Mali, Guinée et Côte d’Ivoire : L’étoffe du danger en Afrique de l’Ouest

Depuis le Cameroun où ils résident, quelques ressortissants de ces pays ne cachent pas leurs angoisses relativement à la multiplication des tensions dans cette partie du continent.

A Conakry, la loi est foulée aux pieds

«2020: l’année de tous les dangers pour l’Afrique de l’Ouest?». À la véranda de son modeste deux-pièces, Koufa Douentza, le chef de la communauté malienne de la Briqueterie (Yaoundé II), raconte comment cette question (posée, selon lui, le 11 septembre 2020 sur les antennes de Radio France internationale, RFI) s’est démultipliée dans son esprit. «C’est inédit pour cette partie de notre continent, diagnostique-t-il ce 17 septembre. En Côte d’Ivoire, en Guinée et au Mali, c’est chaud». C’est d’autant plus chaud que, dans ces pays-là, depuis peu, le quotidien est tenu sous l’influence des élections présidentielles. Parmi les ressortissants ouest-africains approchés dans la capitale camerounaise, dissertations à l’infini ne manquent pas. Elles ont pour sujets centraux le scrutin présidentiel du 18 octobre 2020 en Guinée; celui du 31 octobre prochain en Côte d’Ivoire et les déclinaisons de la transition au Mali.

Pour le Malien Hass Diallo, l’effet peur touche toute l’Afrique de l’Ouest, structurellement plus inquiète que les autres parties du continent. «On attend vraiment ce qui va se passer», lance-t-il fébrilement. S’intéressant aux actualités en provenance de son pays, Hass Diallo regrette la dégradation des conditions dans lesquelles se prépare la remise du pouvoir aux mains des civils. «On ne libère pas certaines personnes; il faut qu’on libère tout le monde!», peste-t-il, allusion faite à la quinzaine de hauts responsables militaires et civils toujours détenus sans motif officiel depuis le renversement du pouvoir, il y a un mois. De l’avis de notre interlocuteur, les nouvelles qu’il reçoit de son pays attestent des méthodes arbitraires et de la peur qu’elles diffusent sur les Maliens. «On ne peut rien faire dans ce cas pour que la paix revienne vite», jure-t-il.

Haute tension
Bien qu’investi (d’après lui-même) d’une charge patriotique particulière, Ousmane Leil considère la candidature d’Alpha Condé comme un vestige incongru et néfaste pour l’avenir de la Guinée. «Mon pays est vraiment mal parti!», se désole-t-il. Basé à Yaoundé depuis près d’une décennie, le boucher guinéen se dit convaincu du fait que la détérioration des conditions d’éligibilité des candidats au scrutin présidentiel du 18 octobre 2020 reste un signe du refus de l’alternance par une élite guinéenne. Pour Ousmane Leil, voilà qui justifie sa lassitude et sa désaffection envers la politique. «Je ne veux plus entendre tout ça. Je cherche mon argent ici au Cameroun. C’est tout», insiste-t-il.

Pour parler de «sa» Côte d’Ivoire depuis le Cameroun, Lucien Dobia résume: «danger de mort au pays». À ses yeux, la mise en œuvre du processus électoral sans véritable réconciliation est «un traumatisme de plus pour tous les Ivoiriens et toute l’Afrique de l’Ouest». «Ce sont les élections de la peur!», ajoute Diara Coulibaly, un autre Ivoirien rencontré à Yaoundé. Parlant du scrutin annoncé pour le 31 octobre prochain, le négociant d’affaires valide que l’équation de la présidentielle recèle de multiples inconnues. «On entend Soro, Gbagbo, Ouattara et Bédié. Finalement, on a l’impression que la paix en Côte d’Ivoire aujourd’hui, c’est ou trop tôt ou trop tard. Le train de l’histoire est déjà passé, et devant nous en plus, alors qu’on était sur le quai! Là, il va falloir encore attendre longtemps, à mon avis, avant qu’il ne repasse par chez nous!», s’embarrasse Lucien Dobia.

Jean-René Meva’a Amougou

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