Le village situé au Sud de la ville de Yaoundé offre un accès direct à l’autoroute Douala-Yaoundé en construction. L’installation des populations venues d’horizons divers y suit le rythme de l’expansion urbaine.

A Nkolbissong, dans l’arrondissement de Yaoundé 7, Noam Vouth II perd progressivement son allure de village. La route bitumée et éclairée, les immeubles modernes, les nombreuses écoles rivalisant d’architecture, ainsi que le lot de constructions récentes, témoignent de l’expansion urbaine qui y a cours. Ici, l’identité culturelle des communautés autochtones s’effrite peu à peu pour laisser place au cosmopolitisme. Seule la chefferie, dans sa construction d’antan, située en bordure de route, permet de sauvegarder au premier coup d’œil la nature première de la zone. Assis dans le bureau de la chefferie, Sa Majesté Atangana Pie, raconte les origines de son village. «Il y a trois principales communautés autochtones ici. Il y a les Essom, les Betianga et aussi les Mvog-Ada. Nos ancêtres ont fait la traversée de la Sanaga sur le Ngang Medja (serpent mystique envoyé par la divinité pour favoriser la traversée et la sauvegarde du peuple Ekang au 18e siècle, au plus fort des conquêtes d’Ousmane Dan Fodio, selon les récits ancestraux). D’autres groupes sont ensuite allés plus loin vers la mer, d’autres sont arrivés à Yaoundé, d’autres sont arrivés ici et s’y sont installés. Aujourd’hui, nous vivons ici avec de nombreuses autres communautés du fait de l’urbanisation et aussi du fait que des gens peuvent céder du terrain. Avant, il y avait des cacaoyères partout ici. Mais aujourd’hui, vous trouvez l’Irad d’un côté et les étrangers qui ont aussi fait beaucoup de constructions. Nous vivons tous ensembles désormais», indique-t-il.
Pressions sur la chefferie
La cohabitation entre les peuples se veut sereine à Noam Vouth. Quelques couacs y surviennent cependant occasionnellement, sans dérive majeurs. Le chef est alors interpellé pour une fonction de juge des parties. «Aujourd’hui, nous ne pouvons plus vivre comme si nous étions seuls ici. On est obligés de fonctionner comme si on formait une seule communauté avec les autres. Donc, vous ne pouvez pas trancher un litige en faisant des partis-pris. L’organisation sociale et le mode de vie sont quelque peu modifiés. Mais ce que nous disons, c’est que lorsque vous arrivez quelque part, vous devez vous comporter comme si vous étiez dans vos propres villages parce que nos mœurs culturelles ne sont pas différentes. Le respect de l’autre, de sa propriété, de l’autorité et de l’environnement dans lequel nous vivons est le même partout», souligne sa Majesté Atangana Pie.
La résolution des litiges en appelle quelques fois à des niveaux d’ingéniosité élevés. Seule la coordination existante entre les chefferies permet de fixer des barrières comportementales infranchissables. «D’où que tu viennes, tu sors d’abord d’un village. Donc quelque part on représente sa communauté là où on se trouve? Si un étranger fait quelque chose ici, j’appelle son chef de communauté ici qui me renseigne sur les sanctions applicables selon leur coutume. Lorsque c’est grave, il arrive qu’on appelle son chef de village. Et là, la peur s’installe directement. Quelques fois les sanctions administrées sont plus lourdes que si l’on avait jugé selon nos coutumes ici sur place. On tranche les litiges suivant nos us et coutumes mais quand on accueille d’autres communautés, on ne peut plus se limiter. On est contraints de prendre en considération les cultures des autres même s’il n’y a pas une très grande différence», ajoute-t-il.
Pérennisation des valeurs culturelles
Des chantiers plus grands interpellent cependant les chefferies des zones semi-urbaines et urbaines. En les classant sur le principe du plus urgent, Sa Majesté Atangana Pie pointe du doigt la pérennisation de la culture et des traditions. Le chef traditionnel a toutefois sa formule pour y arriver: «Il y a pour ce problème une opération de revitalisation des chefferies qui est en marche. Nous perdons notre village, mais la chefferie reste le cadre de préservation et de transmission des savoirs ancestraux. Il est questions d’y rassembler les jeunes. Avant, chaque jeune du village vivait selon la coutume et le chef était au centre de l’organisation sociale. Aujourd’hui, quand ils ont étudié, ils pensent qu’ils peuvent tout se permettre. Mais d’une façon ou d’une autre, ils sont ramenés à leurs valeurs culturelles. Il y a à ce niveau un regain d’intérêt. Il est encore timide mais il existe et il prend de l’ampleur. Nous menons aussi des actions à travers les associations de jeunes et de femmes. Soit par des activités culturelles, soit par des moments de réflexions sur certaines problématiques. Là, pour la Fête de la jeunesse, nous préparons des échanges sur le septennat des jeunes et des femmes». L’insalubrité, les expropriations au profit des entreprises, la délinquance des jeunes, sont aussi le lot de l’expansion urbaine à Noam Vouth II.
Louise Nsana





