Expert financier et consultant en intégration des marchés, le Camerounais donne son opinion sur les Olympiades financières de la COSUMAF.

Que représentent pour vous les Olympiades du Marché Financier organisées par la COSUMAF ?
C’est un moment clé. Pendant longtemps, les marchés financiers de la CEMAC ont souffert d’un déficit de visibilité et d’appropriation par les citoyens. Les Olympiades changent la donne : elles ouvrent un espace où les jeunes découvrent, comprennent et s’approprient les outils qui façonnent l’économie moderne. Ce n’est pas un concours de plus : c’est une porte d’entrée vers la culture financière régionale.
En quoi la participation des jeunes est-elle stratégique ?
Les marchés financiers reposent sur la confiance, la connaissance et la compétence. Former la jeunesse aujourd’hui, c’est préparer les analystes, les régulateurs, les entrepreneurs et les investisseurs de demain. Les étudiants que je rencontre maîtrisent déjà des notions complexes : émissions obligataires, dérivés, risque souverain, notation financière… Cela montre que la relève est prête à transformer la région.
Certains observateurs estiment que le marché financier de la CEMAC reste peu profond. Ces Olympiades peuvent-elles réellement changer cela ?
Absolument. La profondeur d’un marché ne dépend pas seulement du volume des transactions, mais du nombre d’acteurs capables d’y participer. Chaque édition forme des centaines de jeunes qui comprennent comment lever des fonds, comment réguler un marché ou comment structurer un investissement. À long terme, cela crée une masse critique d’utilisateurs informés. C’est ainsi que les marchés grandissent.
L’événement se déroule dans les six pays de la CEMAC. Quel impact cela a-t-il sur l’intégration régionale ?
Un impact majeur. Lorsqu’un étudiant du Gabon, du Cameroun ou du Congo travaille sur des problématiques similaires, cela crée un langage commun. La finance régionale n’est plus abstraite : elle devient un projet partagé. La COSUMAF a compris que l’intégration ne se décrète pas seulement : elle se construit par l’harmonisation des connaissances et des ambitions. Les Olympiades unifient une génération qui, demain, portera les réformes stratégiques.
Comment jugez-vous l’implication de la COSUMAF dans cet effort pédagogique ?
Exemplaire. La COSUMAF sort de son rôle strictement technique pour devenir un acteur éducatif. Elle va dans les universités, discute avec les étudiants, vulgarise des notions complexes. C’est rare pour un régulateur. Et c’est essentiel : un marché ne fonctionne pas si ses règles ne sont comprises que par quelques spécialistes. Cette démarche contribue à installer une culture de transparence et de responsabilité.
L’étape camerounaise à l’IRIC attire beaucoup d’attention. Pourquoi ?
L’IRIC est un vivier d’excellence académique. Les étudiants y sont exposés à la diplomatie économique, aux enjeux géopolitiques, aux dynamiques macroéconomiques. Ils arrivent donc avec un bagage qui enrichit les débats. Les simulations de marché, les études de cas, les présentations… tout y est particulièrement dense et stimulant. L’étape du Cameroun est souvent un baromètre de la qualité générale de la compétition.
Selon vous, quel sera l’héritage de ces Olympiades dans 5 ou 10 ans ?
Un changement structurel. Vous verrez émerger une génération d’économistes et de financiers qui parleront le même langage à travers la CEMAC, qui auront la même compréhension des outils, des risques, des potentialités. Le marché financier cessera d’être perçu comme un secteur réservé aux grandes entreprises ; il sera reconnu comme un levier accessible pour les start-ups, les PME et les coopératives. C’est ainsi que l’intégration économique deviendra une réalité tangible.
Pour conclure, quel message adressez-vous aux jeunes participants ?
De saisir leur rôle. Ils ne sont pas de simples concurrents : ils sont les bâtisseurs du futur marché financier régional. Leur créativité, leur rigueur, leur curiosité sont les ressources les plus précieuses de la CEMAC. Et si un jour la région dispose d’un marché dynamique, liquide et innovant, on pourra dire que tout aura commencé avec des initiatives comme les Olympiades.
Propos recueillis par JRMA




