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Droits humains : la femme sur des bornes positives dans la tradition Bandjoun

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confrérie de femmes au festival Nsem Todjom 2026

Cette dernière est placée sous un piédestal dans cette communauté de la région de l’Ouest du Cameroun, influençant quelques fois par son aura l’exercice du pouvoir politique.

confrérie de femmes au festival Nsem Todjom 2026

Quand on s’y connait, on ne s’y perd. La condition de la femme camerounaise est désormais aux antipodes des us de la société traditionnelle Bandjoun. Les mutations sociales en cours au Cameroun, en conformité avec l’ordre occidental, ont conduit à un basculement des positions de la gente féminine. «Nous sommes encore à une période de transition vers la modernité. On nous a imposé des façons de vivre et de concevoir l’amour, comme s’il y avait une façon universelle d’aimer. Alors que chaque peuple a ses mécanismes et ses codes en la matière. Et c’est ce mélange-là qui nous pose problème à nous tous alors que rien ne prouve que dans ces sociétés dites évoluées, les choses fonctionnent mieux que chez nous. La preuve, regardons les statistiques de divorces en Occident», soutient Dr Léon Kamga, anthropologue.

Le temps d’un échange, ce natif de Bandjoun (département du Koung-Khi) sonde les profondeurs de sa mémoire et de son intellect pour se reconnecter à la puissance des femmes dans une société faussement considérée comme patriarcale. Ici, certaines femmes ont le privilège du statut politique le plus élevé. Ce qui, toute idée préconçue rejetée, appelle à imaginer les limites de l’influence féminines dans les arcanes du pouvoir. «La Maa’Fo c’est la mère du roi. Il est vrai que la première fille du roi, devient à l’intronisation de celui-ci une Maa’Fo et que selon ses affinités avec ses épouses, celui-ci pouvait en élever à ce statut. Le nom Maa’Fo se dit en réalité Mee’Fo. La particule Mee est un élément augmentatif qui désigne quelque chose qui est au-dessus du Fo qui est le roi. Donc la Maa’Fo c’est une institution qui est supposée être au-dessus de l’institution royale. La preuve, dans les traditions de l’Ouest-Cameroun, la propriété du Maa’Fo est inviolable. C’est-à-dire que le roi lui donne une concession, mais lui-même le roi ne peut plus passer par-là pour imposer quoique ce soit. Celles qui sont les Maa’Fo, elles ont le droit de participer aux confréries qui théoriquement réservées aux hommes, même les confréries guerrières, parce qu’elle était considérée comme une personnalité bien plus respectable et bénéficiant d’une immunité supérieure à celle du roi. Son mari ne pouvait même pas penser à la répudier. Tout au plus, elle recrutait d’autres épouses pour son mari. Mais celles-ci n’avaient pas le statut d’épouses, elles étaient considérées comme des aides pour la Maa’Fo», ajoute le spécialiste. Dans une société de principe polygame, les épouses sont protégées et la répudiation figure comme une exception «Il n’était pas du tout facile pour l’homme de répudier sa femme. Celle-ci au contraire pouvait partir mais l’Homme avait le devoir de conserver sa case. Il ne pouvait la céder à personne d’autre», apprend-on.

Le pouvoir au féminin
Le statut particulier accordé à la femme Bandjoun tire sa source du mystère de l’enfantement. Ce don qui échappe à la gente masculine agit dans sa comme amplificateur de droits des femmes et de la considération à elles accordée. « Elles sont puissantes. Elles bénéficient d’une valeur cardinale qui est la fécondité. Tous les rites qui sont pratiquées dans cette aire culturelle ont pour finalité la fécondité ; parce qu’il n’y a de richesse que d’hommes. Les personnes à qui dieu a délégué de façon concrète l’aptitude à la création ce sont les femmes et cela leur donne un pouvoir immense ; de sorte que beaucoup de rites de passage que vous trouverez dans les sociétés négro-africaines cachent mal ce complexe de la gente masculine par rapport. A défaut de bénéficier de la magie du cordon ombilical, il faut que les hommes créent les rites qui leur donnent le droit de valider le statut d’homme mûr. Dans nos sociétés il y a un concept qui s’est créé qui renvoie à la famille maternelle. Chez les Bamiléké on parle de Bouka. Et on constate que tout est acquis au neveu du côté maternel tout lui est facilement acquis du côté de sa maman. C’est parce qu’on reconnait le lien du cordon ombilical. Ce sont des indicateurs d’une puissance incontestable que la société reconnait à la femme au point que certaines pratiques, qui sont du vues du point de vue occidental comme des abus, avaient lieu établir une sorte d’équilibre», soutient Dr Léon Kamga.

Un rôle spirituel
Des circonstances particulières permettent d’exposer au grand jour la participation de la femme Bandjoun dans la grande spiritualité de ce peuple. «Parmi ce qu’on appelle généralement les voyants à l’Ouest-Cameroun, ces personnalités dont les services étaient sollicités en cas de divination, Les femmes étaient plus nombreuses dans cette espèce de caste que les hommes. Ce sont elles qui étaient appelées à servir de passerelle entre les morts et les vivants. C’était un rôle tout à fait discret. On dit qu’à l’époque, de façon périodique, le roi faisait venir une fois par an toutes les femmes voyantes pour assurer la protection du roi et de sa famille durant l’année». Souligne l’homme de sciences qui appelle la société camerounaise à valoriser son patrimoine anthropologique pour s’adapter au monde.

Louise Nsana

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