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Dans les traditions Bassa : la parité homme-femme comme règle sociale

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Cette valeur ancestrale fondait la somme des privilèges accordée à la gent féminine dans le fonctionnement des sociétés Bassa, Bati et Mpôo.

Le Cameroun vient de célébrer la Journée internationale des droits de la femme ce 8 mars 2026. Le pays s’inscrit ainsi en faux contre la somme des maux qui jalonnent l’existence des femmes dans le pays (violences conjugales, discrimination, féminicide, stigmatisation, et bien d’autres). Les moyens employés pour mener les batailles inhérentes relèvent du champ des possibilités d’une société modernisée. Laquelle se trouve être, aux yeux des traditionnalistes, le lieu de formation même de toutes ces tares. Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam, guide spirituel du peuple Bassa, examine les causes sociales d’une dégradation des mœurs. « Maintenant que les temps ont changé et la réalité de la ville cosmopolite, qui est un mélange d’ethnies, de croyances, de cultures, de coutumes, fait aussi que la tradition ne peut plus se présenter comme elle était. Malheureusement, le plus souvent elle ne se présente pas sous son meilleur visage, mais sous le pire ; parce que les difficultés conjoncturelles la ramènent à se réduire et quelques fois, elle sort de sa réalité. En ville les temps et les moyens sont difficiles, et comme chez les blancs, se reproduisent des mécanismes de domination sociale où l’homme a besoin de ne pas perdre pied. Il a besoin d’avoir un agissement mâle qui n’est pas, la plupart du temps, dans la continuité de ce que c’était dans l’univers équilibré du Bassa d’antan », explique-t-il.
Dans sa lancée, le gardien du savoir ancestral rappelle à la mémoire commune les normes traditionnelles Bassa qui ont fondé par le passé la parité homme-femme. « Dans la cosmogonie Bassa, le chiffre 9 est celui de la vie. Dans ce chiffre 9, la femme est le symbole de 4 et l’homme est le symbole de 5. Donc, 5 c’est l’être humain mâle, 4 c’est l’être humain femelle et 9 c’est l’être humain dans sa plénitude. Un mâle ne peut pas être accompli s’il ne trouve le complément qui lui fait accéder à sa dignité humaine. De même notre société ne peut pas concevoir une femme qui n’ait pas son complément masculin. Il n’y a donc pas de confusion de rôle, il n’y a pas compétition. Il n’y a donc aucune complexité à ce niveau. Chacun sait ce qui lui revient et chacun sait que son complément vient de l’autre », souligne Mbombok.

Cette réalité de la plénitude humaine par le lien du mariage est cependant loin d’y embrigader la femme. Elle est attendue à la construction d’une famille conventionnelle, sans faire l’objet d’une restriction de droits. En la matière bénéficie du privilège d’un lignage générationnel en dehors des liens matrimoniaux. « Dans les généalogies des Bassa, partout où vous verrez une lignée qui commence par « ki » ou « Kou », c’est que c’est une femme qui est à la tête de cette lignée.

La femme vénérée pour ses dons
La femme dans la tradition Bassa est l’objet d’une vénération. Celle qui exalte le pouvoir de donner la vie au-delà des responsabilités inhérentes à la gestion de foyer et l’éducation des enfants. À en croire Mbombok Malet Ma Njami Mal Njam, ce privilège détenu par la gent féminine ouvre les horizons sur une dimension divinatoire et spirituelle. « Le Bassa sait que c’est la femme qui détient le secret de la vie. Elle est en même temps le lieu d’où sort la vie et elle est en même temps le lieu qui protège la vie ; parce que le ventre de la femme c’est tout le cosmos et la fente par laquelle la vie sort, pour les Bassa, s’apparente un peu à la grotte mythique et mystique de Ngog Lituba. Cet antre un peu mystérieux – d’où on sort plus facilement qu’on entre – qui fait établir le parallèle entre la naissance du monde et la naissance de la vie », souligne-t-il.

Gestion partagée du pouvoir
Loin de son foyer, la femme Bassa étend subtilement son influence sur la scène politique de la communauté. Elle n’exerce pas le pouvoir mais elle contribue à son encadrement et à sa protection. « Les religions importées et la vision nouvelle issue de la colonisation et de la post-colonisation laissent croire que la femme est une citoyenne de seconde zone ; qu’elle n’a pas de pouvoir et n’existe pas dans la société. C’est complètement faux. Il n’y a pas d’être humain accompli sans femme. Il n’y a pas de Mbombok ou de chef sans une « kindak », c’est-à-dire celle qui tient le pouvoir et qui le garde. Donc le pouvoir est partagé. Si l’homme l’exerce à sa manière, c’est la femme qui le garde. Les femmes elles-mêmes, elles ont une autorité, une spécificité dans la gestion du pouvoir. Chez les Bassa, il y a une société secrète consacrée uniquement aux femmes. C’est la confrérie des « Kôô ». C’est un lieu de savoir et de spiritualité, un lieu mystique où à travers l’initiation, de façon graduelle, la femme s’accomplit pour elle-même et pour être accomplie dans son rôle dans tous les registres de la conduite des affaires de la société ». Souligne le guide spirituel. Ce dernier appelle sans détour à une adéquation entre tradition et évolution sociale pour un respect des droits de humains inhérents à la gent féminine.

Louise Nsana

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