Le Plan d’action du Pref-Cemac

Boussole
Face aux affres de la pandémie de Covid-19, des mesures fortes de sortie de crise s’imposaient au niveau des gouvernements de la sous-région. Le 18 août dernier, un Sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement est convoqué par le président en exercice de la Cemac, le président camerounais Paul Biya. 24 résolutions et décisions sanctionnent les travaux tenus en visio-conférence. L’emphase est mise sur le Plan de relance Communautaire.

Une vue des participants à la 4ème session extraordinaire du Copil du Pref-Cemac.

Ce 24 septembre 2021, les membres du Comité de pilotage du Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac) ont planché sur le communiqué final du Sommet extraordinaire du 18 août dernier. De fait, les ministres des Finances et de l’Économie, et les premiers responsables des institutions sous-régionales, ont saisi l’occasion d’une session extraordinaire du comité de suivi du Pref-Cemac pour décliner en actes et actions concrètes les résolutions et recommandations des chefs d’État de la Cémac.

Notamment «la mise en œuvre de politiques budgétaires propices axées sur la mobilisation accrue des recettes hors pétrole, le renforcement de la qualité et de l’efficacité des dépenses publiques, et une gestion rigoureuse de la dette publique» ; «améliorer le fonctionnement des institutions publiques, la gouvernance et la transparence dans les secteurs public et extractif, la gestion des finances publiques, notamment la qualité des investissements, ainsi que le suivi des risques budgétaires et d’endettement inhérents à la gestion des entreprises publiques».

En toile de fond cependant, la 4ème session extraordinaire de ce Comité de pilotage avait également une autre visée, en l’occurrence faire sortir la nouvelle matrice du Pref-Cemac II de sa phase expérimentale. Pour la faire rentrer dans sa phase opérationnelle. Lire notre zoom.

Diane Kenfack

Son Comité de pilotage a défini une feuille de route de mise en œuvre des résolutions des chefs d’État de la Cemac. De grands changements sont annoncés avec à la clé la mise en place dans chaque État d’un Comité de suivi disposant d’un cahier de charges assorti de délais.

Une vue des participants à la 4ème session extraordinaire du Copil du Pref-Cemac.

«Désormais, toutes les 24 décisions sont traduites en actions au niveau de la politique monétaire et du système financier, et en actions au niveau des réformes structurelles». Les assurances (au sujet de la mise en œuvre des résolutions et décisions du dernier Sommet extraordinaire des chefs d’État de la Cemac du 18 août 2021) sont de Michel-Cyr Djiena Wembou. Le secrétaire permanent du Programmes des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac) fait ainsi un résumé des mesures préconisées par les ministres des Finances et de l’Économie de la sous-région. Ceux-ci étaient réunis à Douala ce 24 septembre 2021 dans le cadre de la 4ème session extraordinaire du Comité de pilotage du Pref-Cemac. Une session dont l’enjeu était la mise en oeuvre des décisions des chefs d’État en vue d’assurer la relance de l’économie sous-régionale.

Décisions
Comme principale mesure prise à l’occasion de la session extraordinaire du Copil Pref-Cemac, «il y aura désormais au niveau national, une instance qui s’occupe à la fois des questions budgétaires, des questions de réformes avec le FMI, des réformes structurelles et de tous les aspects à l’intérieur de nos pays», a souligné le secrétaire permanent. Ce point a été confirmé par le président du Copil. Le ministre congolais Rigobert Roger Andely, pour sa part, ajoute simplement que «toutes ces réformes seront appliquées dans les pays membres pour concrétiser les objectifs poursuivis en matière de diversification et de transformation structurelle de nos économies».

Par ailleurs, le constat montre que «la Covid-19 a permis de voir que le plateau médical n’était pas toujours aussi développé. Qu’il y avait un problème avec la formation du personnel, un problème avec nos équipements, d’où les 90 milliards FCFA qui avaient été immédiatement décidés», relève le secrétaire permanent du Pref-Cemac. Il s’agissait surtout à ce moment-là de mettre en perspective le caractère pluridimensionnel de la riposte sous- régionale contre la pandémie. Puisque celle-ci a «un aspect économique, financier, sanitaire et sécuritaire. Et c’est de toutes ces questions avec leur implication et le coût qu’on a parlé», précise-t-il.

Et dans leur souci d’apporter des réponses efficaces aux défis posés, les membres du Copil conviennent «d’augmenter dans toutes les négociations en cours, la part de la santé, celle de l’éducation et celle de la sécurité», fait savoir le Pr Michel-Cyr Djiena Wembou.

Méthodologie
«Pour que les décisions soient exécutées, il faut non seulement qu’elles soient traduites en actions, il faut aussi définir les critères de réalisation, les indicateurs de performance, décider de qui réellement sera en charge de telle action et décider du chronogramme assorti d’un délai». Le secrétaire permanent du Pref-Cemac fait en réalité œuvre utile en donnant ainsi des indications sur la méthodologie et l’état d’esprit des membres du Copil Pref-Cemac au moment d’aborder leur mission.

