Cameroun-CAF : Le double fond de jeu

Selon des analystes, le président de la Confédération africaine de football (CAF) est venu plaider la cause du gouvernement devant une opinion nationale et internationale où s’est sédimentée une appréciation bien plus corrosive des chantiers de la CAN.

Visite du stade d’Olembé par les officiels de la CAF et les autorités camerounaises

Arrivé au Cameroun le jeudi 16 septembre 2021 en après-midi, Patrice Motsepe n’a pas eu l’honneur d’être reçu par le président Paul Biya. En marge de ce «raté», la visite du président de la CAF à Yaoundé a néanmoins bénéficié d’une médiatisation, proche du délit de publicité abusive. Selon nos informations, l’homme d’affaires sud-africain a effectué le déplacement de Yaoundé pour désarticuler la gravité inhérente à la situation du complexe sportif d’Olembé. D’après nos sources, l’enjeu de la présence de Patrice Motsepe dans la capitale camerounaise était de produire et incarner des clichés qui, tout à la fois, formulent et résolvent symboliquement les désaccords entre les autorités locales et la CAF.

Via un cadrage médiatique bien assuré, le patron du football africain a évité les questions filtres. En effet, sans s’attaquer à certains tabous (date d’inauguration, nom de baptême du complexe notamment), le patron du football continental a tenu à rétablir l’honneur du gouvernement camerounais au sein d’un espace public particulièrement dégradé par des vérités et contre-vérités. C’est du moins ce que pense Dr Aloys Mbassi. Décryptant la posture et le langage du président de la CAF dans («C’est super, c’est incroyable, c’est joli»), cet expert en marketing politique a sa conclusion. «Le pari de Mr Motsepe, c’était de conquérir le monopole de l’intermédiation, de réduire les concurrences communicationnelles qui challengent la rhétorique gouvernementale», dit-il.

«Théâtralité»
Pour Dr Aloys Mbassi, grâce à l’électricité médiatique, Patrice Motsepe «a réussi son coup là où l’ingénierie gouvernante a épuisé son crédit». D’où l’enclin pour certains à souligner «la théâtralité avec laquelle Etoudi a géré la visite du président de la CAF». C’est sur cette ligne qu’évolue Sandrine Diffo. Du point de vue de cette experte en marketing politique, «il est évident que le palais de l’Unité s’est cherché une ligne de crête pour donner l’impression de s’extirper de l’affaire». L’universitaire et activiste de la société civile soutient même que «la manœuvre visait à contourner le reflet insistant d’un exécutif subissant les à-coups de la CAF ; tout ceci pour réimposer son empreinte et son contrôle sur le rythme de la communication autour de la CAN».

Des ingrédients dont se sert Yvan Nkeng, lorsqu’il s’interroge sur «le flou sur l’agenda de cette visite de Mr Motsepe au Cameroun». En effet, fait remarquer ce stratège événementiel, «alors que des sources dignes de foi avaient annoncé un tête-à-tête entre le chef de l’État et le président de la CAF, l’opinion a eu droit à un séquençage marqué par deux grands moments». Et Yvan Nkeng de les décliner : «le mensonge avéré et médiatisé et la vérité reconstituée». Au prisme de l’analyse, la visite de Patrice Motsepe s’est effectivement colorée de tonalités différentes, allant de «audience prévue à audience annulée au palais de l’Unité, en passant par rien n’a été prévu».

Jean-René Meva’a Amougou

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