Le premier forum sur les questions économiques a mis le doigt jeudi sur les avancées de la politique inhérente ; mais aussi sur ses principaux blocages.

Le Made In Cameroun est en progression. La filière cacao-café en fait l’illustration du fait de la dynamique productive et transformatrice qui y a cours. A côté de cela, une effervescence est notée dans les secteurs de la minoterie avec l’essor des farines locales, du riz, de la savonnerie, des eaux minérales, du fer à béton, des emballages et même de la pisciculture. Toutes choses qui concourent à la progression de la mise en œuvre de la politique d’import-substitution au Cameroun ; laquelle représente un levier central de la Stratégie nationale de développement pour l’horizon 2030 (SND30). Il est question pour le gouvernement de réduire les factures d’importations du Cameroun, notamment sur des produits tels que le blé, le riz, le sucre, les produits halieutiques, par une augmentation de la production et de la transformation locale. Ce qui s’est traduit durant l’exercice 2025 par une baisse des importations de céréales d’une valeur de 466,9 milliards de FCFA, en baisse de 14% par rapport à 2024 ; soit précisément 268,7 milliards de FCFA pour le riz (en baisse Propos recueillis par Louise Nsana JEAN-BAPTISTE ATEMENGUE, MAIRE DE NGOUMOU « Je pense que c’est une e reur de tout miser sur ce concept d’import-substitution » Nous allons évaluer au bout de 10 ans, on se rendra toujours compte que le déficit commercial sera toujours très grand. A-t-on étudié au départ dans quelle spécialisation sommes-nous ? Nous sommes à un seuil de compétitivité qu’il faudra booster un peu. Sept produits d’un coup c’est trop. On peut avoir un déficit commercial sur tel produit et savoir que quelque-soit ce qu’on fera, on sera toujours en train d’importer ce produit ; cela ne sert donc à rien d’y injecter de l’argent. Par contre pourquoi ne pas tout faire pour multiplier par mille la valeur d’un produit comme le bois où nous avons le monopole ? Penser, pour le cas du poisson, que nous allons faire des étangs et des étangs jusqu’à réussir à être compétitif et substituer les importations, c’est un peu une grande illusion. Nous pouvons peaufiner la spécialisation et booster deux ou trois produits et insister sur la promotion des exportations et surtout la compétitivité. La SND30 ne ressort pas beaucoup le combat pour la compétitivité des produits. A titre d’exemple, le Kenya reçoit plus de devises des fleurs que nous n’avons de recettes de pétrole au Cameroun. Cela permet au Kenya d’avoir assez de devises pour acheter tout ce qu’il veut en Chine ou en Inde.
IMPORT-SUBSTITUTION Le Cameroun peut faire mieux Ouverture, à Yaoundé, du Forum sur les questions économiques du Cameroun de 15,6%), le froment, le blé et le méteil, 178,8 milliards de FCFA (en baisse de 12,3%). Ces évolutions constituent pourtant un trompel’œil. La politique d’import-substitution peine à se matérialiser concrètement. Le Cameroun reste dépendant de l’extérieur pour l’approvisionnement du marché intérieur en denrées alimentaires (Huile de palme, riz, oranges, etc.) et en produits manufacturiers. De plus, la balance commerciale du pays est plus que jamais déficitaire. Celle-ci est passée de 1473,4 milliards de FCFA en 2024 pour 2145,2 en 2025. Ce qui représente un écart de 22,8% sur la période, à en croire les données publiées le 1er avril 2026. Et la croissance des approvisionnements extérieurs en produits halieutiques (521 milliards de FCFA contre 325 milliards en 2024 pour les viandes et abats comestibles, 231,3 milliards de FCFA pour les poissons et crustacées contre 167 milliards un an plus tôt et 230, 8 milliards de FCFA pour les poissons congelés) montre que l’on reste loin des objectifs initiaux. « Les décideurs publics semblent toujours nous dire : nous faisons des efforts; nou faisons quand même ceci, il y a ceci qui est fait… il y a un plan et un programme, mais personne n’ose dire que ça ne marche pas. Personne n’ose dire que la politique publique qui est conduite est un échec. Sur la politique d’import-substitution, on a cité des cas où l’import-substitution marche mais en réalité, ceci n’est pas à la hauteur des objectifs visés. Conséquence: nous n’avons pas encore réussi à inverser la tendance, au contraire, les choses semblent s’empirer, le déficit de la balance commerciale ne fait que se creuser année après année. Il ne stagne pas, il ne fait que s’empirer et nous, nous sommes toujours sur les mêmes produits. Donc à un moment, il faut avoir l’honnêteté de se dire qu’il y a quelque chose qui ne marche pas», soulignait le président du Mouvement des entrepreneurs du Cameroun (Meca), Daniel Claude Abate jeudi 23 Ils ont dit avril 2026, à l’occasion du premier Forum sur les questions économiques tenu à Yaoundé.
Ledit évènement a porté sur l’évaluation des freins à la réalisation de la SND30 en vue de parvenir à une série d’idées pour en accélérer le processus. L’initiative de LM Com a mis au goût du jour l’incapacité des entreprises camerounaises (constituées à 60% de PMEs) à répondre aux exigences de disponibilité, accessibilité et attractivité de leurs produits, d’abord pour l’approvisionnement du marché internes, puis en perspective de la Zone de libre-échange continentale et du marché régional. « Aujourd’hui le problème c’est que nous sommes partis pour un financement de 1300 milliards de FCFA globalement avec 500 milliards de FCFA de mobilisables et cette somme avait été prévue depuis 2024 à raison de 50 milliards de FCFA par an qu’on devait accorder au programme. Mais est-ce que ces 50 milliards ont été donnés depuis 2024, en 2025 on a accordé 13,5 milliards de FCFA, en 2026 il est prévu 12,5 milliards de FCFA. Voulons-nous vraiment mettre en œuvre ce programme intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique », renseigne Jeff M, expert des politiques industrielles. Outre les questions de financement des programmes, le Forum a mis en exergue les besoins des entreprises en matière d’outils de productions ; mais aussi les déficits énergétiques (avec une capacité installée de 2161 Mégawatts contre 3500 Mégawatts de besoins exprimés et des objectifs de 5000 Mégawatts à l’horizon 2035), entre autres. « Les PME en général n’ont pas de garanties pour avoir des crédits sur l marché bancaire. Nous avons dit au gouvernement et au chef de l’Etat qu’il nous faut une banque. Le chef de l’Etat a écouté la préoccupation des PMEs. On a mis en place la banque des PME, qu’est-ce que la Banque des PME a financé depuis sa création ? 99% des ressources de la Banque des PME a été consacré à ceux qui font dans la transformation. Mais cette structure qui a été mise en place pour aider le secteur privé à acquérir des machines qui vont permettre de produire en plus, et donc de jouer sur les produits, a plutôt financé encore des gens qui importent. Le véritable problème que nous avons au Cameroun c’est la mise en œuvre », martèle Daniel Claude Abate. Ce dernier en appelle à une évaluation des programmes et à l’établissement des responsabilités.
Louise Nsana
Ils ont dit
JEAN-BAPTISTE ATEMENGUE, MAIRE DE NGOUMOU « Je pense que c’est une e reur de tout miser sur ce concept d’import-substitution » Nous allons évaluer au bout de 10 ans, on se rendra toujours compte que le déficit commercial sera toujours très grand.

