- PAROLES DU SAINT-PÈRE AUX JOURNALISTES AU COURS DU VOL D’ALGER À YAOUNDÉ

Vol papal, Mercredi 15 avril 2026
Bonjour à tous, j’espère que vous êtes bien reposés et prêts pour cette prochaine étape de notre voyage!
Je suis heureux de vous saluer tous ce matin après ce que je considère personnellement comme un voyage et une visite en Algérie très enrichissants. Je tiens tout d’abord à exprimer ma gratitude à l’ensemble des autorités algériennes, qui ont rendu cette visite possible. Comme vous pouvez le constater, elles nous ont même fait l’honneur de nous escorter pendant que nous survolons l’espace aérien algérien. C’est un signe de la bonté, de la générosité et du respect que le peuple algérien et le gouvernement algérien ont souhaité témoigner au Saint-Siège et à ma personne. Je tiens à leur adresser un mot de remerciement ainsi qu’à la présence, certes modeste mais très significative, de l’Église catholique en Algérie.
Comme vous le savez, nous avons effectué des visites tout à fait particulières, tant à la basilique Notre-Dame-d’Afrique qu’à la basilique Saint-Augustin, situées sur la colline qui surplombe la ville moderne d’Annaba, ainsi qu’aux ruines de la cité romaine d’Hippone. Cela en soi, je dirais, revêt une importance symbolique, car saint Augustin, qui fut évêque d’Hippone pendant plus de trente ans, est une figure très ancrée dans le passé qui nous parle de tradition et de la vie de l’Église telle qu’elle s’est développée au cours des premiers siècles. Et pourtant, il reste une figure très importante aujourd’hui, car ses écrits, ses enseignements, sa spiritualité, son invitation à la recherche de Dieu et de la vérité sont des éléments dont nous avons grandement besoin aujourd’hui ; un message qui est très actuel pour nous tous aujourd’hui, en tant que croyants en Jésus-Christ, mais aussi pour tous les hommes.
Comme vous l’avez vu, même le peuple d’Algérie, dont la grande majorité n’est pas chrétienne, honore et respecte profondément la mémoire de saint Augustin qu’il considère comme l’un des grands fils de sa terre. Ce fut pour moi, personnellement, une bénédiction particulière de retourner hier une nouvelle fois à Annaba, mais aussi d’offrir à l’Église et au monde la vision que saint Augustin nous propose, en termes de recherche de Dieu et de lutte pour construire une communauté, pour rechercher l’unité entre tous les peuples et le respect de tous les peuples malgré les différences.
Au cours de ces deux jours passés en Algérie, je pense que nous avons vraiment eu une merveilleuse occasion de continuer à tisser des liens et à promouvoir le dialogue. Je pense que la visite à la mosquée était significative et qu’elle a permis de montrer que, même si nous avons des croyances différentes, des manières différentes de pratiquer notre culte et des modes de vie différents, nous pouvons vivre ensemble en paix. Aussi je pense que promouvoir ce genre d’image est quelque chose dont le monde a besoin aujourd’hui, et qu’ensemble, nous pouvons continuer à l’offrir à travers notre témoignage alors que nous poursuivons ce voyage apostolique.
Je vous souhaite un excellent voyage. Je suis heureux de vous voir tous. Merci encore pour votre service. Merci !
- RENCONTRE AVEC LES AUTORITES, LA SOCIETE CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE
DISCOURS DU SAINT-PÈRE
Palais Présidentiel (Yaoundé)
Mercredi 15 avril 2026
Monsieur le Président, Distinguées Autorités et membres du Corps diplomatique, Mesdames et Messieurs!
Je vous remercie sincèrement pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé et pour les paroles de bienvenue qui m’ont été adressées. C’est une profonde joie de me trouver au Cameroun, souvent qualifié d’“Afrique en miniature” en raison de la richesse de ses territoires, de ses cultures, de ses langues et de ses traditions. Cette variété n’est pas une fragilité, mais un trésor. Elle est une promesse de fraternité et une fondation solide pour construire une paix durable.