Sous la présidence de Rigobert Roger Andely, ministre congolais et président du Copil Pref-Cemac, le Copil a passé en revue tous les plans. La méthodologie de travail imposait d’ailleurs d’aller secteur par secteur. À en croire le Pr Michel-Cyr Djiena Wembou, l’objectif était d’être en capacité de «mieux évaluer les faiblesses».

En effet, le sommet extraordinaire de la Conférence des chefs d’État de la Cemac, tenu le 18 août 2021 à Yaoundé, a donné un signal fort et marqué un tournant décisif dans l’engagement des pays membres à relancer leurs économies. C’est pourquoi, «nous devons dans cette seconde étape de la mise en œuvre des actions de la matrice du Pref-Cemac redoubler d’efforts, afin que les objectifs et le cap fixés par nos chefs d’État soient effectivement atteints, avec un taux de croissance économique en termes réels progressant significativement à l’horizon 2025.

Un fort redressement des comptes extérieurs avec une balance commerciale qui serait positive, un système financier plus résilient, des réformes structurelles abouties qui donnent une place plus importante au développement du secteur privé et une intégration régionale plus renforcée en termes d’échanges des biens, des services et de mobilité des facteurs», a recommandé Rigobert Roger Andeley, ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public de la République du Congo.

Diane Kenfack

Phase II du Pref-Cemac

En accord avec les résolutions des chefs d’État

La matrice révisée vise également la diversification et la transformation structurelle des économies des pays de la Cemac dans la perspective d’un redressement économique.

«Le sommet extraordinaire de la conférence des chefs d’État de la Cemac tenu le 18 août 2021 a donné un signal fort et marqué un tournant décisif à la stratégie communautaire et solidaire de sortie de crise, et dont la mise en œuvre a été confiée au Pref-Cemac». Le communiqué du Programme des réformes économiques et financières de la Cemac parvenu à notre rédaction ne s’arrête pas à ce constat. Il établit également un lien fort entre «les objectifs et le cap fixés par les chefs d’État» et «la deuxième phase de la mise en œuvre des actions de la nouvelle matrice du Pref-Cemac 2».

En effet, «la matrice révisée des actions du Pref-Cemac 2 comporte les réformes et actions devant être menées par les États membres et les institutions communautaires concernées, en vue de mettre résolument en œuvre les politiques et réformes prioritaires». L’objectif clairement affiché est «de renforcer la résilience des économies de la sous-région et accélérer leur transformation structurelle dans la perspective d’une croissance soutenue, durable, inclusive et créatrice d’emplois», laisse-t-on entendre au secrétariat permanent du Pref-Cemac.

En l’état, cet objectif est en tous points conforme à l’esprit et à la lettre de la résolution numéro 16 adoptée par la Conférence des chefs d’État. Puisque le 18 août dernier, il a été prescrit d’«opérer une réelle transformation structurelle vers l’industrialisation des économies de la Cemac et de créer les meilleures conditions d’une croissance soutenue, équitable tirée par le privé».

La cohérence entre les composantes de la nouvelle matrice du Pref-Cemac 2 et les 24 résolutions adoptées par les chefs d’État est tout le temps perceptible. Que l’on se souvienne simplement que quatre résolutions sont relatives à la politique budgétaire; quatre à la politique monétaire et au système financier; cinq portent sur l’accélération des réformes structurelles dans la sous-région; cinq prescrivent le renforcement de l’intégration régionale et la mise en œuvre des projets intégrateurs ; tandis que six autres ont trait à la coopération internationale et monétaire.

Au demeurant, c’est au cours de la 13ème session ordinaire du Copil, tenue le 15 avril 2021 à Brazzaville, que le document-cadre révisé de la deuxième phase du Pref-Cemac a été adopté. Pour l’essentiel, cette phase porte sur la période 2021-2025. Et elle est conforme à la décision n°01/16 CEMAC_CCE_PREF_P du 14 novembre 2016 portant organisation et fonctionnement du Pref-Cemac.

Diane Kenfack

Ils ont dit

Rigobert Roger Andeley, ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public de la République du Congo/président du Copil Pref-Cemac

«Dans cette seconde étape de la mise en œuvre des actions de la matrice du Pref-Cemac, nous devons redoubler d’efforts»

Nous devons dans cette seconde étape de la mise en œuvre des actions de la matrice du Pref-Cemac, redoubler d’efforts, afin que les objectifs et le cap fixés par nos chefs d’État soient effectivement atteints, avec un taux de croissance économique en terme réels progressant effectivement à l’horizon 2025, un fort redressement des comptes extérieurs avec une balance commerciale qui serait positive, un système financier plus résilient, des réformes structurelles abouties qui donnent une place plus importante au développement du secteur privé et une intégration régionale plus renforcée en termes d’échanges des biens, des services et de mobilité des facteurs. Toutes ces réformes seront appliquées dans les pays membres pour concrétiser les objectifs poursuivis en matière de diversification et de transformation structurelle de nos économies.