A-t-on étudié au départ dans quelle spécialisation sommes-nous ? Nous sommes à un seuil de compétitivité qu’il faudra booster un peu. Sept produits d’un coup c’est trop. On peut avoir un déficit commercial sur tel produit et savoir que quelque-soit ce qu’on fera, on sera toujours en train d’importer ce produit ; cela ne sert donc à rien d’y injecter de l’argent. Par contre pourquoi ne pas tout faire pour multiplier par mille la valeur d’un produit comme le bois où nous avons le monopole ? Penser, pour le cas du poisson, que nous allons faire des étangs et des étangs jusqu’à réussir à être compétitif et substituer les importations, c’est un peu une grande illusion. Nous pouvons peaufiner la spécialisation et booster deux ou trois produits et insister sur la promotion des exportations et surtout la compétitivité. La SND30 ne ressort pas beaucoup le combat pour la compétitivité des produits. A titre d’exemple, le Kenya reçoit plus de devises des fleurs que nous n’avons de recettes de pétrole au Cameroun. Cela permet au Kenya d’avoir assez de devises pour acheter tout ce qu’il veut en Chine ou en Inde

JOACHIM ONDOA, CHEF DE SERVICE D’APPUI À LA FORMATION À LA CHAMBRE DU COMMERCE « La politique d’import-substitution passe par l’incubation des entrepreneurs »
La politique d’import substitution est une stratégie d’appui du gouvernement camerounais dont l’objectif est d’accroitre la transformation des matières premières et l’exportation des produits locaux. Du point de vue de la Chambre du commerce, des mines et de l’artisanat du Cameroun, cette politique passe par la formation, la création des usinesécoles pour l’incubation des jeunes entrepreneurs qui veulent se lancer dans la transformation des produits. Récemment la Chambre a bénéficié d’un appui pour la formation des boulangers et tous ceux qui veulent se lancer dans la production de la farine de manioc, ce qu’on appelle la farine 30-70 (c’est-à-dire 30% de manioc et 70% de blé) ? La mayonnaise a vraiment pris puisque nous avons des entrepreneurs qui ont d’importants stocks, qui ont même créé des boulangeries qui opèrent à 100% ave de la farine de manioc.
Nous pensons que cette initiative doit perdurer par la création des usines-écoles dans les 10 régions. Cependant on ne peut pas parler d’industrialisation si les opérateurs ne peuvent pas entrer en possession des brevets d’invention tombés dans le domaine public. Il faut une certaine vulgarisation de ces brevets-là, il faut vulgariser les initiatives transformatrices. Il faut que les entreprises championnes puissent accompagner les petites et moyennes industries dans le processus de transformation. Il faudrait que les banques soient en mesure d’accompagner ceux qui veulent transformer. Pour cela, il faudrait mettre en place des fonds de garantie qui supportent les crédits octroyés par les banques dans le domaine de la transformation industrielle. « Il faudra revoir les APE avec l’union européenne pour protéger notre marché » nous avons accepté de déLa politique d’import-substitution est une politique à visée protectionniste. C’est-àdire que pour réussir l’import-substitution, il faut protéger aussi son marché et l’un des leviers réside dans les droits de douane. Or, lorsque nous avons signé les accords de libre-échange, avec l’Union européenne notamment, manteler les tarifs douaniers, ce qui revient dire que nous nous sommes dépouillés de la capacité à protéger notre marché par les instruments de prix, via des barrières douanières. Or l’Union européenne produit en très grande quantité. Ils sont dans une situation de surplus de production parce que ces produits qui nous vienne de cette zone économique représentent le surplus de ce que leur marché intérieur ne peut absorber. Ils sont donc capables de vendre à des coûts beaucoup plus bas. Donc, l’accord de partenariat économique avec l’Union européenne constitue aussi un poids sérieux sur notre politique d’import-substitution. Il est donc important qu’on revoie un peu ces accords afin que notre économie soit capable de mieux se protéger.
Propos recueillis par Louise Nsana