Je viens parmi vous en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix. Ma visite exprime l’affection du Successeur de Pierre pour tous les Camerounais, ainsi que le désir d’encourager chacun à poursuivre, avec enthousiasme et persévérance, la construction du bien commun. Nous vivons une époque où la résignation se répand et où un sentiment d’impuissance tend à paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément. Que de faim et soif de justice ! Que de soif de participation, de visions, de choix courageux et de paix ! Mon grand désir est de toucher le cœur de chacun, en particulier celui des jeunes, appelés à façonner, y compris sur le plan politique, un monde plus juste. Je tiens également à manifester ma volonté de renforcer les liens de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun, fondés sur le respect réciproque, sur la dignité de toute personne humaine et sur la liberté religieuse.
Le Cameroun garde en mémoire les visites de mes Prédécesseurs : celle de saint Jean-Paul II, messager d’espérance pour tous les peuples d’Afrique ; et celle de Benoît XVI, qui souligna l’importance de la réconciliation, de la justice et de la paix, ainsi que la responsabilité morale des gouvernants. Je sais que ces moments ont marqué votre histoire nationale, telles des exhortations exigeantes à l’esprit de service, à l’unité et à la justice. Nous pouvons donc nous interroger : où en sommes-nous ? Comment la Parole qui nous a été annoncée a-t-elle porté ses fruits ? Et que reste-t-il à faire ?
Il y a 1600 ans, saint Augustin écrivait des mots d’une grande actualité : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger ». [1] Dans cette perspective, servir son pays c’est se consacrer, avec un esprit lucide et une conscience intègre, au bien commun de tout le peuple : de la majorité, des minorités, dans leur harmonie réciproque.
Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres nations, votre pays traverse des épreuves compliquées. Les tensions et les violences qui ont frappé certaines régions du nord-ouest, du sud-ouest et de l’extrême nord ont causé de profondes souffrances : des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école, des jeunes qui ne voient pas d’avenir. Derrière les statistiques, il y a des visages, des histoires, des espérances brisées. Face à des situations aussi dramatiques j’ai, au début de cette année, invité l’humanité à rejeter la logique de la violence et de la guerre, pour embrasser une paix fondée sur l’amour et la justice. Une paix désarmée, c’est-à-dire qui n’est pas fondée sur la peur, la menace ou les armements ; et désarmante, car capable de résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance, l’empathie et l’espérance. La paix ne peut être réduite à un slogan : elle doit s’incarner dans un style, personnel et institutionnel, qui rejette toute forme de violence. C’est pourquoi je le répète avec force : « Le monde a soif de paix. […] Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions, d’exilés ». [2] Ce cri veut être un appel à la volonté de contribuer à une paix authentique, en la faisant passer avant tout intérêt partisan.
La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s’accueille et se vit. Elle est un don de Dieu qui se développe à travers un travail patient et collectif. Elle est de la responsabilité de tous, en premier lieu celle des Autorités civiles. Gouverner, c’est aimer son pays, mais aussi les pays voisins. Le commandement “aime ton prochain comme toi-même” s’applique également aux relations internationales ! Gouverner, c’est écouter réellement les citoyens, estimer leur intelligence et leur capacité à contribuer à l’élaboration de solutions durables aux problèmes. Le Pape François a souligné la nécessité de dépasser « cette conception des politiques sociales comme une politique envers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais pour les pauvres, et encore moins inscrite dans un projet qui rassemble les peuples ». [3]
Dans ce changement d’approche, la société civile doit être considérée comme une force vitale pour la cohésion nationale. Le Cameroun est lui aussi prêt pour cette transition ! Associations, organisations de femmes et de jeunes, syndicats, ONG humanitaires, chefs traditionnels et religieux : tous jouent un rôle irremplaçable dans la construction de la paix sociale. Ce sont eux les premiers à intervenir lorsque des tensions surgissent ; ce sont eux qui accompagnent les personnes déplacées, soutiennent les victimes, ouvrent des espaces de dialogue et encouragent la médiation locale. Leur proximité avec le terrain permet de comprendre les causes profondes des conflits et d’entrevoir des réponses adaptées. La société civile contribue en outre à former les consciences, à promouvoir la culture du dialogue et le respect des différences. C’est donc en son sein que se prépare un avenir moins exposé à l’incertitude. Je tiens à souligner avec gratitude le rôle des femmes. Malheureusement, elles sont souvent les premières victimes des préjugés et des violences ; elles restent cependant des artisans infatigables de paix. Leur engagement dans l’éducation, la médiation et la reconstruction du tissu social est sans égal et constitue un frein à la corruption et aux abus de pouvoir. C’est aussi pour cette raison que leur voix doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels.
