autres candidats ont été peu soutenus: Garga Haman Adji (3,89 %), Ndifor Afanwi Frankline (2,21%), Akere Muna (2,12 %), Serge Espoir Matomba (0,71 %) et Ndam Njoya (0,71%). 23,54% ont choisi de ne pas répondre à cette question.

Pour les auteurs de l’enquête, « il est aujourd’hui clair que si les partis d’opposition du Cameroun sont sérieusement intéressés à remporter l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, une coalition est plus que nécessaire. Par exemple, une fusion entre M. Libii, M. Kamto et M. Osih, ou seulement deux des trois augmenterait considérablement leurs chances ». On doit être surtout très inquiet de savoir que 49,65% de Camerounais pensent à un risque de violence post-électorale. « Des mesures énergiques doivent être prises pour éviter cette possibilité réelle. Nous aspirons vivement à un nouveau consensus parmi les Camerounais, à un nouveau départ », recommande l’étude.

Aboudi Ottou 

Campagne présidentielle 2018

Le RDPC fait profil bas dans le Nord-ouest 

Un meeting du parti au pouvoir délocalisé pour une zone plus sécurisée. Et la fille de l’ancien président Ahmadou Ahidjo en renfort.

Les responsables de la campagne RDPC dans le Nord-ouest

Le Social Democratic Front (SDF) entend entrer effectivement dans l’effervescence le 3 octobre prochain. En attendant, c’est dans la discrétion que la section du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) de la Mezam II a lancé la campagne présidentielle à Santa mardi 25 septembre. Ceci après le lancement au niveau régional et singulièrement dans le département de la Mezam le 22 septembre. Contrairement à la place des fêtes de Santa, lieu par excellence des grands meetings du parti au pouvoir, Jonathan Fru, président de section RDPC Mezam II, a choisi la salle des actes de la commune pour procéder au lancement de la campagne présidentielle.

« Enfant gâté »

Santa a été toujours l’enfant « gâté » du renouveau, justifient les intervenants à ce meeting. Un privilège qui se résume en la nomination des fils de cet arrondissement dans la haute administration. Ils en veulent pour preuve, la nomination du président de section Jonathan Fru au poste de secrétaire général au ministère des Mines et de Développement technologique. En ce qui concerne les infrastructures de développement, Santa a bénéficié du don japonais de la construction des salles de classe, des bornes fontaines, de l’électricité, des projets agricoles, etc. Autant de réalisations qui plaident en faveur du candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais.

Aminatou Ahidjo

De son côté, Mbah Acha Rose, ministre délégué à la présidence chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, coordinatrice de la campagne pour le candidat Paul Biya dans le département de la Momo, a procédé, mardi à la distribution du matériel de campagne aux présidents des sections RDPC. Elle a prescrit une campagne de proximité aux responsables de base du parti. Quant à Aminatou Ahidjo, fille de l’ancien président Ahmadou Ahidjo, passée sous pavillon du « Renouveau », elle est venue prêter main-forte à la candidature de Paul Biya dans le Nord-ouest. En mission de paix, elle a laissé entendre à Bamenda que le président Paul Biya a déjà diagnostiqué le problème anglophone et entend y apporter une solution définitive en temps opportun. Mais en attendant, elle suggère à la population de cette région de privilégier la paix et la réconciliation. Elle est d’avis qu’aucun développement ne peut avoir lieu sans la paix. À l’en croire, Paul Biya tient toujours parole.

Zéphirin Fotso Kamga

Kribi

Les militants du RDPC boudent un meeting

En arrière-plan de leur posture, des frustrations cumulées depuis des années.

La place des fêtes de Dombè, dans l’arrondissement de Kribi 2e, n’a pas réussi à faire le plein d’œuf le lundi 24 septembre 2018. Alors qu’à grand renfort de publicité, un meeting du RDPC avait été annoncé, seuls quelques militants ont honoré ce rendez-vous de campagne électorale. Le tableau n’a pas manqué de taper à l’œil de Grégoire Mba Mba, le sénateur RDPC de la région du Sud. Désabusé, ce dernier parle de «trahison » orchestrée par les militants de la section Océan Sud 2. L’indignation du parlementaire s’est davantage affichée lorsqu’il a promené son regard aux alentours. Partout, les commerces ont ouvert. On y percevait des propos empreints de raillerie à l’endroit des officiels assis à la tribune. « Voilà ce qu’on fait au moment où Kribi pleure et parle de son avenir », s’est désolé Grégoire Mba Mba.

