Home INTÉGRATION RÉGIONALE CEMAC : l’urgence climatique impose sa révolution statistique

CEMAC : l’urgence climatique impose sa révolution statistique

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Sans information robuste, les politiques publiques restent aveugles face à l’accélération des dérèglements environnementaux.

Dans une sous-région confrontée à la déforestation, à la dégradation des sols et à des pressions croissantes sur les ressources naturelles, les systèmes actuels restent marqués par la dispersion des données, leur faible harmonisation et une coordination institutionnelle encore fragile.

Réunis du 23 au 27 mars 2026 à Brazzaville, les experts de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ont franchi une étape stratégique dans la construction d’une gouvernance environnementale fondée sur des données fiables. L’enjeu dépasse la simple production de chiffres. Il s’agit de bâtir une architecture statistique capable d’orienter les décisions, d’anticiper les crises et de mesurer les progrès vers les Objectifs de développement durable. L’adoption de nouveaux outils d’autoévaluation des statistiques climatiques traduit une prise de conscience en même temps qu’elle révèle un double défi. Technique, d’abord, avec la nécessité de standardiser les outils, former les cadres et moderniser les dispositifs de collecte.

Politique, ensuite, car la production de statistiques fiables suppose une volonté réelle de coopération entre administrations souvent cloisonnées. Les recommandations formulées (comités interministériels, mécanismes de suivi, mobilisation de financements) témoignent de cette exigence de transformation en profondeur. L’implication d’acteurs comme Afristat et le soutien attendu du Fonds monétaire international confèrent à cette dynamique une dimension structurante. Mais comme le soulignent plusieurs experts, l’absence de ressources humaines qualifiées et le déficit de financement pourraient ralentir la mise en œuvre.

Au-delà des enjeux institutionnels, c’est bien l’impact concret sur les populations qui est en jeu. Des données fiables permettront d’anticiper les sécheresses, d’adapter les politiques agricoles et de mieux gérer les ressources naturelles. En ce sens, l’atelier de Brazzaville marque moins un aboutissement qu’un point de départ : celui d’une Afrique centrale qui tente de reprendre la maîtrise de son avenir climatique par la rigueur statistique.

Jean-René Meva’a Amougou

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