Face à tant de dévouements dans la société, la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance. Il est temps d’oser faire un examen de conscience et un saut qualitatif courageux. Que les institutions justes et crédibles deviennent des piliers de la stabilité. L’autorité publique est appelée à être un pont, et jamais un facteur de division, même là où l’insécurité semble régner. La sécurité est une priorité, mais elle doit toujours s’exercer dans le respect des droits de l’homme, en unissant rigueur et grandeur d’âme, avec une attention particulière pour les plus vulnérables. Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté, lorsque la loi est un rempart sûr contre l’arbitraire des plus riches et des plus forts.
À bien y regarder, frères et sœurs, les hautes fonctions que vous assumez exigent un double témoignage. Le premier témoignage se concrétise dans la collaboration entre les différents organes et niveaux administratifs de l’État au service du peuple, et en particulier des plus pauvres ; le second témoignage se réalise en unissant vos responsabilités institutionnelles et professionnelles à une conduite de vie intègre. [4] Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie. Le véritable gain c’est le développement humain intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée de tous les aspects qui font de la vie sur cette terre une bénédiction.
Le Cameroun dispose des ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée. Il faut que l’engagement commun en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral transforme les blessures du passé en sources de renouveau. Comme je le disais, les jeunes représentent l’espérance du pays et de l’Église. Leur énergie et leur créativité sont des richesses inestimables. Bien sûr, lorsque le chômage et l’exclusion persistent, la frustration peut engendrer de la violence. Investir dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes est donc un choix stratégique pour la paix. C’est le seul moyen d’endiguer l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète. C’est aussi le seul moyen de lutter contre les fléaux de la drogue, de la prostitution et de la torpeur qui dévastent trop de jeunes vies, de manière toujours plus dramatique.
Grâce à Dieu, les jeunes Camerounais ont une spiritualité profonde qui résiste encore à l’uniformisation du marché. Elle est une énergie qui rend leurs rêves précieux, ancrés dans les prophéties qui nourrissent leurs prières et leurs cœurs. Les traditions religieuses, lorsqu’elles ne sont pas faussées par le poison des fondamentalismes, inspirent des prophètes de paix, de justice, de pardon et de solidarité. En favorisant le dialogue interreligieux et en associant les responsables religieux aux initiatives de médiation et de réconciliation, la politique et la diplomatie peuvent s’appuyer sur des forces morales capables d’apaiser les tensions, de prévenir les radicalisations et de promouvoir une culture d’estime et de respect mutuels. L’Église catholique au Cameroun, à travers ses œuvres éducatives, sanitaires et caritatives, souhaite continuer à servir tous les citoyens sans distinction. Elle désire collaborer loyalement avec les autorités civiles et avec toutes les forces vives de la nation pour promouvoir la dignité humaine et la réconciliation. Là où c’est possible, elle veut faciliter la coopération avec d’autres pays ainsi que les liens entre les Camerounais dans le monde avec leurs communautés d’origine.
