Ma réaction (SAMBA MBONO) face à ceux qui pensent que la CM14 à Yaoundé, serait inutile, AU CONTRAIRE. Surtout en ce moment, où l’Afrique veut accélérer l’implémentation de la ZLECAF.

Pour comprendre les enjeux de la CM14 de Yaoundé, qui se tiendra du 26 au 29 mars 2026, il faut aller chercher loin, dans les origines de l’OMC et comprendre l’histoire des négociations dans le monde, avant de se pencher sur le contexte que le Dr Kakdeu a plutôt effleuré dans sa sortie de ce 25 mars 2026, avant de decliner les nombreuses attentes et possibles retombées de la CM14.
1- l’histoire des négociations commerciales internationales nous apprend que jadis, le monde était régi par des accords bilatéraux entre pays, avec des contrats signés entre parties sur des matières spécifiques, sans un encadrement harmonisé au niveau mondial.
1.2- Puis par endroit, on avait des traités et accords régionaux qui invoquaient les clauses de la nation la plus favorisée pour permettre d’élargir les possibilités des Etats, de bénéficier des facilités au Commerce, accordées à un autre pays dans les échanges.
1.3- En dehors de ces deux types de traités, il y avait le protectionnisme qui a fait son lit dès 1929 et qui a marqué le commerce mondial entre les deux guerres mondiales, à travers des droits de Douanes élevés sur les produits qui concurrençaient les produits domestiques. L’objectif poursuivit était de protéger le tissu national et permettre l’émergence d’une industrie forte.
Cependant, aucune Organisation digne de ce nom, n’existait au niveau mondial, pour agréger les préoccupations du multilatéralisme.
1.4- C’est ainsi qu’arrive en 1947, aux lendemains de la 2e guerre mondiale, le General Agreements on Tarifs and Trade (GATT), qui signifie en français, Accord Général sur les tarifs douaniers et le Commerce. 23 pays y sont signataires au départ et il se façonne au fil des années et enregistre finalement 128 États membres signataires,jusqu’en 1994, date à laquelle, suite à 8 rounds ou cycles de négociations, on aboutit au traité de Marrakech qui met fin à ce traité comme instrument régulant le Commerce international, pour donner naissance à toute une Organisation.
Il faut signaler que les 8 rounds de négociations de 1947 à 1994, montrent la difficulté et la patience qu’il y a à observer dans le processus de conclusion des négociations ou des accords multilatéraux.
1.5- C’est le lieu de signaler qu’entre 1947 et 1950, il y a eu des tentatives de mettre en place une Organisation à l’echelle internationale, qui régulerait les échanges commerciaux: c’etait la Charte de la Havane qui avait proposé la mise en place de l’Organisation Internationale du Commerce (OIC) qui n’a pas prospéré, face à la belle construction du projet de mise en place de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui voit le jour en 1995, après le traité de Marrakech de 1994 et qui vient ainsi palier l’absence d’une structure unifiée à l’échelle internationale, différente du Traité que constituait le GATT. C’est la raison pour laquelle, les les dispositions et principes du GATT, sont contenues et repris, dans les règles de l’OMC.
1.6- Et comme principes admis à l’OMC, il y a la garantie des clauses de la Nation la plus favorisée et le traitement non discriminstoire entre et par les membres.
Ensuite, la prévisibilité qui implique la garantie de la sécurité des échanges et donc, un règlement et une régulation transparente des échanges commerciaux, ainsi que la garantie d’un commerce équitable.
Puis, l’ouverture des frontières pour un libre-échange des marchandises et des services, qui favorise le commerce avec une réduction sinon, sans droits de Douanes et autres tarifs aux portes.
Dès lors que ce pan de l’histoire est levé, il faut comprendre ensuite, le contexte des négociations en cours et le pourquoi du risque de fragilité de la crédibilité de l’OMC, du fait de l’obstruction des États-Unis.
2- Le premier contexte est celui de la mise en œuvre de la ZLECAF qui s’inscrit en droite ligne des préoccupations de l’OMC et doit aboutir à densifier les échanges commerciaux inter-africains; sachant que l’Afrique n’occupe qu’à peine 3% du commerce mondial et que le volume de transformation de ses matières proposées au commerce mondial n’est que de 2% de la moyenne mondiale. C’est dire qu’elle a intérêt à s’adapter , à prendre le pas sur les initiatives d’intégration régionale comme la ZLECAF et les projets comme celui de rationalisation des Communautés Économiques Regionales en Afrique Centrale.
