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Nos enfants deviennent le miroir brisé de nos communautés

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Il fut un temps où la mort d’un enfant imposait le silence à toute la communauté. Un silence lourd, habité de respect, où chacun se sentait atteint, comme si le drame frappait à toutes les portes. Aujourd’hui, ce silence s’effrite, il cède la place aux bruits, aux commentaires, aux réactions rapides qui traversent nos écrans sans toujours traverser nos consciences.

Pourtant, une vérité demeure, implacable : ce sont des adultes, issus de nos quartiers, de nos familles, de nos communautés, qui violent et tuent des enfants. Des adultes qui partagent nos rues, nos habitudes, parfois nos repas. Cette proximité rend le constat encore plus douloureux. Le danger n’est pas lointain, il est parmi nous, au cœur même du tissu social.

Les noms de bébé Mathis et de Divine Mbarga résonnent encore comme des blessures ouvertes. À Nkoabang, comme ailleurs, ces tragédies ne devraient pas seulement susciter l’émotion passagère. Elles devraient provoquer un sursaut collectif. Car lorsqu’un enfant est détruit, ce n’est pas seulement une vie qui s’éteint, c’est tout un tissu social qui se déchire, lentement et dangereusement.
Autrefois, les communautés jouaient un rôle de rempart. Le voisin veillait, l’aîné rappelait à l’ordre, la parole circulait librement. Il existait une vigilance partagée, presque naturelle. Aujourd’hui, cette solidarité semble s’être dissoute. Chacun vit à côté de l’autre, mais rarement avec l’autre. Et dans cette distance, les drames trouvent un terrain propice.

Pendant ce temps, les réseaux sociaux deviennent des places publiques déformées, où l’émotion se consomme plus qu’elle ne se partage réellement. Certains y trouvent matière à ironie, comme si la gravité pouvait être allégée par des mots. Cette distance virtuelle nourrit une indifférence bien réelle et insidieuse.
Mais une communauté qui ne protège plus ses enfants se fragilise elle- même. Car l’enfant n’est pas seulement un individu à défendre, il est le lien vivant entre le présent et l’avenir. Le laisser sans protection, c’est accepter que ce lien se rompe, que l’équilibre se brise. Il ne s’agit pas de céder à la peur, ni de sombrer dans la méfiance généralisée. Il s’agit de retrouver ce sens du collectif qui faisait force. Regarder autour de soi, prêter attention, oser parler lorsque quelque chose semble anormal. Réapprendre que la protection de l’enfance n’est pas une affaire privée, mais une responsabilité commune.

Les communautés doivent redevenir des espaces de veille et de solidarité active. Des lieux où l’on n’ignore pas les signaux faibles, où l’on n’attend pas le drame pour réagir. Cela demande du courage, mais aussi de l’humanité. Car au fond, une question demeure : que vaut une communauté qui détourne le regard quand ses enfants sont en danger ? Protéger un enfant, c’est préserver l’âme même de toute une communauté.

Jean-René Meva’a Amougou

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