07 octobre 2018 : Les projections de Issa Tchiroma Bakary

Selon des observateurs de la scène politique nationale, le président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) anticipe sur le résultat du scrutin d’octobre prochain, en construisant une légitimité au bénéfice de l’actuel locataire du palais de l’Unité.

Issa Tchiroma à Garoua

En débarquant à Garoua (région du Nord) ce 08 septembre 2018, Issa Tchiroma Bakary est en roue libre dans son milieu naturel. On comprend qu’il flatte le noyau dur de ses partisans, à grand renfort de plaisanteries et de coups de menton, sans craindre les outrances. Sur cette scène qu’il connaît bien, le ministre de la Communication (Mincom) assure le show devant un public acquis. «Nous voulons rassurer le président Biya. Ici, c’est plié ! Ici, la messe est dite !», scande fièrement l’homme politique devant les caméras de la CRTV. Sans surprise, 08 citoyens -qui ont le malheur d’être les challengers de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle- figurent parmi ses cibles. L’occasion est belle pour recycler, avec grand entrain, le discours sur leur amateurisme: «Aux autres candidats, j’ai bien peur pour eux, en vérité, qu’ils ne soient que des enjoliveurs de la démocratie ; parce qu’ils n’ont aucune chance d’avoir une seule voix».

Comme pour compléter sa sortie dans le chef-lieu de la région du Nord, Issa Tchiroma Bakary exploite la sortie officielle du livre-programme de «son candidat», le 12 septembre 2018 à Yaoundé. En quelques mots, il fait le pari d’«une victoire héroïque» de Paul Biya, au lendemain du scrutin du 07 octobre 2018. Au pupitre, il dénoue les fils qui gouvernent son pronostic. «Cette élection est la plus difficile pour le président Biya. Avez-vous déjà vu un homme qu’on insulte à longueur d’émissions comme le président Biya ? Avez-vous déjà vu un homme qui, plus que par le passé, prend des coups venus des ONG, des apprentis-sorciers etc.?», feint-il d’interroger l’assistance. Dans la salle, la séquence émotion prend forme. Les caméras peuvent alors filmer l’image d’un Issa Tchiroma Bakary ému aux larmes : «le président Biya me fascine!», lance-t-il.

Regards

Pour les observateurs, à défaut de proclamer les résultats à l’avance, le président du FSNC bat campagne pour Paul Biya, sur fond de conditionnement de l’opinion nationale et internationale. Certains disent avoir clairement cerné ce rôle. «Les stratèges de Biya utilisent cet homme (Issa Tchiroma) comme une arme de légitimation de sa victoire», indique Amandine Nkamwa. Capitalisant sur son profil d’observatrice des élections au Sénégal, à Haïti et en Algérie, la Camerounaise estime que «cela nuit au fonctionnement démocratique, surtout quand c’est diffusé en prime time sur un grand média». Traduction : Aidé par la CRTV dont il est le PCA, Issa Tchiroma Bakary tient le rôle. «Tout ce monde-là fonctionne main dans la main et agit comme un rouleau compresseur, pour imposer dans l’opinion une version officielle mensongère et rendre inaudible tout point de vue contestataire après l’élection», soutient Amandine Nkamwa.

A côté, d’autres analystes concluent que cette «campagne» menée par le porte-parole du gouvernement est la conséquence de réserves formulées autour des possibles rebondissements de la crise anglophone. Sur ce plan, croit savoir Samy Oben, un militant du Social Democratic Front (SDF), l’enjeu est de saisir quels peuvent être le sens et la valeur ajoutée d’un point de vue profane dans le traitement de la situation au Nord-ouest et au Sud-ouest du pays.

Jean-René Meva’a Amougou

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