Que Dieu bénisse le Cameroun, soutienne ses dirigeants, inspire la société civile, éclaire le travail du Corps Diplomatique et accorde à tout le peuple camerounais – chrétiens et non-chrétiens, responsables politiques et citoyens – d’accueillir le Royaume de Dieu, en construisant ensemble un avenir de justice et de paix.
[1] Saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 14.
[2] Discours en présence des chefs religieux à l’occasion de la Rencontre mondiale pour la paix (28 octobre 2025).
[3] François, Discours aux participants à la 3e Rencontre mondiale des mouvements populaires (5 novembre 2016).
[4] Discours au Préfets de la République italienne (16 février 2026).
- VISITE À L’ORPHELINAT NGUL ZAMBA
SALUTATION DU SAINT-PÈRE
Yaoundé Mercredi 15 avril 2026
Chers enfants, chers amis,
je suis très heureux d’entrer dans cet orphelinat qui est devenu votre maison. En ce lieu, c’est avant tout votre Père du Ciel qui vous accueille avec amour comme ses enfants. Il veut vous manifester sa tendresse et vous serrer sur son cœur ; et je désire le faire, moi aussi, en son Nom. Vous formez une véritable famille et vous rencontrez ici des frères et des sœurs qui partagent avec vous une histoire douloureuse. Et dans cette famille, votre frère aîné c’est Jésus ! Cette fraternité rassemblée autour de Lui vous rend forts, vous aide à porter ensemble les fardeaux de la vie et vous procure une vraie joie.
Dans un monde souvent marqué par l’indifférence et l’égoïsme, cette maison nous rappelle que nous sommes tous les gardiens de nos frères et de nos sœurs, et que, dans la grande famille de Dieu, personne n’est jamais un étranger ou un oublié, aussi petit qu’il soit.
Chers enfants, je sais que plusieurs d’entre vous ont traversé des épreuves difficiles. Certains ont connu la souffrance de l’absence à travers la perte de leurs parents ou de personnes proches. D’autres ont fait l’expérience de la peur, le rejet, l’abandon, le manque, l’incertitude. Vous êtes appelés à un avenir plus grand que vos blessures. Vous êtes porteurs d’une promesse. Car là où il peut y avoir de la misère, de la souffrance ou de l’injustice, Dieu est présent, et Il connaît vos visages, Il est tout proche de vous. L’Évangile nous rappelle que Jésus manifestait une bienveillance particulière pour les enfants comme vous. Il les mettait au centre. Soyez sûrs qu’Il regarde chacun de vous avec la même affection.
Je voudrais aussi saluer avec gratitude tous ceux qui accompagnent ces enfants : les responsables, les éducateurs, le personnel, les bénévoles et bien sûr les religieuses. Votre engagement fidèle est un beau témoignage d’amour. En prenant soin de ces enfants, vous goûtez par avance la joie promise par le Seigneur à ceux qui servent les petits (Cf. Mt 25, 40). Votre attention est le visage de la Miséricorde divine. Par elle et par votre dévouement, vous offrez bien plus qu’un soutien matériel : vous offrez à ces enfants une présence, une écoute, une famille, un avenir. La tendresse de Dieu se manifeste à travers vous, une tendresse fidèle qui ne disparait pas dans les épreuves et qui ne déçoit jamais. Je vous remercie pour tout ce que vous faites, et je vous invite à persévérer courageusement dans cette belle œuvre entreprise.
Je vous donne de grand cœur ma bénédiction, et je confie chacun de vous à la protection de la Vierge Marie, notre Mère. Qu’elle veille toujours sur vous. Qu’elle vous console dans les moments de tristesse et qu’elle vous aide à grandir comme de vrais amis de son Fils Jésus.