Séance tenante, un appât est lancé. Guy Emmanuel Sabbikanda, le maire de la commune de Kribi 2e, annonce « le recrutement de 150 jeunes à la mairie pour une campagne spéciale d’hygiène et de salubrité qui ira jusqu’à la prestation de serment prévue le 6 novembre 2018 avec un salaire quotidien de 2 000 francs CFA ». Cette offre n’a pas l’effet attendu.
L’on a compris tout le désintérêt des militants du RDPC dans cette partie de la cité balnéaire. Leur posture trahit la somme des colères générées par le scandale des indemnisations liées au chantier du port en eau profonde de Kribi d’une part, et par le deuxième programme de contractualisation des instituteurs de l’enseignement général au ministère de l’Éducation de base (Minedub) en 2014 d’autre part. À ce jour, dans le département de l’Océan, et principalement à Kribi 2e, on continue de ruminer ces frustrations.

Damien Tonyè, à Kribi

 

Jean Marc Bikoko

Dynamique Citoyenne appelle à une mobilisation pour protéger les suffrages exprimés

Dynamique Citoyenne est en train d’offrir ses services aux différents candidats en matière de sécurisation des votes dans les régions en sécurité où le vote doit avoir lieu

Le président de Dynamique Citoyenne analyse la première semaine de campagne électorale et lève un pan de voile sur les initiatives du réseau en vue de sécuriser le vote.

La campagne électorale a effectivement débuté le 22 septembre. Comment le réseau des organisations de la société civile (Dynamique citoyenne) vit ce moment d’effervescence politique ?
Dynamique Citoyenne, en sa qualité de réseau de suivi indépendant des politiques publiques et des stratégies de coopération, vit ce moment d’effervescence non seulement en observateur averti, mais surtout en acteur engagé.

En écoutant les différents candidats, quelle impression vous en gardez ?
L’impression que nous avons en écoutant les différents candidats à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, c’est qu’aucun d’eux n’a élaboré de manière spécifique un projet de société. Ils se sont tous exercés à présenter des promesses de campagne sous le label de programme politique, donnant alors l’impression que le projet de société est synonyme de programme politique. Alors qu’à l’évidence, c’est tout à fait le contraire, un projet de société n’est pas un programme politique, même si ce dernier en est un des aspects.

Le projet de société est une offre politique globale structurée qui traduit dans les faits le rêve que son auteur formule pour la société qu’il entend transformer. C’est la vision d’un idéal, plus précisément la réponse politique à une situation que l’on entend modifier ou changer en bien. Dans cette perspective et pour Dynamique Citoyenne, le projet de société n’est rien d’autre que l’organisation d’une action à entreprendre, avec des indicateurs de résultats clairs.

Vous conviendrez alors avec moi que les candidats ont plutôt déroulé des promesses de campagne, en lieu et place d’un projet de société. Ce d’autant plus que ces promesses de campagne qui nous sont présentés comme des programmes politiques passent sous silence leur mode de financement. Il convient également de relever que tous font abstraction de ce qu’il adviendra des institutions de la République comme le Conseil Supérieur de la magistrature, le Conseil Constitutionnel, le Parlement, le Sénat, le Conseil économique et social, si jamais ils accédaient au pouvoir au lendemain du 7 octobre 2018.

Qu’est-ce que Dynamique citoyenne exige des candidats à cette présidentielle ?
La première exigence de Dynamique Citoyenne (DC) à l’endroit des différents candidats, c’est d’abord la présentation aux Camerounais d’un projet de société en bonne et due forme, réaliste et réalisable, dans l’espace et dans le temps. Ensuite, ce que DC attend des uns et des autres, c’est entre autres la manière dont chacun entend solutionner les problèmes d’actualité tels que la crise sociopolitique qui prévaut au Cameroun et à laquelle le gouvernement fait face depuis des années, l’insécurité qui prévaut dans un certain nombre de régions du pays, les problèmes liés à la cohésion sociale et au consensus national, etc. Parce que pour Dynamique Citoyenne, la résolution de la majorité des problèmes (la forme de l’État, la gouvernance politique, électorale, administrative, économique et sociale du Cameroun aujourd’hui passe par un Dialogue national inclusif.

Comment se déploie DC pendant cette campagne électorale ?
Dans la suite logique des actions menées depuis 2016 (analyse du système électoral et production d’un Code électoral alternatif), Dynamique Citoyenne est en train d’offrir ses services aux différents candidats en matière de sécurisation des votes dans les régions en sécurité où le vote doit avoir lieu. Partant du constat que la plupart des partis vont être confrontés à des problèmes de représentation dans les bureaux de vote le jour du scrutin, Dynamique Citoyenne (qui est implanté et bien structuré dans les dix régions administratives du Cameroun) a déjà mobilisé les populations dans de nombreuses communes qui n’attendent que d’être sollicitées. En attendant la publication officielle du fichier électoral et de la cartographie des bureaux de vote, le partenariat avec certains partis ayant des candidats à la présidentielle est déjà formalisé.

