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Yaoundé – Maroua : 36 heures de route pour comprendre ce qui a changé après la présidentielle du 12 octobre 2025

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Véhicules en transit sur la Route Nationale numéro 1

Érigée en symbole de l’échec de l’État durant la présidentielle du 12 octobre 2025, la route nationale n°1 devait incarner le renouveau promis après les urnes. Trois mois plus tard, que reste-t-il des annonces et des colères ? Enquête embarquée à bord d’un bus de transport interurbain, de Yaoundé à Maroua, sur un axe où le bitume, la peur et la politique roulent ensemble.

Véhicules en transit sur la Route Nationale numéro 1

Une route devenue argument électoral
Pendant la campagne présidentielle, la Nationale n°1 s’est imposée comme l’un des alibis majeurs de la contestation du pouvoir de Paul Biya. Délabrée, dangereuse, interminable, elle symbolisait l’abandon du Grand Nord. Après le scrutin, la route a cessé d’être un simple problème d’infrastructure pour devenir un foyer de crise politique, notamment après l’agression d’un chauffeur de camion par un agent des forces de défense et de sécurité. La grève des camionneurs qui s’en est suivie a paralysé le pays, bloquant le transit Nord–Sud et exposant l’impuissance de l’État.

Yaoundé–Bertoua : l’illusion du confort

Au départ de Yaoundé, le voyage rassure. Le bitume est lisse, presque apaisant. « Si toute la route était comme ça, on ne parlerait pas de crise », glisse Mireille, commerçante en route pour Garoua. À Ayos, l’une des communes les plus propres du Cameroun, les bordures de la Nationale n°1 respirent une propreté exemplaire. Ici, la route semble démentir les discours de colère.

Abong-Mbang : la peur du blocage

Mais à la sortie d’Abong-Mbang, le bus ralentit brutalement. Des dizaines de camions stationnent sur la chaussée. « Qu’est-ce qui se passe encore ? », s’inquiète un passager. « Peut-être la grève qui recommence », murmure un autre, se souvenant des jours passés coincés en brousse lors du dernier mouvement des camionneurs.

La réalité est plus grave : un accident mortel. Le chauffeur d’un camion a perdu le contrôle et trouvé la mort. Par solidarité, ses collègues stationnent sur la chaussée pour un moment de silence. Sur place, des éléments du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) encadrent la scène. « Interdit de filmer ! »
Martial, en transit pour Mayo-Oulo, approuve : « Ici, tout peut devenir politique. Une vidéo mal sortie et c’est l’incendie sur les réseaux sociaux. »

Bertoua–Garoua Boulai : des réparations cosmétiques

À 17 h, le bus entre à Bonis, quartier sud à l’entrée de Bertoua. Après un court ravitaillement, direction le Grand Nord. Sur le tronçon Bertoua–Garoua Boulai, certains nids-de-poule ont été rebouchés. « On a mis des pansements sur une jambe cassée », ironise Abdou, habitué de l’axe. Les travaux récents soulagent, sans convaincre. À 4 h 35, les hauts plateaux de l’Adamaoua offrent un répit. Le bus roule sans heurt dans la brume glacée du “château d’eau du Cameroun”. Deux heures d’escale à Ngaoundéré. « C’est ici qu’on respire avant de replonger », confie Clarisse, étudiante.

Ngaoundéré–Garoua : la route de l’épuisement

Le trajet vers Garoua est un supplice. Tracasseries policières, chaussée à cratères, véhicules en panne sur les bas-côtés. Aux points d’arrêt, des jeunes vendent à la volée sous des cris brûlants. « On perd plus de temps aux contrôles qu’à rouler », dénonce Moussa, commerçant. De l’Université de Ngaoundéré à Mbé, plus de 80 kilomètres réaménagés offrent un espoir vite brisé. Après, retour aux décombres. Des villageois font de l’auto-stop, cherchant à rallier une ville ou un village. Garoua devient une obsession.

Garoua–Maroua : la fatigue comme verdict

Après Garoua, la route se fait plus calme. Les passagers s’endorment, trempés de sueur. À 19 h 05, le bus franchit le pont Makabaye, entrée de Maroua. Trente-six heures de route. Ce qui a changé ? : « on a rebouché quelques trous, mais on n’a pas réparé le mépris », résume un passager à l’arrivée. Depuis le 12 octobre 2025, la Nationale n°1 a connu quelques retouches, mais aucune refondation. Elle reste une route en colère, miroir d’un pays où le bitume continue de voter contre les promesses.

Tom.

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