- RENCONTRE AVEC LES ÉVÊQUES DU CAMEROUN
DISCOURS DU SAINT-PÈRE
Siège de la Conférence Épiscopale (Yaoundé)
Jeudi 16 avril 2026
Chers frères dans l’épiscopat,
Je vous remercie pour vos paroles d’accueil et pour la fraternité dont vous témoignez en ce moment de prière et de partage. C’est pour moi une joie d’être parmi vous, Pasteurs de l’Église de Dieu au Cameroun, pour vous confirmer dans la foi et la mission que le Seigneur vous a confiées, et pour porter avec vous, dans la prière, les peines et les espérances de vos communautés.
Le ministère épiscopal est un service de l’unité et de la paix. Comme le rappelait saint Ignace d’Antioche, l’Évêque est celui qui rassemble la communauté autour du Christ, source de toute réconciliation. Cette responsabilité est particulièrement exigeante dans le contexte actuel de votre pays, marqué par des dérèglements et des violences qui touchent tant de nos frères et sœurs. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que dans l’Extrême-Nord, la souffrance est immense. Comme je l’ai souligné aux autorités civiles, le cri des victimes doit être celui de l’Église. Nous ne pouvons rester indifférents face à la détresse de ceux qui ont tout perdu : leur foyer, leurs proches, leur sécurité et, parfois, leur espérance. Le troupeau que le Seigneur nous a confié est souvent un troupeau blessé. Être proches de lui, non seulement par la parole, mais surtout par une présence compatissante, est notre première mission.
L’unité de votre Conférence épiscopale est un signe prophétique pour le Cameroun tout entier. Face aux divisions ethniques et régionales qui peuvent s’infiltrer même au sein de l’Église, votre témoignage de communion est essentiel. « La crédibilité de l’annonce chrétienne serait bien plus grande si les chrétiens surmontaient leurs divisions ». [1] Je vous encourage à cultiver sans cesse cette fraternité pastorale, à partager vos préoccupations et à discerner ensemble les réponses les plus adaptées aux défis de votre temps. Vos réflexions sur les thèmes de la famille, de la jeunesse et de l’engagement des laïcs dans la société sont d’une grande importance pour l’avenir.
Vous êtes en effet appelés à être des gardiens de l’espérance pour tout le peuple. Je sais l’engagement de vos diocèses et des communautés religieuses en faveur des personnes déplacées et des populations vulnérables. Cette charité en acte est le visage le plus éloquent de l’Église. Elle montre que le Christ est présent là où l’on souffre et qu’Il n’abandonne personne. Je vous exhorte à poursuivre, avec courage, les efforts de médiation et de réconciliation. En tant que Pasteurs, vous avez le devoir d’inviter sans relâche au dialogue et au refus de la violence.
Je voudrais enfin adresser une pensée particulière à vos prêtres, vos séminaristes, aux religieux et religieuses, ainsi qu’aux catéchistes. Ils sont vos premiers collaborateurs et sont souvent aux premières lignes, parfois au péril de leur vie. Soutenez-les avec une affection paternelle. Veillez à leur formation intégrale, afin qu’ils soient de véritables témoins de l’Évangile, amoureux du Christ et proches du peuple, libres de toute mondanité et de toute ambition personnelle. Soyez pour eux des pères et des frères.
Chers frères, confions tout le Cameroun à l’intercession de la Vierge Marie, Reine de la Paix. Qu’elle vous accompagne dans votre ministère et qu’elle protège chacun de vos diocèses. Je vous bénis de tout cœur !
[1] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 13), n. 244.
- RENCONTRE AVEC LES REPRÉSENTANTS DES AUTRES CONFESSIONS RELIGIEUSES
PAROLES DU SAINT-PÈRE
Yaoundé Jeudi 16 avril 2026
Chers amis,
C’est une joie pour moi de vous rencontrer. C’est un moment de fraternité qui nous permet de manifester ensemble notre engagement commun en faveur du dialogue et de la paix. Je remercie chacun de vous pour sa présence.