Avez-vous approché d’autres observateurs électoraux ou les scrutateurs de partis politiques pour une coalition dans la surveillance du scrutin?
Nous l’avons effectivement fait et des coalitions sont déjà mises sur pied. Nous n’attendons plus que la publication officielle du fichier électoral et de la cartographie des bureaux de vote.

Comment DC entend assurer son rôle d’observation du scrutin ?
Des milliers de membres de Dynamique Citoyenne ont déjà été formés pour l’observation. Alors qu’on n’attendait plus que des accréditations, on se trouve confrontés au refus par le « Tout Puissant Minat » de valider la liste à lui soumise par une de nos organisations membres. Sur une liste de 600 personnes, le Minat a rejeté plus de 550 demandes.

Quels conseils aux électeurs et aux candidats pour éviter les fraudes le jour du scrutin et partant des résultats contestés ?
Dynamique Citoyenne demande aux électeurs et aux candidats de se mobiliser et de tout mettre en œuvre pour protéger les suffrages exprimés. Nous leur conseillons donc d’être vigilants et de se disponibiliser jusqu’à la signature des procès-verbaux.

Après l’élection, que produira DC? À quelles fins ?
À l’issue du scrutin du 7 Octobre 2018, Dynamique Citoyenne a prévu un rapport qui est déjà en élaboration. Ce d’autant plus que notre suivi du processus électoral se fait avant, pendant et après. Ceci dans le but de confirmer ou d’infirmer la pertinence des problèmes identifiés comme obstacles pour des élections justes et transparentes.

Votre grande attente au sortir du scrutin du 7 octobre prochain ?
C’est que le résultat qui sortira des urnes le 7 octobre 2018 soit le reflet exact du choix des Camerounais. Ce qui va être compliqué, au vu des manœuvres entretenues par le ministre Paul Atanga Nji qui s’est déjà pratiquement substitué à Elecam, la structure en charge de la gestion des élections et qui se voudrait neutre.

Votre mot de fin ?
Le mot de fin s’adresse particulièrement au président Paul Biya en fin de mandat et qui brigue un énième mandat à la tête de la nation. Dynamique Citoyenne, qui coordonne la coalition « Tournons La Page Cameroun » souhaite vivement que le Cameroun s’inscrive dans la logique démocratique qui consacre l’alternance à tous les niveaux de la gestion de l’État.

Interview réalisée par
Thierry Ndong

« Observateur d’un jour »

Le gros œil du citoyen sur le scrutin du 7 octobre

Les contours de l’initiative de Guibaï Gatama ont été exposés à la presse le 26 septembre 2018 à Yaoundé.

« Le 7 octobre 2018, tout Camerounais, dans tout bureau de vote, doit se sentir concerné par l’élection présidentielle ». Plus qu’un prérequis, Guibaï Gatama invite tout citoyen à une observation rigoureuse du scrutin. Plus simplement : « le jour du vote, chaque Camerounais est appelé à identifier la bonne pratique électorale aussi bien que les défauts de celle-ci », appuie le directeur de publication de L’œil du Sahel, au cours d’une conférence de presse au siège du journal ce 26 septembre 2018.

Acteur et non spectateur
À en croire le promoteur de « Observateur d’un jour », le numérique impose une nouvelle approche de l’actualité. Il peut également servir à l’observation anonyme d’une élection et alimenter le débat public y afférent. « C’est la raison pour laquelle les observateurs volontaires, à défaut de fournir une analyse fine de l’ensemble du tableau électoral, ils peuvent à l’aide d’une ou plusieurs photos ou vidéos, donner une vue globale du scrutin », projette Guibaï Gatama. Selon lui, cette approche permet de limiter la fraude systémique. Mieux elle la circonscrit à des questions d’irrégularités ponctuelles, à mettre sur le compte des imperfections.

Sur le terrain
L’observation, celle d’un jour, doit être ramenée à sa juste mesure. Il n’est nullement question pour le simple citoyen d’interférer dans le processus et les autres mécanismes de contrôle électoral mis en place par l’État. Guibaï Gatama pense que les modalités concrètes de production des données doivent se définir sur la base d’un critère : ce qui « mérite d’être observé ». Portables ou caméras en main, photographe amateur ou professionnel, journaliste ou pigiste, tout le monde peut s’improviser reporter, « seulement sous cette condition ».

Sur ce plan, un dispositif de modulation et d’orientation est mis en place. Sur la base de celui-ci, les paradoxes du « travail sur le terrain » sont encadrés. D’où la main tendue du journaliste aux autorités publiques. L’enjeu est, dit-il, de participer à « l’écriture de l’histoire positive du Cameroun ».

André Balla (Stagiaire)

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