2.1- Le mode consensuel de prise de décision à l’OMC*, qui a, jusqu’ici, été en vigueur et apprécié, fait l’objet de questionnements, quant à son efficacité, malgré l’objectivité qu’il revêt. C’est en effet, sur ce mode, que surfe les États-Unis d’Amérique, depuis 2016, lorsqu’ils ont récusé un des membres de l’Organe d’appel au sein de l’Organe de Règlement des Différends de l’OMC, en Charge de connaître les recours pour litiges entre les membres. En effet, La récusation du coreen Chang, au sein de l’Organe d’Appel, a créé un blocage du fonctionnement de l’Organe de Règlements des Différends, qui n’arrivent pas à fonctionner du fait de ce blocage par les États-Unis, qui estime que cet organe a outrepassé ses pouvoirs en créant une jurisprudence contre eux (USA), alors qu’il est sensé résoudre des différents sans créer plus ou moins de droits aux parties. C’est ce qu’ils appellent « l’activisme judiciaire » de cet Organe d’Appel. Ainsi, en recusant un membre de l’Organe d’Appel, alors que le pays (USA) fausait partie des membres de l’Organe de Règlement des Différends, ayant siegé pour désigner les 7 membres de cet Organe d’Appel, emporte l’annulation de la décision nommant les 7 membres de cet Organe d’Appel. Et l’absence d’un seul membre empêche le fonctionnement de l’Organe, selon l’article 2.4 du Mémorandum d’accord sur les règles et procédures de l’OMC. Il faut connaître cette règle, pour comprendre le pourquoi du blocage et de la difficulté que connaît l’Organe de Règlement des Différends de statuer et donc d’être opérationnel sur les litiges dont il est saisi.
Par voie de conséquences, les États-Unis peuvent ainsi braver les règles du multilateralisme commercial en élevant unilatéralement les droits de Douanes, pour faire face à la compétition chinoise et même, aux velléités d’autres États. Ainsi, cette activité excessive et imprévisible sur les droits de Douanes pour les produits entrant aux États-Unis, créé les incertitudes et les distorsions dans les règles de l’OMC, sur le commerce des biens et services. D’où la nécessité de reformer cet instrument de règlement des litiges au sein de l’OMC et le processus décisionnel.
2.2- Mais le contexte, c’est aussi les chantiers non échus et en cours, issus de la CM13 à Abou Dhabi en 2024, où il y a eu des blocages et des débuts de négociations sur bien des sujets importants qui devront continuer.
C’est le cas de la réforme du système commercial multilatéral en général, ainsi que des règles et procédures de l’OMC entamées bien avant la CM13; c’est le cas des accords sur le stockage public des produits agricoles sur lequel l’Inde tient à prémunir sa population d’une crise alimentaire et invoque une logique de quotas sur les céréales, mais sur laquelle l’Organisation estime qu’il y a des subventions à éviter. Comme quoi, ce serait une forme de protectionnisme qui n’est pas compatible avec les Règles de l’OMC.
C’est aussi le cas du Moratoire sur l’accord, relatif aux droits de Douanes à prélever sur les transmissions des données électroniques qui visent le numérique et donc, l’E-Commerce, que plusieurs pays industrialisés n’entendent pas encore céder.
Puis, la lutte contre la pollution à travers à travers l’encadrement du commerce des matières plastiques et la production de celles utilisant les matières plastiques biodégradables…
Par ailleurs, la question sur les subventions de la pêche, doit nécessairement mener à des négociations, qui tiennent compte des pays dont l’économie est basée sur cette ressource halieutique
2.3 – il faut bien se dire , qu’en matière de contexte de la CM14, il sera question d’aller déjà puiser dans ce qui fait l’objet des chantiers de la CM13, pour emprunter aux travaux informels menés par l’Ambassadeur norvégien Petter Ølberg, désigné comme facilitateur depuis juin 2025, dans le but de conduire le projet des réformes de l’OMC en cours.
Comme quoi, au-delà de l’activité américaine, il y a « du pain sur la planche » pour les Delegués et tous les participants qui, au cours de l’année, échangent au sein du Conseil Général, où des Comités et Conseils du Secrétariat de l’OMC, en vue d’aboutir à des avancées, dans différents domaines qui impactent le commerce et le système multilatéral de régulation des échanges mondiaux.
Il y a des échanges sur l’agriculture avec des projets de textes sur l’agriculture, qui n’ont pas encore eu le consensus clair, mais sont bien accueillis. Le cas de celui du Pakistanais et de l’Argentin par exemple.
3- Les enjeux et les perspectives sont pourtant nombreux et les espoirs permis.
A ce sujet, il faut dire que la CM14 peut constituer un tournant désicif pour le renforcement du multilateralisme et le développement du Commerce numérique, ainsi que de l’agriculture, des services et de la propriete intellectuelle.
3.1- Le projet d’accélération de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) qui épouse les logiques de l’OMC, avec un accent sur la mise ensemble ou la coordination des politiques publiques, pour permettre le développement des économies du continent, à travers le commerce et l’investissement, doit trouver en la CM14, l’audience et l’instance dédiées où les difficultés d’intégration du commerce intra-africain et la place de l’Afrique dans les échanges mondiaux, seront améliorés. La problématique de l’accompagnement et de l’appui pour la mise à niveau des pays en développement est un axe majeure, à l’heure où ce multilateralisme est menacée par des logiques discursive et compétitives des nations les plus avancées.
