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Pêche artisanale: à la manière des ancêtres Koh Zimé

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La technique des barrages pour capture des poissons est dorénavant soumise à l’épreuve de la transmission. Le Festival Koh Zimé en offre une plateforme de pérennisation des savoir-faire endogène. 

Au cœur de la forêt sacrée à Zimé-Lomié, sur le cours de la rivière Mababa, un étrange dispositif perturbe l’écoulement de l’eau. Une délégation de chefs traditionnels  Koh Zimé avec à sa tête le Haut dignitaire Kol Eloh, Nkoh Mô Djampir Cyrus, admire l’ouvrage qui représente une technique de pêche ancienne. Il s’agit d’un barrage de capture de poisson qui fonctionne quelque peu suivant la mécanique d’un barrage de retenue d’eau. «Le barrage tue le poisson. En saison pluvieuse, quand l’eau monte, le poisson aussi suit aussi l’eau en amont jusqu’à arriver ici. Et là, il ne peut plus partir car tout est construit de manière à le bloquer. Quelques fois nous passons la nuit à ramasser le poisson, surtout en saison pluvieuse», explique Jean-Marie Bimbol, l’artisan de cette infrastructure. Laquelle est montée à partir de bambous, de lianes et de poteaux.

Sur l’aspect visuel, ce barrage présente un pont en bambous taillés retenu aux extrémités par un mur de bambous rattachés les uns aux autres par des lianes. Il s’enfonce partiellement dans l’eau à l’extrémité principale où un mur de bambou, enfoncé dans la boue de la rivière, reconfigure le passage de l’eau; permettant au poisson de glisser directement sur le pont; Il s’y retrouve alors piégé. L’activité nourrit son homme. Et Jean-Marie Bimbol en a fait sa principale activité génératrice de revenus. Il contribue à l’approvisionnement en poisson frais de Lomié, Mponmpou et d’autres villages. «Mes parents m’ont abandonné quand j’étais petit. A 12 ans, je suis allé à Koungoula chez ma tante. Il y’avait là-bas un Kako de Batouri qui m’a amené à la rivière pour monter un barrage. Ce jour-là, on a tué plus de 20 paquets de poissons. Je me suis dit que je pouvais continuer avec cette pêche. J’ai déjà construit ma maison, j’ai même planté 3Ha de cacao que je vends déjà», souligne-t-il.

La faveur des ancêtres

L’exposition de cette infrastructure au Festival Koh Zimé (Lomié 2025) répond à un besoin de préservation. L’activité est en voie de disparition. «D’autres pêcheurs vont dans le Dja mais c’est loin, environ 40 kilomètres d’ici. La pêche se fait là-bas avec des pirogues, des hameçons ou des filets. Les jeunes aujourd’hui ne savent plus pécher ainsi. C’est dommage parce que nos ancêtres Zimé pêchaient ainsi», évoque-t-il, s’alignant aux objectifs du Festival Koh Zimé 2025. Lequel évènement rassemble les fils et filles de ce peuple autour de l’héritage des ancêtres. Une présence qui s’impose à Jean-Marie  Bimbol tout au long de ses activités de pêche. «Quand le barrage te dérange. Qu’il se casse régulièrement, parce qu’à la base il doit durer deux ans, tu jettes quelques pièces d’argent ainsi que des œufs du village et tu pries les ancêtres. Tu leur demande l’autorisation et tout va s’arranger parce que ce sont eux les gardiens de ce que Dieu a créé», martèle le sexagénaire. Hormis ces situations exceptionnelles, le barrage à capture de poisson présente une durabilité certifiée sur deux années. 

Louise Nsana

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