L’Évangile de ce dimanche nous rappelle la précarité et la fragilité de la vie humaine. Aux apôtres qui admiraient la beauté du Temple de Jérusalem, Jésus déclara sans détour: « Ce beau temple que vous admirez, un jour viendra où il n’en restera rien.»

Ces mots sont rudes, mais ils expriment une vérité indiscutable: ce monde passera. Rien ici-bas n’est éternel, ni les constructions humaines, ni les systèmes politiques, ni même nos certitudes.
La question qui vient alors spontanément est celle que les disciples posent à Jésus: « Quand cela arrivera-t-il ? » Mais Jésus refuse d’entrer dans ce type de spéculations. Pour lui, le “quand” n’est pas l’essentiel. La tentation de vouloir prédire la fin du monde est ancienne. Certains s’y sont essayés, notamment les Témoins de Jéhovah, annonçant à plusieurs reprises la date de l’apocalypse. Pourtant, le monde est toujours là. Jésus est formel: ceux qui prétendent connaître la date de la fin sont des menteurs. Il demande explicitement de ne pas les suivre.
Ce qui importe, aux yeux de Jésus, c’est d’abord de relativiser les belles et grandes choses que nous admirons dans ce monde: les bâtiments imposants, les institutions, les doctrines, les idéologies, les appartenances religieuses ou politiques. Mais relativiser ne signifie pas mépriser. Relativiser, c’est reconnaître que ces réalités ne sont pas ultimes, ne pas mettre en elles une confiance absolue, ne pas nous y accrocher au point d’en perdre notre discernement. Le théologien allemand Jean-Baptiste Metz appelle cela la “réserve eschatologique”. C’est la capacité de garder une distance critique vis-à-vis de tout ce qui n’est pas Dieu.
Mais le message central de l’Évangile de ce dimanche est surtout un appel à préparer le jour où chacun quittera ce monde. Il ne s’agit pas de vivre dans l’angoisse, ni de se laisser paralyser par la peur de la fin. Il ne s’agit pas non plus – comme certains Thessaloniciens – de cesser de travailler pour vivre aux crochets des autres sous prétexte que la fin est proche. Il s’agit plutôt d’une question simple, directe et profondément intérieure :
Dieu peut-il être content et fier de la vie que nous avons menée jusqu’ici ?
Se préparer à la fin, ce n’est pas attendre passivement ; c’est vivre activement, avec responsabilité, avec foi, avec honnêteté. C’est poser chaque jour des actes qui donnent sens à notre passage sur terre: aimer, servir, pardonner, construire la justice, rechercher la vérité.
Relativiser ce qui passe pour mieux s’attacher à ce qui demeure: voilà la sagesse que Jésus propose et voilà ce qui, finalement, donne à notre vie sa valeur et sa profondeur véritables.
Jean-Claude DJEREKE




