Ils ont les idées, les diplômes, parfois les résultats ; il leur manque souvent le nerf de la guerre : des financements capables de transformer une bonne recherche en découverte utile.

Au Palais des Congrès de Yaoundé, du 23 au 25 septembre, la recherche camerounaise a montré un visage à la fois prometteur et inquiet. Pour la deuxième édition du Forum national des jeunes chercheurs, le Centre Pasteur du Cameroun (CPC) a réuni jeunes chercheurs et femmes scientifiques autour des défis de la santé, de l’innovation et de l’équité. Une rencontre qui aurait pu se limiter au rituel des communications savantes. Elle a surtout fait apparaître une réalité beaucoup moins académique : au Cameroun, le chercheur doit souvent chercher… celui qui financera sa recherche.
Le thème du forum, consacré aux jeunes chercheurs et aux femmes scientifiques face aux défis globaux de la santé dans une approche « Une seule santé », dit pourtant l’ambition. Santé humaine, animale et environnementale sont désormais liées. Les maladies infectieuses, les maladies tropicales négligées, les mutations environnementales ne connaissent ni frontières administratives ni lignes budgétaires. Mais entre l’ambition scientifique et sa réalisation, il y a un ingrédient moins noble que le génie : l’argent.
Système D
Dr Sarah Irène Eyangoh, directrice scientifique du CPC et coordonnatrice du forum, ne contourne pas le sujet. Pour elle, l’un des problèmes tient aussi à la capacité des jeunes chercheurs à accéder aux opportunités. Certains savent travailler mais peinent à rédiger une demande de financement. D’autres possèdent un parcours solide mais ne savent pas le présenter. D’autres encore éprouvent des difficultés à construire des collaborations.
Le constat est presque cruel : dans la recherche contemporaine, être brillant ne suffit plus. Il faut également savoir écrire un projet, construire un réseau, présenter ses résultats, rédiger un rapport et convaincre un bailleur. Le chercheur doit manier le protocole scientifique comme le langage des financeurs. Une compétence supplémentaire, parfois apprise sur le tas.
Le CPC entend précisément jouer ce rôle de passerelle. Bourses, mobilité, mentorat, formation, publication, plateformes scientifiques, innovation ou partenariats : le forum a cherché à rapprocher les jeunes scientifiques des acteurs susceptibles d’accompagner leurs travaux. Des primes de 500 000, 400 000 ou 250 000 FCFA ont également récompensé certaines des meilleures communications. Une bouffée d’oxygène, mais pas encore un modèle de financement.
Dépendance
La question devient plus sensible lorsqu’on observe les domaines de recherche les plus coûteux. Dr Philippe Ndzomo, chercheur au CPC sur les maladies tropicales négligées, le rappelle : la recherche exige des équipements, du personnel, du temps et des moyens financiers considérables.
Dans la lutte contre les MTN, plusieurs partenaires internationaux interviennent aux côtés des acteurs nationaux : OMS, OCEAC, programme de donation de Mectizan, Fondation Raoul Follereau ou KfW. Le Centre Pasteur sert notamment d’interface entre les pouvoirs publics et certains de ces partenaires.
Cette architecture permet de faire fonctionner des programmes essentiels. Mais elle révèle aussi une vulnérabilité : lorsqu’un bailleur se retire, c’est parfois toute une chaîne de recherche qui doit revoir ses ambitions. Le retrait des financements américains destinés à la recherche en zone tropicale est ainsi présenté par Dr Ndzomo comme un signal d’alerte. « Ceci doit interpeller les pouvoirs publics », estime-t-il.
Souveraineté.
La question dépasse donc le seul destin des jeunes chercheurs. Elle touche à la capacité d’un pays à produire et à financer ses propres connaissances. Car une recherche dépendante de financements extérieurs reste exposée aux priorités de ceux qui tiennent les cordons de la bourse.
Le paradoxe est là : le Cameroun veut davantage d’innovation, de transformation industrielle, de souveraineté sanitaire et de solutions adaptées à ses réalités. Mais ces ambitions passent nécessairement par des chercheurs capables de travailler dans la durée. Or une carrière scientifique ne se construit pas au rythme des appels à projets.
Le forum de Yaoundé aura au moins eu le mérite de mettre le doigt sur cette équation. Les jeunes scientifiques ne manquent pas nécessairement de talent. Ils manquent surtout de visibilité, d’accompagnement et de ressources régulières. La bonne nouvelle est qu’une partie des solutions est déjà connue : mentorat, réseaux, formation à la recherche de financements, partenariats public-privé et soutien institutionnel.
Olivier Mbessité






