En Afrique centrale, la criminalité transfrontalière est en profonde mutation.

Réseaux de trafic de drogue, cyberdélinquance, blanchiment de capitaux, criminalité organisée et banditisme structuré composent désormais un paysage sécuritaire de plus en plus complexe, mettant à rude épreuve les dispositifs classiques de lutte et de coopération entre États. Face à ces défis, le Comité des Chefs de Police d’Afrique Centrale (CCPAC) a, du 27 au 29 janvier dernier à Yaoundé, tenu la 4ᵉ session du sous-comité « Législation et suivi ». Placée sous la présidence du Secrétaire Permanent (représentant le Délégué général à la Sûreté nationale, président en exercice du CCPAC), la réunion a été animée par de hauts responsables en charge des questions de sécurité dans la sous- région. Ils ont mené des réflexions visant à dépasser les réponses isolées pour construire une dynamique collective. Concrètement, il a été question d’établir un diagnostic précis des menaces, de s’inspirer d’expériences opérationnelles efficaces et d’élaborer une stratégie régionale cohérente, fondée sur la coordination, le partage d’informations et l’harmonisation des cadres juridiques et opérationnels.
Sur cette base, les participants se sont employés à définir des priorités d’action, à formuler des recommandations pratiques et à concevoir des mécanismes de suivi capables de garantir l’application réelle des décisions. L’objectif est clair : doter les forces de sécurité d’outils communs, mesurables et évaluables, pour une lutte plus efficace contre la criminalité organisée dans l’espace d’Afrique centrale.
Pour le professeur Emmanuel Kotto, spécialiste des dynamiques criminelles régionales, « les réponses éclatées ne peuvent plus fonctionner face à des réseaux criminels structurés et transnationaux. Seule une stratégie intégrée, suivie et partagée peut produire des résultats durables ».
Au-delà de la dimension sécuritaire, les enjeux sont également économiques et sociaux. L’insécurité fragilise les investissements, perturbe les échanges commerciaux et alimente la défiance sociale. La rencontre de Yaoundé a donc servi de cadre de réflexion stratégique, où les expériences nationales et les mécanismes régionaux se combinent pour construire une réponse collective.
La commissaire Rita Mbarga, experte en coopération policière, insiste sur la nécessité d’une approche ancrée dans les réalités du terrain : « Les stratégies ne doivent pas rester théoriques. Elles doivent intégrer les contextes locaux, impliquer les communautés et s’inscrire dans une coopération régionale active et permanente ». Reste un défi majeur : la mise en œuvre. Volonté politique, financement, ressources humaines qualifiées et capacité opérationnelle détermineront l’impact réel des décisions issues de ces travaux. Mais une certitude se dégage déjà : en choisissant l’action concertée, l’Afrique centrale affirme une vision commune de la sécurité régionale. Les conclusions de cette réunion pourraient ainsi redessiner durablement les bases de la coopération policière dans la sous-région.
Jean -René Meva’a Amougou