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Le Moyen-Orient frappe aux portes… et porte-monnaie africains

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Loin des explosions et des drones du Moyen-Orient, l’Afrique commence à sentir que la guerre n’a pas de frontières… ni de retenue. Éloignés des combats ? Peut-être.

À l’abri des conséquences ? Certainement pas. Ici, la guerre se traduit par des factures d’énergie plus lourdes, des routes maritimes détournées et des diplomaties qui se transforment en jeu de dominos. Bref, si l’on pensait être spectateurs, on se rend compte que nous sommes figurants sur la scène mondiale… avec le rôle le moins enviable.

Hubert Kinkoh, chercheur au centre Carpo (Center for Applied Research in Peace and Organization), nous rappelle que notre continent est « structurellement affecté » par ce conflit. Traduction : notre dépendance à l’énergie, la présence de bases étrangères et notre voisinage avec des voies maritimes stratégiques nous mettent directement dans la ligne de mire. Djibouti et ses bases américaines et françaises, le Somaliland et son port de Berbera, c’est un peu comme si nos voisins avaient décidé d’organiser une fête pyrotechnique… et nous, on est coincés sur le balcon. Spoiler : ce n’est pas le moment de chanter « la joie des voisins ».

Côté économie, le Moyen-Orient a trouvé un moyen subtil de nous rappeler qu’il aime l’humour noir. Les navires détournés vers le cap de Bonne-Espérance rallongent les trajets et alourdissent nos coûts, comme si le transport maritime avait décidé de prendre des vacances prolongées. Au Nigeria, le carburant grimpe de 14 %, et nos espoirs de profiter des prix mondiaux ? Disons qu’ils ont pris des vacances eux aussi… quelque part entre contrats à long terme et raffinage importé. Ironique, non ? Et ce n’est pas tout : les denrées alimentaires suivent la même chorégraphie absurde. Le prix du blé, du riz et de l’huile grimpe en file indienne, comme pour nous rappeler que la guerre a un sens de l’humour cruel. Les commerçants ajustent leurs marges, les ménages plient leur budget, et même le plus stoïque des économistes finit par lever les yeux au ciel en se demandant si, quelque part, quelqu’un dans un bureau climatisé rit doucement en regardant l’Afrique jongler avec ces absurdités. Tout cela nous rappelle, avec une ironie grinçante, que lointaine ou non, la guerre frappe là où on ne s’y attend pas, et que notre portefeuille est, hélas, sur la ligne de front.

Sur le plan diplomatique, l’Afrique du Sud s’est offert un numéro délicat : critiquer Israël tout en invitant des navires iraniens à des exercices navals. Une chorégraphie qui ferait pâlir n’importe quel danseur étoile. Résultat : la Maison Blanche pourrait froncer les sourcils, et les sanctions potentielles se profilent à l’horizon. Apparemment, dans le monde, chaque pas de danse compte… surtout quand les juges ont des missiles dans la poche.

La guerre, au-delà des chiffres et des cartes, nous rappelle que nos côtes et ports stratégiques sont désormais des acteurs involontaires de cette tragédie internationale. Les couloirs maritimes vitaux, si tranquilles il y a quelques semaines, ressemblent aujourd’hui à un parcours d’obstacles digne d’une émission de télé-réalité… où le perdant paye en carburant et en denrées alimentaires. En clair, l’Afrique n’a plus le luxe de l’innocence géographique. Distance ne rime plus avec sécurité. Nos économies frissonnent, nos diplomaties s’équilibrent sur des fils tendus, et nos ports se retrouvent au premier rang de ce que l’on pourrait appeler « la loterie de la géopolitique ». La prudence devient le luxe du jour. Alors oui, la guerre est loin, mais ses effets ? Directement dans nos assiettes, nos stations-service et nos salles de conseil. Et si nous en rions un peu, c’est peut-être pour ne pas pleurer… ou pour mieux réaliser que, dans ce monde interconnecté, même le thé servi sur nos côtes africaines peut avoir goût de Moyen-Orient.

Jean-René Meva’a Amougou

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