Unité nationale: la petite histoire

Selon certains intellectuels, Ruben Um Nyobe y a pensé. Ahmadou Ahidjo, aidé par le contexte, est venu donner de la consistance et de la pertinence émotionnelle au concept.

«Indépendant depuis le 1er janvier 1960, le Cameroun a axé son action dans la recherche persévérante de l’unité dans un pays qui a hérité de l’histoire la plus grande diversité : d’ordre ethnique, religieux, culturel. Il s’agit d’ériger, d’organiser cette mosaïque de races, de cultures, de valeurs en une «authentique nation». Conçue comme la conscience du peuple camerounais d’être engagé dans un même dessein au sein d’une patrie. Notre grand parti national, l’Union nationale camerounaise, a été le creuset au sein duquel a pu se forger l’unité nationale». Quand Ahmadou Ahidjo prononce ce discours en septembre 1971, il se taille l’image d’un grand visionnaire de la politique camerounaise. «Sauf que c’était sur un ton et avec des mots qui recyclaient un déjà entendu de la parole politique d’avant l’indépendance», nuance Bruno Teufack. Du point de vue de cet analyste sociopolitique, «le concept d’unité nationale n’était plus en germe, il vient de loin». «Le premier président du Cameroun avait saisi un sujet libellé par Ruben Um Nyobe. À ce dernier, il aurait manqué justement des termes d’accroche, propres à ouvrir les cœurs et les oreilles», postule l’universitaire.

Contribuant à cette ligne de réflexion, Achille Mbembe tient à départager les argumentations rationnelles des argumentations fallacieuses. «On aura beau se voiler la face, user de subterfuges, organiser une amnésie de masse. C’est à Ruben Um Nyobé et à l’Union des populations du Cameroun (UPC) que l’on doit la toute première tentative d’articulation de l’idée nationale au Cameroun», écrit l’historien et politologue camerounais dans les colonnes de Jeune Afrique du 9 octobre 2015.

Sur le même sujet, d’autres intellectuels insistent sur une autre constatation précieuse. C’est le cas de Élise Djomkam. La Camerounaise, spécialiste de communication politique a sa version de la paternité de «l’unité nationale». «Quand Ahidjo prononce, ces mots-là ne sont nullement nouveaux, sauf qu’ils sont subtilement et progressivement récupérés et répétés de manière de plus en plus fréquente», théorise-t-elle. La suite révèle que: «Après l’indépendance, le discours politique et la propagande n’ont véritablement pas forgé de nouveaux mots, mais il a changé leur valeur et leur fréquence permettant ainsi à Ahidjo de réquisitionner et de confisquer le concept d’unité nationale puisqu’il a compris que c’est ce qui pouvait faire mouche, et faire avorter tout projet upéciste».

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