Entre satisfécit des organisateurs, enthousiasme des festivaliers et projections des communautés, des fils et filles Koh Zimé expriment leurs ressentis au terme de la 6e édition du Festival Koh Zimé (Lomié 2025)
«Lomié est le socle du peuple Koh Zimé»
Gérard Lomié Mabia, maire de la commune de Lomié

Je suis très impressionné par cette forte mobilisation. Je suis le premier à être très ému par le comité d’organisation que je tiens à féliciter. Nous attendons plusieurs délégations. On nous a annoncé la délégation du Gabon et du Congo qui sont en route. Ce sont nos frères et ils sont les bienvenus à Lomié. Lomié c’est leur terre, c’est leur territoire. Lomié en fait c’est le socle du peuple Koh Zimé. Tout est parti d’ici. C’est pourquoi nous tenons à remercier ceux qui viennent en reconnaissance du pouvoir de la mystique, pour que ce festival se passe dans les meilleures conditions.
«Avant, nous ne nous connaissions pas»
Pr Blondeau Talata, président du comité technique d’organisation Kol Eloh
«Le rassemblement des Koh Zimé depuis l’avènement du festival a atteint une vitesse de croisière. Voyez-vous, à la première édition, nous n’avions que les Congolais et cette fois-ci, il y a les centrafricains, les Gabonais et même les Angolais. Avant, nous ne nous connaissions pas, on savait seulement que nos frères sont partis de gauche à droite. A la faveur du festival, nous nous retrouvons presque tous les ans.
«J’ai grandi sans connaitre réellement mes sources»
Sa Majesté Narcisse Ampiatole, chef de 3e degré du village Adiang
En ce qui concerne la 6e édition du Festival Koh Zimé qui vient de prendre fin, mes impressions sont très bonnes dans la mesure où c’est un peuple qui a longtemps été ignoré. Moi personnellement, j’ai grandi sans connaitre réellement mes sources. J’ai appris l’histoire des autres peuples mais je n’’ai pas appris mon histoire à moi. Grace au festival Koh Ziménje sais d’où je viens et je sais où je pars. Donc pour moi le festival Koh Zimé, c’est un don de Dieu. Je viens de Messamena qui est dans le département du Haut-Nyong où on retrouve deux ethnies dont les Badjoué. C’est la raison pour laquelle, nous sommes aussi impliqués et très attachés à ce festival et nous promettons de continuer à participer pour la réussite ; de pouvoir se faire connaitre à travers le monde comme les autres peuples, comme un peuple fort et puissant.
«L’Est nous est cher car nos origines se trouvent ici»
Georges Laurent Mpeli, secrétaire général du Ngoumba-Mabi
Les Mabi font partie d’un ensemble de peuples dans le grand ensemble Kwa (polir ou sculpter) sio (défense de l’éléphant). Le Kwa Sio c’est le peuple que vous avez dans l’ensemble de Mabi, que vous trouverez à Kribi dans l’arrondissement de Kribi 1er et Kribi 2e, dans l’arrondissement de Campo, Vous trouverez encore les Kwa Sio appelés les Mvoumbo dans l’arrondissement de Lolodorf. En Guinée Equatoriale c’est les Bisio et au Gabon c’est les Sioo On se retrouve ici parce que les Mabi sont partis de la région de l’Est pour se retrouver à l’Océan Atlantique. Et donc, notre source, nos origines sont ici. Lorsqu’ils parlent, on se comprend. L’Est nous est cher. Lorsque nous avons commencé ce mouvement de reconstruction de mémoire collective ; parce que les Mabi ont vécu un phénomène de génocide lors de la 1ere guerres mondiale en laissant l’esclavage et la colonisation, nous nous sommes dit qu’il faudrait aller aux sources parce que nous sommes en train de perdre également notre langue. En essayant de reconstruire notre mémoire collective, nous nous rapprochons des peuples qui sont nos frères. Et les Koh Zimé depuis bientôt une dizaine d’années viennent régulièrement au festival Ngoumba-Mabi à Kribi les Koh Zimé et les Mabi sont la même chose, c’est ce qui explique notre présence ici. Nous sommes venus avec entrain pour venir soutenir nos frères. Et ce qui s’est passé aujourd’hui, c’était une belle cérémonie.
« L’intégration régionale à travers les peuples est possible »
Gérémie Pazock Mayele, secrétaire général de Kol Eloh international
A chaque édition, il y a des améliorations dans le sens où on ressort toujours plus l’essentiel de nos cultures. Là, ce matin, nous avons assisté à la simulation d’un transfert de pouvoir entre le Haut dignitaire qui avait été investi d’un pouvoir en 2020 et un Haut dignitaire junior. C’est des pas importants de notre tradition que nous avions plus ou moins oublié et qu’à travers notre association Kol Eloh, nous sommes en train de réhabiliter. L’objectif c’est de rassembler tout le monde autour des mêmes valeurs. Vous savez, les peuples africains ont subi des pressions venant d’autres peuples. Nous avons les mouvements d’Ousmane Dan Fodio qui ont fait en sorte que beaucoup de peuples fuyant l’islamisation ont dû fuir la zone sahélienne pour se retrouver au niveau de la zone forestière ; ici au Cameroun, il y a également les Bulu qui ont mené une pression sur les autres peuples, face à cette pression, il y a eu des mouvements qui ont fait en sorte que quand on arrive au bord beaucoup se sont retrouvés de l’autre côté du Dja. Et ceux qui ont traversé ce sont les Nkwélé, voilà pourquoi ils sont majoritaires dans la Sangha (au Congo) et les Djem. Ce sont les mêmes qui ont progressé vers le Gabon. Voilà pourquoi quand un fils Kol Eloh part de l’Est du Cameroun et qu’il se rend au Gabon ou au Congo, il est reçu par ses frères. Nous pensons que si l’intégration régionale ou sous régionale ne prend pas corps au niveau de nos politiques, à travers les peuples c’est possible. Et ce sera d’ailleurs à travers les peuples et quand nous allons nous rendre compte que cela se réalise, nous allons demander aux Etats de fluidifier nos frontières», déclare l’honorable Jérémie Pazock Mayele.
Abong-Mbang est valablement représenté à ce festival»
Julie Peh Motalingo, ressortissante Koh Zimé d’Abong-Mbang
Ma présence en ses lieux tient d’abord de ce que ce festival est un moment de grand rassemblement du peuple Koh Zimé, étant une fille de ce grand peuple, je suis à la place qu’il faut en ce moment. Abong—Mbang est vraiment représenté à ce festival. On a parlé de Bertoua et ses environs c’est-à-dire Bertoua, Abong-Mbang, Mbang, Batouri, Messok, Ngoïla, Ntam, donc le département du Haut-Nyong en fait. Je suis opératrice économique, je fais dans la restauration. Sur ma table l’on retrouve les spécialités de chez nous. Je propose le Ndomba de poisson d’eau douce principalement le silure que j’ai pêché hier. Nos brousses regorgent de varan, de vipère et donc naturellement vous en trouvez sur ma table. Il y aussi le ndomba de nkpwem qui est le Kamakuma. J’ai fait ça avec le macabo blanc, le macaba de chez nous au village.
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