Pr Michel-Cyr Djiena Wembou, secrétaire permanent du Pref-Cemac

«Dans toutes les négociations il faudrait que nous augmentions la part de la santé, de l’éducation et de la sécurité»

L’objectif de ce Sommet était d’adopter des mesures pratiques de mise en œuvre des décisions et recommandations que les chefs d’État ont adopté à Yaoundé le 18 août dernier. Ces chefs d’État ont pris les très hautes mesures de s’engager régulièrement vers les réformes prioritaires. Il fallait donc conformément à son mandat que le Comité de pilotage du Pref-Cemac, à savoir tous les ministres des Finances et de l’Économie et également les premiers responsables de l’institution communautaire se retrouve pour traduire en action les décisions.

Pour que ces décisions soient écoutées, il faut non seulement qu’elles soient traduites en actions, il faut des critères de réalisation, les indicateurs de performance et le chronogramme assorti d’un délai. Désormais toutes les 24 décisions sont traduites en actions au niveau de la politique, au niveau du système monétaire et financier, au niveau des réformes structurelles. Les actions à prendre pour l’intégration physique de nos États (achevé le programme de construction des infrastructures), l’intégration commerciale (il faut que nous ayons des taux à atteindre dans le commerce de ce que nous produisons nous-mêmes), définir les limites de ce que nous allons importer.

Au niveau de la coopération internationale, voir comment mettre en œuvre les accords de seconde génération pour ceux qui ont déjà conclu et pour ceux qui ne l’ont pas encore fait; voir aussi comment nous coordonner entre nous pour que ces accords soient des accords avec plus de croissance et de développement. En plus de cela, il a été question d’adopter les outils de pilotage, d’adopter une méthodologie. Celle adoptée est désormais une méthodologie «action oriented». C’est-à-dire une méthodologie qui ne se contente pas de l’annonce d’un projet, d’une action, mais qui évalue la réalisation de l’action.

Car désormais, les taux d’exécution resteront bas parce qu’on va analyser ce qui a été fait et non ce qui est en train d’être fait. Désormais au niveau national, il y aura une instance qui s’occupe à la fois des questions budgétaires, des questions de réformes avec le FMI, et des réformes structurelles de tous ces aspects à l’intérieur de nos pays. Cette instance est mise sur pied dans le but de créer une meilleure coordination et que nous puissions travailler ensemble pour avoir les résultats escomptés. Il faudrait que dans toutes les négociations actuellement que nous augmentions la part de la santé, celle de l’éducation et celle de la sécurité.

Nicole Mbou, ministre de l’Économie et Relance du Gabon

«Pour le Comité de suivi du Pref-Cemac au Gabon, il ne manque plus que la formalisation»

Nous avons eu une première réunion dans le cadre de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) qui permettait aux ministres des Finances de la zone de suivre la conjoncture économique actuelle et surtout, de pouvoir examiner ensemble les éléments de la macroéconomie au niveau de nos réserves. Aujourd’hui, nous avons eu une réunion dans le cadre du Pref-Cemac. Le 18 août dernier, nos chefs d’État au cours du Sommet qui a été organisé dans le cadre de la situation macroéconomique ont pris un certain nombre de résolutions, 24 au total. Il était donc question pour le Pref-Cemac de pouvoir mettre en œuvre ces recommandations pour un meilleur suivi de toutes ces résolutions prises.

Il est question pour les États de pouvoir mettre en place un Comité de suivi national qui sera formalisé dans tous les États pour suivre les recommandations qui ont un lien avec les réformes que nous avons engagées pour ce qui concerne le Gabon dans le cadre du Programme qui a été signé avec le FMI. Pour le Comité de suivi du Pref-Cemac au Gabon, il ne manque plus que la formalisation. Le cadre existe, mais il faut le renforcer et le formaliser.

Sur le plan de la riposte sanitaire, le Gabon a mis en place le plan d’accélération de la transparence qui est un plan de relance qui permet à nos économies de mieux se structurer en ce temps de pandémie. Mais surtout de faire en sorte que ce plan nous amène à enregistrer des taux de croissance meilleure. Nous avons partagé ce plan d’accélération avec les instances du FMI. Le Gabon et le Cameroun ont effectivement concrétisé cette accompagnement du FMI par la signature les 28 et 29 juillet du Programme de seconde génération qui est un programme triennal de réformes économiques et financières. Ces réformes seront effectivement menées et suivies dans le cadre du Pref-Cemac.

Propos rassemblés par Diane Kenfack

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