Réhabilitation de la Sonara : Guerre russo-chinoise sur les débris

Pour la réfection des unités de production de la Société de raffinage (Sonara) incendiés le 31 mai 2019, la filiale chinoise China Investment Taihua New Enregy Group Ltd et le géant russe Lukoïl tentent chacun de remporter le marché. Une véritable guerre de positionnement s’annonce entre les deux entreprises.

Le 6 février 2020, une délégation de Lukoïl, l’opérateur pétrolier russe a déposé ses valises à Yaoundé. Reçue par Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), ladite délégation est venue proposer son expertise au Cameroun, dans la perspective de la réhabilitation de la Sonara. Investir au Cameroun qui rapporte cette information dans son édition du 6 février 2020 souligne que l’arrivée des Russes s’inscrit dans le cadre du dialogue entamé à Sotchi en octobre 2019 avec la partie camerounaise, lors du forum Russie-Afrique. Au cours de ces assises apprend-on, Yaoundé a exprimé son désir de nouer des partenariats avec de grands groupes pétro-gaziers russes pour la réfection des bâtiments de la Sonara partis en fumée dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2019.

Si on en croit nos sources, l’attribution du marché permettrait certainement à Lukoïl d’étendre son action dans le pays de Paul Biya. Le géant russe étant déjà détenteur de 37,5% des actifs sur la licence d’exploration Etinde (encore appelé petit Mont Cameroun étendu sur 2 316 km2 dans la région du Sud-Ouest du Cameroun.

Huit mois auparavant, la réhabilitation des installations de la Sonara avaient aiguisé les appétits chinois. Le marché avait d’ailleurs motivé le séjour au Cameroun d’une délégation de six membres de la chambre de commerce de Shandong et de la société China Investment Taihua New Enregy Group Ltd (mondialement connu sous l’appellation China Investment Taihua). Seulement, au lendemain de ce séjour, la partie camerounaise ne s’est pas prononcée sur l’attribution du marché de réfection de la société. D’ailleurs, aucune note officielle attribuant le marché aux chinois n’a été rendue publique.

Ce qui, on peut l’observer, a laissé libre cours à plusieurs autres entreprises étrangères d’étaler à leur tour, les avantages de leur offre.

En rappel, le drame survenu à la Sonara a consumé plus de 10 00 m3 (10 millions de litres) de pétrole brut. L’incident qui avait endommagé 4 des 13 unités de production a contraint le Cameroun à l’importation des produits pétroliers finis consommés dans le pays. Selon les prévisions gouvernementales les travaux de réhabilitation devraient s’achever avant 2021.

Joseph Julien Ondoua Owona, stagiaire

L’urgence d’un redressement financier

Dans les rangs, avis favorable est donné à la main tendue des pouvoirs publics. Mais l’ADN reste intact.

 

Depuis la survenue de l’incendie au cours du premier semestre 2019, le niveau d’endettement de l’entreprise de raffinage est inquiétant. Pour éviter le gouffre financier, il est impératif pour la société de raffinage de revoir son mode de fonctionnement.
Après la destruction de ses unités de production en mai de l’année dernière, la Société camerounaise de Raffinage côtoie le bord du gouffre financier. C’est précisément ce que laisse entendre la Commission technique de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic (CTR) dans un rapport repris par le magazine économique à capitaux publics Cameroon Business Today (CBT). «a situation actuelle présage des cas de défaut de paiement pour lesquels la responsabilité des actionnaires de l’entreprise (au premier rang desquels figure l’Etat) devrait être appelée. Face à ce risque il importe que d’éviter que les dettes de la Sonara vis-à-vis des banques locales soient classées comme créances douteuses, toute chose de nature à conduire à la dégradation de la situation financière des établissements de crédit concernés et au non-respect par ces derniers des normes prudentielles de la Cobac [Commission bancaire de l’Afrique centrale]», lit-on dans les colonnes du journal, édition du 5 au 11 février 2020.

Mesures de maintien

Et puisque la mise en place effective d’un plan de réhabilitation et la reprise effective de ses activités de production de la raffinerie tardent, certaines mesures pourraient permettre à l’entreprise camerounaise de jouer le maintien. Dans ce sens, CBT liste quelques manœuvres salutaires au redressent économique de la sonara.

Vis-à-vis de l’entreprise, il est recommandé la maitrise des charges du personnel représentant la totalité de la valeur ajoutée. La définition des activités minimales à même de permettre à l’entreprise de respecter ses engagements à l’endroit de l’État et autres partenaires. Ce n’est pas tout. Entre autres, il est également demandé à la société de revoir la marge bénéficiaire unitaire récemment accordée à l’entreprise et de lui attribuer toute l’activité de trading des produits pétroliers, le temps que les locaux abritant la production soient rebâtis.

À défaut de cela, écrit il faudrait permettre à la société de raffinage d’importer des produits à hauteur de 80% pour satisfaire la demande nationale.

Une fois implémentées par la Sonara, précise le journal, ces mesures permettront à l’État du Cameroun d’honorer aux engagements pris dans le cadre du Programme économique et financier appuyé par la facilité élargie de crédit (FEC), conclu avec le FMI il y a trois ans (en 2017).

Pour rappel, ces mesures avaient déjà servi à reconstituer les fonds propres de cette société. En 2018, son capital social avait été ramené 19,5 milliards FCFA. Ce qui avait permis d’obtenir un résultat net d’équilibre au 31 décembre 2018, grâce à l’application d’une marge fie de de 47,88 FCFA par litre de produits pétroliers.

JJ00

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