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Saint-Valentin : l’amour hésite entre rose importée et pétale d’ici

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Entre les bouquets venus d’ailleurs et les fleurs nées sous le soleil camerounais, les cœurs cherchent la plus juste façon de dire « je t’aime ».

Dans les marchés et les allées animées, chaque pétale raconte une romance où se mêlent tradition, désir et douce redécouverte.Au lendemain du 14 février, sur les tables improvisées et les étals colorés, il flotte encore un parfum de romance… et quelques regrets. Cette année encore, beaucoup d’amoureux ont fait la cour aux roses importées, rouges comme des déclarations trop bien répétées. Pendant ce temps, les fleurs camerounaises — hibiscus timides, anthuriums fiers, bouquets sauvages au charme discret — ont observé le bal avec un sourire un peu moqueur, comme ces invités élégants qu’on oublie de saluer avant de découvrir qu’ils étaient les plus intéressants de la soirée.

Dans les allées du Marché Mokolo, les vendeurs racontent la même comédie romantique, rejouée chaque année. « Les clients arrivent en mission : “Donnez-moi la plus belle rose rouge !” », plaisante une fleuriste, en ajustant un bouquet d’oiseaux de paradis dont les couleurs semblent sorties d’un coucher de soleil tropical. Elle soupire, mais garde l’humour : « On dirait que Cupidon a signé un contrat d’exclusivité avec les roses étrangères. »

Pour certains acheteurs, le choix est presque stratégique. Offrir une rose importée, c’est cocher la case du romantisme universel, éviter les débats et, parfois, s’épargner un interrogatoire digne d’un tribunal amoureux. « Avec les roses, je suis tranquille », confie un jeune homme en riant, comme s’il venait d’acheter une assurance sentimentale. Pourtant, il jette un regard curieux vers un bouquet local aux teintes orange et pourpre, preuve que la tentation du terroir n’est jamais bien loin.

D’autres, en revanche, se laissent surprendre. Une cliente raconte avoir voulu des roses avant de succomber à un arrangement de fleurs africaines : « C’est comme tomber amoureux sans l’avoir prévu. On regarde, on hésite… et puis on se dit que c’est peut-être ça, la vraie surprise. » Dans son rire, il y a la joie de découvrir que la beauté n’a pas besoin de passeport.

Les vendeurs, eux, deviennent poètes pour défendre leurs trésors. Ils parlent de fleurs qui résistent mieux au soleil, de parfums qui rappellent les jardins d’enfance, de couleurs qui racontent la terre rouge après la pluie. « Nos fleurs connaissent nos saisons, nos histoires », explique l’un d’eux, comme s’il présentait de vieilles amies. À les écouter, chaque pétale porte un accent familier, une manière douce de dire “je t’aime” avec des mots d’ici.

Il faut aussi compter avec l’économie du cœur… et du portefeuille. Les bouquets locaux, souvent plus accessibles, séduisent ceux qui préfèrent un amour sincère à un geste coûteux. « L’important, ce n’est pas le prix, c’est l’intention », glisse une vendeuse avec un clin d’œil complice, tandis qu’un couple compare deux compositions en riant de leur indécision. Entre raison et émotion, le choix devient presque philosophique.

Au fil de la journée, on voit naître de petites réconciliations : un client qui revient échanger ses roses contre un bouquet local « plus original », une jeune femme qui découvre qu’un hibiscus peut être aussi romantique qu’une rose, un vendeur qui improvise un arrangement mêlant tradition et modernité. Comme si l’amour, capricieux mais curieux, acceptait finalement d’explorer de nouveaux chemins.

Au fond, cette Saint-Valentin raconte une histoire plus vaste : celle d’un pays qui hésite encore entre le prestige venu d’ailleurs et la richesse qui pousse sous ses propres pluies. Les fleurs camerounaises ne réclament pas de couronne, seulement un regard attentif — et peut-être un peu d’audace.

Quand le soleil se couche et que les étals se vident, il reste quelques pétales épars, témoins silencieux des élans du jour. Dans l’air tiède, on pourrait presque entendre les fleurs locales chuchoter avec malice : l’amour véritable n’a pas besoin d’être importé, il suffit parfois de le cueillir tout près, là où le cœur se sent chez lui.

Jean -René Meva’a Amougou

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