Le Cameroun est une terre de rencontre, où différentes traditions religieuses cohabitent depuis longtemps. Cette diversité n’est pas une menace, mais une richesse inestimable. Comme je l’écrivais dans l’encyclique Dilexi te, « le cœur s’unit aux autres en reconnaissant ainsi la dignité de chacun et de chaque peuple ». [1] Notre appartenance commune à l’unique famille humaine, créée par Dieu, nous invite à nous reconnaître comme frères et sœurs, appelés à vivre dans le respect et l’estime mutuels.
Aujourd’hui, l’humanité traverse une période de grande incertitude et de bouleversements. Face aux défis de l’injustice, de la pauvreté, de la violence et de la sauvegarde de notre maison commune, nous, croyants, avons la responsabilité particulière de témoigner de la force de l’amour et de la solidarité. Nos religions ne sont pas des lieux de repli sur soi, mais des sources d’inspiration pour construire une société plus juste et plus humaine.
Le dialogue interreligieux ne consiste pas à renoncer à sa propre identité, ou à rechercher un compromis superficiel. Il s’agit plutôt d’un « chemin de paix » qui nous conduit à découvrir la beauté de l’altérité et à collaborer pour le bien de tous. Comme l’a souligné le Pape François, le dialogue est « une attitude mentale et spirituelle qui permet de surmonter les obstacles et de guérir les blessures ». [2] Je tiens à saluer l’engagement des chefs religieux camerounais dans les efforts de réconciliation et de consolidation de la paix. Votre voix est essentielle pour dénoncer la haine, prévenir les radicalisations et promouvoir une culture de l’écoute et du respect.
Que notre rencontre de ce jour soit un signe d’espérance pour tout le Cameroun et pour l’Afrique. En travaillant ensemble, nous montrons qu’il est possible de surmonter les préjugés et les méfiances pour bâtir un avenir où chacun se sentira accueilli et respecté dans sa propre dignité de fils et fille de Dieu. Les croyants, en effet, agissent « comme de bons citoyens, contribuant au service de tout le peuple, précisément en raison de leur relation avec le Tout-Puissant ». [3]
Je vous assure de ma prière et de l’amitié de l’Église catholique. Marchons ensemble sur le chemin de la fraternité et de la paix ! Merci beaucoup !
[1] Pape Léon XIV, Lettre Encyclique Dilexi te (11 février 2026), n. 18.
[2] Pape François, Rencontre interreligieuse (Sarajevo, 6 juin 2015).
[3] Pape Léon XIV, Discours à la Société Civile (15 avril 2026).
- RÉUNION DE PRIÈRE POUR LA PAIX AU CAMEROUN
PAROLES DU SAINT-PÈRE
Yaoundé
Jeudi 16 avril 2026
Chers frères et sœurs !
Nous nous réunissons en ce lieu pour élever nos cœurs vers Dieu et Lui confier le désir de paix qui habite le cœur de chaque Camerounais. Je vous remercie de tout cœur pour votre présence et pour la ferveur de votre prière.
La paix est un don de Dieu, mais elle est aussi une tâche confiée à notre responsabilité (cf. Mt 5, 9). Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, Jésus nous a laissé sa paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (Jn 14, 27). Cette paix n’est pas seulement l’absence de conflit. Elle est le fruit de la justice et de l’amour. Elle naît d’un cœur qui se laisse réconcilier par Dieu et qui s’ouvre à l’accueil de l’autre.
Prions tout d’abord pour toutes les victimes des violences qui ont frappé le Cameroun, en particulier dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord. Confions au Seigneur ceux qui ont perdu la vie, les blessés, les personnes déplacées et tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Que le Dieu de toute consolation apaise leurs larmes et leur donne la force de l’espérance. Demandons au Seigneur de toucher les cœurs de ceux qui utilisent la violence, afin qu’ils découvrent que nous sommes tous frères et sœurs et qu’aucune haine ne peut justifier la destruction de la vie d’autrui.
