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La reconnaissance historique de la Traite négrière

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John Dramani Mahama, président du Ghana

Cependant, ce moment historique n’a pas fait l’unanimité.

John Dramani Mahama, président du Ghana

Les votes contre des États-Unis, d’Israël et de l’Argentine, ainsi que l’abstention de la France, révèlent les tensions persistantes autour de la mémoire de l’esclavage et de ses implications contemporaines. La position française, en particulier, suscite l’incompréhension. Elle s’explique, selon les autorités, par une réserve sur l’expression « le plus grave crime contre l’humanité ». Une telle prudence sémantique apparaît pourtant dérisoire au regard de l’ampleur historique et humaine de la traite négrière.

Cette réserve contraste fortement avec les propos tenus par Nicolas Sarkozy le 15 mars 2023, lorsqu’il affirmait devant une commission de l’Assemblée nationale que l’Europe était « le continent le plus barbare et le plus brutal ». Dès lors, une question s’impose: quelle différence fondamentale existe-t-il entre qualifier un continent de « barbare » et reconnaître un système historique comme « le plus grave crime contre l’humanité » ? Si l’Europe a pu être décrite en des termes aussi sévères par l’un de ses anciens dirigeants, pourquoi hésiter à nommer clairement l’horreur de la traite négrière?
Au-delà de ces débats lexicaux, l’essentiel se situe ailleurs, dans la question des réparations. La reconnaissance officielle d’un crime, surtout lorsqu’il est qualifié de « plus grave », ne saurait rester purement symbolique. Elle appelle des mesures concrètes. Les pays qui ont tiré profit de la traite négrière ont une responsabilité historique et morale envers les descendants des victimes. Il ne s’agit pas de culpabiliser indéfiniment les générations présentes, mais de reconnaître que les richesses accumulées entre le XVIIe et le XIXe siècles dans plusieurs grandes villes européennes reposent en partie sur l’exploitation et la déshumanisation des peuples africains.

Des ports comme Marseille
Bordeaux, Nantes, Le Havre et La Rochelle en France, mais aussi Liverpool, Londres et Bristol en Angleterre, Lisbonne (Portugal) ou encore Amsterdam (Pays-Bas), ont été profondément enrichis par ce commerce triangulaire. Ces villes, aujourd’hui symboles de prospérité et de modernité, portent en elles une mémoire souvent occultée, celle d’un développement fondé sur la souffrance humaine.

Déjà, Frantz Fanon
Dans « Les Damnés de la terre », mettait en garde contre une reconnaissance purement formelle. Selon lui, les descendants des esclaves ne peuvent se contenter de simples excuses. Il soulignait avec lucidité que la richesse des anciennes puissances esclavagistes est aussi, en un sens, celle des peuples qui ont été exploités. Cette affirmation ouvre une réflexion essentielle sur la justice historique: si une richesse a été construite sur une injustice, alors sa redistribution partielle devient une exigence morale.

Dès lors, il serait difficilement compréhensible que des États qui ont soutenu parfois avec force, des politiques de réparation à l’égard d’autres tragédies historiques — notamment en ce qui concerne les victimes juives de la Shoah — refusent aujourd’hui d’envisager des réparations pour les descendants des esclaves. Une telle position donnerait le sentiment d’une justice à géométrie variable, où certaines souffrances mériteraient réparation tandis que d’autres seraient reléguées au rang de simples épisodes du passé.

La résolution du 25 mars 2026 ouvre ainsi une nouvelle ère
Elle ne doit pas être perçue comme un aboutissement, mais comme le point de départ d’un processus plus vaste, celui de la reconnaissance pleine et entière, de la justice réparatrice et de la réconciliation véritable entre les peuples. Car reconnaître la traite négrière comme le plus grave crime contre l’humanité, c’est aussi accepter d’en tirer toutes les conséquences, y compris celles qui engagent matériellement et moralement les nations héritières de ce passé.

Jean-Claude Djéréké

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