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Sous le sol, l’or..la colère en surface

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Photo de famille au terme de l'assemblée

Réunie à Yaoundé, la société civile camerounaise interpe le avec vigueur un secteur extractif dont les richesses abondent dans les bilans, mais peinent encore à transformer le quotidien des communautés riveraines.

Photo de famille au terme de l’assemblée

Au siège du Réseau camerounais des organisations de droits de l’homme, jeudi avait des allures de huis clos démocratique. La troisième assemblée annuelle de la Plateforme de représentation et de redevabilité des organisations de la société civile engagées dans le suivi de la gouvernance du secteur extractif a ouvert ses travaux, entre gravité militante et impatience politique. Vingt organisations avaient fait le déplacement sur les trente-deux que compte la structure. BUDGETS CAPTÉS, MENACES INTERNES, GUERRE DES BUREAUX… La MINPROFF démantèle un nid de serpents logiques de confiscation ? Ambiance Une attitude du Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa lors de la clôture de la conférence annuelle ment choisi la langue feutrée des bilans administratifs. Elle a également haussé le ton. Face à ses collaborateurs, la patronne du MINPROFF a dénoncé, sans détour, des pratiques qui, selon elle, minent de l’intérieur l’action publique. « Il m’a été rapporté que certains d’entre vous s’accaparent totalement les ressources allouées au fonctionnement optimal de leurs unités, obligeant leurs collaborateurs à la débrouillardise. D’autres promettent même le pire à leurs collègues », a-t-elle lancé, dans une salle soudain figée. La formule claque comme une gifle.

Elle dit moins une simple remontrance qu’une crise de gouvernance. Derrière les mots, c’est toute une mécanique administrative qui apparaît grippée : budgets captés, moyens raréfiés à la base, agents livrés à eux-mêmes, climat de travail empoisonné par les menaces et les rapports de force. Au ministère chargé de porter les politiques d’autonomisation des femmes, l’alerte résonne avec une ironie cruelle : comment promouvoir l’émancipation sociale quand, en interne, prospèrent des Dans les couloirs, plusieurs participants reconnaissent, à voix basse, la portée exceptionnelle de cette sortie. Rarement un membre du gouvernement aura ainsi exposé, devant ses propres troupes, les dérives supposées de certains responsables. Cette franchise brutale traduit sans doute l’ampleur des dysfonctionnements observés sur le terrain, à l’heure où les fléaux sociaux émergents (violences familiales, précarité économique, décrochage des jeunes filles, cyber harcèlement…) exigent au contraire une administration resserrée et efficace. Au-delà du coup de semonce, la conférence prend alors des allures de mise au point politique. Le message est limpide : les ressources publiques ne sauraient être traitées comme des prébendes privées. Dans un contexte budgétaire contraint, chaque détournement de finalité, chaque abus hiérarchique afSOUS LE SOL, L’OR.. faiblit la capacité du ministère à répondre aux urgences sociales.

À Yaoundé, derrière le cérémonial, c’est donc une bataille pour la crédibilité de l’institution qui s’est jouée. Et, en creux, une question demeure : après la parole forte, viendra-t-il le temps des sanctions ? Car audelà de l’effet de tribune, les agentes et agents attendent désormais des actes. Audit interne, redéploiement des crédits, contrôle des dépenses, mécanismes de plainte sécurisés : autant de chantiers qui pourraient transformer cette colère ministérielle en réforme durable. Pour nombre d’observateurs, la crédibilité du MINPROFF se jouera moins dans les résolutions finales que dans la capacité à restaurer une chaîne de responsabilité claire, du niveau central jusqu’aux services déconcentrés. À l’heure où les familles camerounaises affrontent pauvreté, violences et fragilités nouvelles, l’État est sommé d’être exemplaire. Le signal est désormais donné ! La colère en surface Photo de famille au terme de l’assemblée porteurs d’une séance dense, presque studieuse. Une présence honorable, sans être triomphale, dans un pays où l’espace civique se rétrécit souvent comme peau de chagrin. À la manœuvre, Dupleix Kuenzob, de DMJ, chef de file du comité de pilotage, entouré de Dr Minette Yimga, de LeadCameroun, et de Solomon Hope Fomekung, de SeP, tous deux rapOnze points figuraient à l’ordre du jour. Dix seulement ont été examinés. Le renouvellement du COPIL, sujet pourtant hautement politique, est resté à quai, comme suspendu à des arbitrages que personne ne veut encore nommer. Le ton, lui, a été donné sans détour par le coordonnateur du RECODH. Colère froide, mots nets : comment accepter que l’exploitation minière continue de creuser le sol sans jamais vraiment bâtir le pays ? Derrière la question du contenu local, c’est celle du partage de la rente qui resurgit, lancinante. Routes absentes, écoles inachevées, centres de santé insuffisants : dans les localités riveraines, la richesse extraite du soussol semble encore voyager plus vite que le développement promis.

Au fond, la question posée est presque brutale : les communautés verront-elles un jour la couleur des ressources tirées de leurs terres ? Dans un contexte de réduction de l’espace civique, l’interpellation sonne comme un avertissement. Le responsable du RECODH a appelé la plateforme au courage, un mot qui, ici, prend la forme concrète de l’engagement collectif et de la solidarité. À l’ouverture des travaux, le modérateur a voulu croire à une montée en puissance de la plateforme. Son ambition : en faire un allié reconnu des communautés et un interlocuteur incontournable pour les autres parties prenantes. Les commissions ont été saluées pour le travail préparatoire, notamment celle chargée de la charte et du projet de plan stratégique. La société civile tente encore d’opposer à la logique extractive une autre grammaire : la redevabilité et les droits. Reste à savoir si l’État, lui, entendra enfin ce grondement venu du sous-sol

Rémy Biniou

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