Prions pour les responsables politiques et civils, afin qu’ils soient guidés par la sagesse et le souci sincère du bien commun. Que l’Esprit Saint leur accorde le courage de choisir la voie du dialogue, de la médiation et de la justice. La paix exige de la part de tous un engagement patient et persévérant pour construire des ponts et abattre les murs de la méfiance. Comme je le rappelais hier aux Autorités de ce beau pays, une paix durable ne peut se construire que sur le respect de la dignité humaine et sur la recherche constante de l’équité. Elle est possible ! La paix est désarmée mais désarmante. Elle fleurit même au milieu des cendres des conflits, alors que nous nous efforçons, ensemble, de reconstruire le tissu social.
Prions aussi pour l’Église au Cameroun et pour toutes les confessions religieuses. Puissions-nous être ensemble des artisans de réconciliation et de fraternité. Notre témoignage d’unité et notre engagement commun en faveur des plus pauvres sont des signes puissants de la présence de Dieu au milieu de nous. Comme le soulignait saint Augustin, nous sommes en voyage vers la Cité de Dieu, fuyant « les ténèbres du siècle présent », et « ce monde est un abîme de tentations ; mais si nous aimons Dieu, si nous nous aimons les uns les autres, si nous cherchons la paix, alors le Seigneur sera avec nous ». [1]
Ensemble, redisons avec foi : « Seigneur, fais de nous des instruments de ta paix ! ». Confions nos intentions à l’intercession de la Vierge Marie, Reine de la Paix et Mère de l’Église. Qu’elle veille sur le Cameroun et guide tous ses enfants sur les chemins de la réconciliation.
Bénis sois-tu, Seigneur, Dieu de paix ! Amen.
[1] Cf. S. Augustin, In Epist. Ioan., 2, 8 ; S. Augustin, Serm., 357, 1.
- RENCONTRE AVEC LE MONDE UNIVERSITAIRE
DISCOURS DU SAINT-PÈRE
Université Catholique d’Afrique Centrale (Yaoundé)
Vendredi 17 avril 2026
Monsieur le Grand Chancelier,
Chers frères dans l’épiscopat,
Monsieur le Recteur,
Illustres membres du corps enseignant,
Chers étudiants,
Distinguées Autorités,
Mesdames et Messieurs!
C’est pour moi une grande joie de m’adresser à vous, en cette Université catholique d’Afrique centrale, lieu d’excellence pour la recherche, la transmission du savoir et la formation de nombreux jeunes. J’exprime ma gratitude aux Autorités académiques pour leur accueil chaleureux et pour leur engagement persévérant au service de l’éducation. Cette institution est un motif d’espérance : fondée en 1989 par l’Association des Conférences Épiscopales d’Afrique Centrale, elle est un phare au service de l’Église et de l’Afrique dans sa recherche de la vérité, de la justice et la solidarité.
Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire que les universités, et à plus forte raison les universités catholiques, deviennent de véritables communautés de vie et de recherche, qui initient étudiants et les enseignants à une fraternité dans le savoir, « pour faire l’expérience communautaire de la joie de la Vérité et pour en approfondir la signification et les implications pratiques. Ce que l’Évangile et la doctrine de l’Église sont aujourd’hui appelés à promouvoir – dans une généreuse synergie avec toutes les instances qui fermentent la croissance de la conscience humaine universelle – c’est une authentique culture de la rencontre ; bien plus, une culture de la rencontre entre toutes les cultures authentiques et vivantes, grâce à l’échange réciproque des dons respectifs de chacun dans l’espace de lumière entrouvert par l’amour de Dieu pour toutes ses créatures. Comme l’a souligné le Pape Benoît XVI, la vérité est logos qui crée un dia-logos et donc une communication et une communion » (François, Veritatis Gaudium, n. 4b).
