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Lettre adressée à Mgr Ignace Bessi Dogbo

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Un groupe de fidèles et d’intellectuels catholiques de l’archidiocèse d’Abidjan a adressé en janvier une lettre de 15 pages à Mgr Ignace Bessi Dogbo.

Je voudrais citer deux autres passages de cette lettre.

Dans le premier passage, on lit ceci:
« Plusieurs prêtres témoignent de la pression constante qu’ils subissent pour atteindre les objectifs financiers fixés, pression qui se traduit par des relances régulières, des évaluations périodiques de la performance économique de leur paroisse et parfois même des observations désobligeantes sur leur prétendue incapacité à mobiliser leurs fidèles. Ces prêtres expriment un sentiment de trahison de leur vocation première (p. 7).

Le second passage dit ceci: « La fixation unilatérale d’objectifs financiers aux paroisses (avec votre cellule financière qu’est la PROCURE émanant de votre unique bon vouloir) sans consultation préalable du collège des consulteurs, des communautés concernées, manifeste une conception verticale et autoritaire de l’autorité. Nous ressentons une manière de gouverner où la parole des fidèles et dirions-nous même de vos prêtres compte peu, où la critique est perçue comme une menace plutôt que comme une richesse » (p. 13).

Un internaute confirme le fait que l’argent a pris trop de place dans l’archidiocèse d’Abidjan en faisant remarquer que, sur sa paroisse de Cocody, le curé demande aux fidèles d’atteindre la somme de 30 millions de francs CFA chaque fin de mois dans le cumul des différentes quêtes ordinaires et que cette décision est venue du cardinal.

J’ai déjà dit que je regrettais que cette lettre ne soit pas signée. Un follower de ma page Facebook m’a donné la réponse suivante: « Le fond ne change pas, qu’il soit juridiquement correct ou pas. Si vous recevez une menace de mort non signée, vous la considérez ou pas? Ce que ces anonymes ont écrit sonne bien à nos oreilles et nous l’entendons bien, agréable ou pas. »
Un autre follower renchérit: « Tract ou pas, ce qui est important, c’est le contenu: c’est faux ou bien c’est vrai? Ce tract dit très haut ce que beaucoup de catholiques de l’archidiocèse d’Abidjan disent tout bas. En réalité, moi-même, je ne comprends plus ce qui se passe. »

Pourquoi la lettre des fidèles et intellectuels catholiques de l’archidiocèse d’Abidjan n’a-t-elle pas été signée? Un ami, que la Franc-maçonnerie a approché plusieurs fois mais qui a toujours refusé d’y entrer, m’a donné cette explication: les auteurs de la lettre craignent des représailles de la part des francs-maçons: exclusion économique, sociale ou politique (au mieux), assassinat (au pire) car ces francs-maçons sont influents et puissants dans notre Église et comptent dans leurs rangs des ministres extraordinaires de l’eucharistie, des prêtres et des évêques.

Un autre ami, qui est prêtre dans un autre diocèse, a pris la défense de l’archevêque d’Abidjan. Selon lui, derrière cette lettre, se cachent « des prêtres encagoulés qui ne sont pas contents de la perte de nombreux privilèges ». Il poursuit: « Les réformes engagées par le cardinal sont très courageuses et serviront la cause de l’Église d’Abidjan. Nous sommes nombreux à vouloir que cela s’étende dans de nombreux diocèses.

As-tu vu le volume ou le train de vie de certains confrères de la Côte d’Ivoire? L’ostentatoire le dispute au scandale et au mépris. À Abidjan, un jeune confrère a fêté le fait d’avoir franchi le cap des 100 millions.

As-tu vu les propriétés de certains confrères?
Mgr Bessi qui a fait vœu de pauvreté réelle voudrait engager ses prêtres sur la belle voie du dépouillement, de la simplicité et de l’humilité.

Voilà la réalité. »
Difficile de contester le fait que beaucoup de prêtres et évêques excellent plus dans la course à l’argent que dans l’annonce du message subversif de Jésus. Nous avons davantage affaire à des saigneurs qu’à des disciples du Seigneur qui n’avait ni feu ni lieu pour reposer sa tête. Ces saigneurs ne connaissent pas les difficultés et souffrances des fidèles et ça ne les intéresse pas de les connaître. Faut-il s’en étonner? Non car un affairiste ne se préoccupe pas de cela, ni de se battre pour le triomphe de la vérité et de la justice. Les troisième et quatrième mandats de Ouattara ne le dérangent point. Seuls le matériel et les honneurs comptent à ses yeux. Je suis arrivé à la conclusion que ces nouveaux marchands du temple sont des médiocres qui ne doivent leurs titres et postes qu’au tribalisme et à la docilité.

Bref, il est sain que les gens se prononcent sur la place excessive que l’argent est en train de prendre dans les Églises d’Afrique. Je souhaite que chaque chrétien participe au débat avec des arguments solides. Car l’Église n’est pas la propriété privée ou la chasse gardée des clercs, d’une race ou d’une ethnie. Elle appartient à tous les baptisés. Laïcs et clercs, nous sommes coresponsables de son être et de son agir.

Jean-Claude Djéréké

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