Il y a 40 ans, quand j’étais étudiant à l’université d’Abidjan, Saint-Jacques des Deux-Plateaux, La Sainte-Famille et Saint-Jean étaient les trois paroisses de Cocody. Il y avait de l’argent dans le pays. La vie n’était pas chère. Trouver un emploi n’était pas la croix et la bannière. Tout cela a presque disparu aujourd’hui.

Les fidèles laïcs veulent bien répondre aux sollicitations financières de l’Église catholique au plan paroissial, diocésain et national. Malheureusement, dans plusieurs familles, les moyens financiers se sont considérablement réduits comme peau de chagrin parce que les parents, désormais retraités, perçoivent non plus un salaire mais une petite pension.
En outre, leurs enfants, diplômés mais au chômage, continuent d’être à leur charge. Le clergé devrait tenir compte de cette réalité. Il devrait comprendre que beaucoup de fidèles ne vivent plus mais essaient de survivre.
L’Église a certes besoin d’argent pour mener à bien sa mission d’évangélisation et c’est désormais aux Africains de trouver cet argent mais elle doit se rappeler en même temps que trop tirer rompt la corde. Bref, prêtres et évêques devraient se garder de stresser leurs ouailles dont la vie est déjà suffisamment dure, tout en donnant eux-mêmes l’envie de donner.
Un prêtre qui vit pauvrement et un évêque dépouillé donneront plus à un laïc l’envie de partager le peu qu’il possède qu’un prêtre qui mène un train de vie fastueux, qui chaque année change de voiture ou passe ses vacances en Europe. Je me souviendrai toujours, à cet égard, de la boutade d’un ami qui utilisait le même véhicule depuis 22 ans: « À voir le luxe insolent dans lequel vivent certains prêtres et évêques, on a l’impression que vous faites vœu de pauvreté mais que c’est nous, les laïcs, qui le vivons. »
Bien sûr qu’il faut de l’argent pour entretenir églises et presbytères, pour donner des moyens à la Caritas qui fait un travail formidable, pour former les prêtres et les religieuses, etc. Cet argent, on peut légitimement le demander sans mettre inutilement la pression sur les fidèles et sans leur dire que c’est pour le donner à Dieu car Celui-ci est le propriétaire de tout ce qui existe. Le Créateur déclare en effet: « Je ne prendrai pas un seul taureau de ton domaine, pas un bélier de tes enclos… Si j’ai faim, irai-je te le dire? Le monde et sa richesse m’appartiennent » (Psaume 49, 9-12).
Jean-Claude Djéréké