Alors que beaucoup dans le monde semblent perdre leurs repères spirituels et éthiques, se retrouvant prisonniers de l’individualisme, de l’apparence et de l’hypocrisie, l’Université est, par excellence, un lieu d’amitié, de coopération, mais aussi d’intériorité et de réflexion. À ses origines, au Moyen Âge, ses fondateurs lui ont donné pour objectif la Vérité. Aujourd’hui encore, professeurs et étudiants sont appelés à se donner comme idéal et, en même temps, comme mode de vie, la recherche commune de la vérité. En effet, comme l’a écrit saint John Henry Newman, « tous les principes vrais regorgent de Dieu, tous les phénomènes conduisent à Lui ». [1]
D’autre part, ce que Newman appelait la “douce lumière”, c’est-à-dire « la lumière de la foi, dans la mesure où elle est unie à la vérité de l’amour, n’est pas étrangère au monde matériel, car l’amour se vit toujours corps et âme. La lumière de la foi est une lumière incarnée, qui procède de la vie lumineuse de Jésus. Elle éclaire aussi la matière, fait confiance à son ordre, reconnaît qu’en elle s’ouvre un chemin d’harmonie et de compréhension toujours plus large. Le regard de la science tire ainsi profit de la foi. Celle-ci invite le chercheur à rester ouvert à la réalité, dans toute sa richesse inépuisable. La foi réveille le sens critique dans la mesure où elle empêche la recherche de se complaire dans ses formules et l’aide à comprendre que la nature est toujours plus grande. En invitant à s’émerveiller devant le mystère du créé, la foi élargit les horizons de la raison pour mieux éclairer le monde qui s’ouvre à la recherche scientifique » (François, Lumen fidei, n. 34).
Chers amis, l’Afrique peut contribuer de manière fondamentale à élargir les horizons trop étroits d’une humanité qui a du mal à espérer. Sur votre magnifique continent, la recherche est particulièrement mise au défi de s’ouvrir à des perspectives interdisciplinaires, internationales et interculturelles. Et aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de repenser la foi au sein des réalités culturelles et des défis actuels, afin d’en faire ressortir la beauté et la crédibilité dans les différents contextes, en particulier ceux qui sont le plus marqués par les injustices, les inégalités, les conflits, la dégradation matérielle et spirituelle.
La grandeur d’une nation ne peut se mesurer uniquement en fonction de l’abondance de ses ressources naturelles, ou de la richesse matérielle de ses institutions. En effet, aucune société ne peut prospérer si elle ne repose sur des consciences droites, éduquées à la vérité. En ce sens, la devise de votre Université, “Au service de la vérité et de la justice”, vous rappelle que la conscience humaine, comprise comme sanctuaire intérieur où les hommes et les femmes se découvrent interpellés par la voix de Dieu, est le terrain sur lequel il convient de poser les bases solides et durables de toute société. Former des consciences libres et saintement inquiètes est une condition pour que la foi chrétienne apparaisse comme une proposition pleinement humaine, capable de transformer la vie des individus et de la société, de susciter des changements prophétiques face aux drames et à la pauvreté de notre temps, et d’encourager une recherche de Dieu toujours plus profonde, jamais assouvie.
C’est en effet dans la conscience que s’elabore le discernement moral, grâce auquel est librement recherché ce qui est vrai et honnête. Lorsque la conscience prend soin d’être éclairée et droite, elle devient la source d’une action cohérente, orientée vers le bien, la justice et la paix.
Dans les sociétés contemporaines, et donc également au Cameroun, on observe une érosion des repères moraux qui guidaient autrefois la vie collective. Il en résulte que l’on a tendance aujourd’hui à approuver de manière superficielle certaines pratiques autrefois considérées comme inacceptables. Cette dynamique s’explique en partie par les changements sociaux, les contraintes économiques et les dynamiques politiques qui influencent les comportements individuels et collectifs. Les chrétiens, et t






