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Initiative Pays pauvres très endettés : les leçons du passé pour renseigner le présent

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Après l’échec des programmes d’investissements liés à la réduction de la dette due à la France, le Cameroun perpétue, aujourd’hui encore, le cycle des dettes improductives.

C’est à un débat singulier qu’ont pris part mardi, 21 avril 2026, le Pr Bruno Bekolo Ebe, Virginie Dago, directrice de l’Agence française de développement (AFD), Emmanuel Noubissie Ngankam, ancien haut cadre de la Banque mondiale, et l’économiste Eugène Nyambal. Les échanges tenus à Yaoundé, à l’initiative des rencontres intellectuelles « Lignes d’horizon » n’ont pas offert le spectacle des pensées contradictoires sur la question de la dette au Cameroun. Bien au contraire, les idées se sont rejoints, se complétant et dénonçant la gestion de la dette par les autorités camerounaises. Car ce qui fait problème au pays, n’est pas le recours à des emprunts pour financer le développement-même si en la matière les aspects de dépendance, conditions et circonstances d’endettement interrogent- mais la pertinence et les niveaux de réalisation des projets et programmes souvent ciblés. Pour le dire, Emmanuel Noubissie Ngankam a la précision de l’expert: «La dette est un moyen de financement. En soit, elle n’est pas un problème. Mais c’est la gestion de la dette et l’orientation des ressources qui font problèmes.»

Le Cameroun en est pourtant à un niveau d’endettement soutenable avec ses 14 591 milliards de FCFA représentant 43,9% de son Produit intérieur brut (selon des données de la Caisse autonome d’amortissement de septembre 2025). La structure de sa dette majoritairement concessionnelle offre des avantages à bien des égards. L’analyse de fond faite mardi par les spécialistes mettent cependant en exergue l’existence de problèmes persistent. Lesquels pointent du doigt une réalité: le Cameroun n’a pas suffisamment tiré des leçons de son passé, principalement de l’initiative Pays pauvre très endetté (PPTE). Lequel programme avait conduit à la mise en place du Contrat de désendettement et de développement (C2D) entre la France et le Cameroun. «Le C2D avait été mis en place pour ne pas retomber dans un nouveau cycle de la dette», rappelle Virginie Dago, directrice de l’AFD. Le résultat traduit en mots simples par le Professeur Bruno Bekolo Ebe fait référence à : « Le Cameroun a fait un programme d’investissements structurels qui a complètement échoué et personne n’est responsable. Aucune responsabilité n’est établie pour permettre aux gens d’en répondre. »

La problématique de la dette Au Cameroun
Les propos du spécialiste des questions de politiques économiques ouvrent le bal des critiques fondamentales de la dette. En la matière, les doigts pointent le déphasage entre les conditions de prêt des partenaires et les réalités locales. Ce qui induit sur le terme des complications relatifs entre autres au non-respect des engagements pris les parties; l’explosion des soldes engagés non décaissés (SEND) soit 4714,7 milliards de FCFA à ce jour selon des données officielles. « S’agissant du respect des engagements, en même temps on nous accuse de trop contrôler, de tout bloquer et à la fois on nous fait le reproche de tout laisser faire et de laisser prospérer n’importe quoi. Nous avons beaucoup de procédures, nous contrôlons beaucoup. Vous évoquez les SEND, mais c’est aussi à cause de ça parce qu’on a des procédures, on a des conditions. C’est important qu’en face de nous on ait des gens qui, quand ils décident de quelque chose, s’engagent à le faire», martèle Virginie Dago.

La corruption figure elle aussi au chapitre des préoccupations. Notamment du fait de ses effets pervers sur la conduite des projets et programmes ciblés par quelque emprunt. Il en est de même des questions relatives à la maturation des projets et la pertinence de ceux-ci. À côté d’eux se pose la problématique de l’évaluation des projets et programme. Une étape à la peine au Cameroun, quoique nécessaire pour d’éventuels réajustements. « On met en place des programmes qui ne sont jamais évalués. On a mis par exemple des programmes pour l’emploi-jeunes, beaucoup de fonds ont été mis à contribution. Quelle en est l’évaluation ? Aucune. Il faut systématiser les évaluations. Elles doivent aller de pair avec l’engagement de responsabilité. Si vous êtes décideur public et vous savez que vous n’aurez pas à rendre compte de la décision que vous prenez, ni de la qualité de la décision, ni de ses effets, ni en assumer les conséquences lorsque la décision s’avère mauvaise, vous allez faire comme bon vous semble », indique le Pr Bruno Bekolo Ebe. Et parce que l’emprunt constitue juste une source de financement parmi d’autres les Débats de Lignes d’horizon ont fait force de proposition pour l’optimisation des incitations à la production locale, au relèvement des marges d’exportations, à la modernisation des institutions, ainsi qu’a une volonté politique ferme sur la question du développement.

Ils ont dit

«Il y a un conflit entre l’intérêt bureaucratique et l’intérêt collectif»

Pr Bruno Bekolo Ebe

Normalement. Le service public existe pour que l’intérêt collectif soit atteint. L’objectif étant de l’optimiser. Lorsqu’on investit dans le secteur public en infrastructures, celles-ci doivent être telles qu’elles facilitent la mobilité des biens et des personnes. Si l’on investit dans les hôpitaux, cela permet que la prise en charge des problèmes de santé soit améliorée et que les coûts soient réduits. C’est tout ça qui fait partie de l’optimisation de la fonction de l’utilité collective. Le problème que je pose est qu’en analysant certaines décisions publiques, on se rend compte que c’est moins l’optimisation de cette
fonction d’intérêt collectif qui est privilégié mais plutôt ce que les économistes appellent la fonction d’utilité bureaucratique. C’est à dire que je suis décideur public. Au lieu de décider en me préoccupant de l’amélioration qualitative et quantitative du service public, je vais d’abord privilégier ce que la décision que je prends, en tant que décideur public, me rapporte. Et donc il y a un conflit entre l’intérêt bureaucratique et l’intérêt collectif. Normalement le décideur public doit mettre en avant l’intérêt collectif.

Propos recueillis par
Louise Nsana

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