Service minimum

0

La Commission de la Cemac fonctionne désormais en service minimum.

Ce n’est pas une rumeur, ce n’est pas une interprétation politique : c’est un fait officiel, acté par une circulaire du président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o. Autrement dit, l’institution censée porter l’intégration sous-régionale d’Afrique centrale se met elle-même en mode survie. Et quand une organisation communautaire en arrive à gérer sa propre asphyxie administrative, ce n’est plus une alerte : c’est un signal de détresse.

Le service minimum n’est pas une mesure technique neutre. C’est un aveu d’échec. Échec de gouvernance, échec de solidarité communautaire, échec du financement des politiques communes. Une organisation d’intégration qui ne peut plus fonctionner normalement cesse d’être un moteur régional pour devenir une coquille bureaucratique, animée par des procédures sans vision et des sigles sans puissance. Cette paralysie institutionnelle produit des effets concrets : projets gelés, programmes communautaires suspendus, coopération technique bloquée, perte de crédibilité auprès des partenaires internationaux et démobilisation progressive des administrations nationales. Le service minimum devient alors un symbole : celui d’une organisation qui survit administrativement, mais qui s’éteint politiquement, faute de décisions courageuses, de solidarité financière et d’un véritable leadership communautaire assumé collectivement.

Plus grave encore, cette situation révèle une crise structurelle : la Cemac ne souffre pas d’un manque de discours, mais d’une crise de gouvernance. De hauts cadres de l’institution proclament la transparence mais organisent la paralysie.

Une Commission de la Cemac en service minimum, c’est une intégration au ralenti, une souveraineté régionale affaiblie et une crédibilité internationale entamée. Comment prétendre peser dans les équilibres africains et mondiaux quand on peine à assurer le fonctionnement interne de ses propres institutions ?

L’heure est grave, parce qu’il ne s’agit plus d’un simple dysfonctionnement administratif, mais d’un effondrement silencieux de l’ambition communautaire. La Cemac ne meurt pas dans le fracas, elle s’éteint dans l’indifférence bureaucratique. Et l’histoire retiendra peut-être que l’intégration en Afrique centrale n’a pas échoué par manque de projets, mais par excès de discours et pénurie de courage politique.

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Quitter la version mobile