3.2- En effet, il faudra attendre la déclaration Ministérielle qui pourra présenter ou révéler les efforts des gouvernements à œuvrer pour améliorer les conditions d’existence ou de survie d’un multilateralisme inclusif et bénéfique à tous.
3.3- C’est aussi le lieu d’attendre la présentation et la validation du plan d’action de la mise en œuvre des réformes, avec un chronogramme bien établis, les points critiques excipés et leurs processus ajustés, ainsi que les évaluations et modes de correction.
3.4- La CM14 charrie d’autres objectifs et bienfaits, souvent obtenus en marge des travaux. C’est le cas des initiatives « Commerce des Services pour le développement » où il est question de mobiliser les acteurs, les Gouvernements et les bailleurs, pour encourager ce commerce et doter les États d’infrastructures nécessaires à la facilitation de ces activités et outiller les acteurs à l’appropriation. L’initiative a déjà obtenu l’adhésion de plusieurs pays qui ont décidé d’y apporter des financements et de faire partie du projet.
Les projets comme celui de la mise en place d’une plate-forme d’investissement et du partenariat sur le coton qui va lever mes projecteur sur le développement de la filière coton, dans notre pays est déjà une retombée…
Comment ne pas souligner les rencontres entre les coordonnateurs du dialogue sur la pollution par les plastiques et le Commerce des plastiques écologiquement durable qui fera sûrement l’objet d’une déclaration Ministérielle, porteuse d’engagement ? C’est un bien pour la planète et pour l’environnement de nos pays.
Le lancement de la 3e phase du Cadre Intégré Renforcé qui prône l’appui aux priorités pour le le développement du Commerce et l’investissement, dans le but d’accompagner les efforts des pays les moins avancés, donne un autre visage au multilateralisme et peut être une bonne récolte pour ces pays qui ont vu s’inscrire dans l’initiative, de nouveaux pays comme la Suisse, la Norvège, le Liechtenstein etc… ce sont des retombées majeures pour la CM14 à mon sens.
Les négociations sur l’agriculture peuvent ne pas encore être consensuelles au sens strict, mais les documents y afférant, pourront évoluer dans la rédaction.
On a vu la veille de cette conférence des femmes entrepreneures présenter les acquis et leurs difficultés et des reseaux et partenariats se sont tissés pour la suite et le développement des petites entreprises.
Le MINEDUB et la FECAFOOT se sont mis main dans la main, pour lancer l’initiative Football For Schools (F4S), en marhe de cette conférence, remplie d’opportunités pour tous les secteurs de la vie publique.
Le volet culturel et touristique ne sont pas en marge. Aussi, il y a des retombées énormes sur les petits commerces, les artisans, les hôtels, les restaurants et les transports, pour ne citer que ces acteurs, qui engrangent des contacts, des savoirs-faire du fait des rencontres B to B et autres partenariats
La ville de Yaoundé, comme le Cameroun gagne en visibilité, notoriété et crédibilité lorsque cette conférence est bien organisée.
En conclusion, il serait trop simpliste et naïf, de penser que cette conference ministérielle est « inutile » ou n’aurait pas dû se tenir. Car, il s’agit bien, comme il vient d’etre demontré, d’ub reservoir d’opportunités et une occasion d’echanges et d’harmonisation des positions, pour libérer davantage , un Commerce Mondial, qui doit se faire avec l’Afrique et le Cameroun, dont la position géographique et politique est stratégique.
Nous devons être des patriotes au service de la République et ressortir toujours le meilleur d’un tel évènement. Si on a réhabilité (au forceps ou pas), certains axes de la Capitale, c’est aussi les populations qui en bénéficient et voient leur mobilité améliorée.
Ainsi, la CM14 ne saurait être une « inutilité » ou un non évènement comme allégué par certains.
Les pays en développement tirent avantage du système multilatéral commercial en s’appropriant les règles de l’OMC et ses procédures, ainsi qu’en structurant davantage leurs économies, afin de rendre leurs produits plus compétitifs en s’appuyant sur la transformation structurelle de leur économie, par laquelle, ils développeront les filières à fortes valeurs ajoutées, pour le bien de leur développement industriel, sachant leurs sous-sols riches et connaissant les potentiels importants de développement qu’ils regorgent.
La CM14 c’est aussi un rendez-vous diplomatique assuré, qu’il faut gagner par la bonne Organisation et la bonne tenue des camerounais.
La CM14 ne saurait être réduite à la participation ou aux problèmes que posent un membre , bien que influent, de l’Organisation.
L’OMC reste nécessaire comme cadre et Organe de régulation du système commercial multilatéral. Des réformes sur les normes et les obstacles techniques au Commerce, ainsi que le mode de règlement des litiges et les processus de prise de décision, sont à renforcer, à améliorer et à soutenir. Cependant, cette organisation reste indispensable pour la prospérité du commerce mondial et de l’économie en général, mais aussi pour permettre que les piliers du commerces équitables que sont l’économie, le social et l’écologie, trouvent bien leur raison d’être.
SAMBA MBONO✍🏽 Expert des Politiques Publiques






