Après des années de combat, l’appropriation par la gente féminine des luttes égalitaires en leur faveur reste modérée et disparate. Ce qui donne lieu à des interprétations diverses.
Les activités liées à la célébration de la femme ont atteint leur apothéose dimanche, 8 mars 2026. La grande parade organisée à Yaoundé et dans les chefs-lieux de départements, a mis en exergue les différentes luttes qui ont lieu sur le territoire national, en vue d’une revalorisation des conditions d’intégration sociale de la femme. Accès des femmes et des filles à la justice; lutte contre les violences faites aux femmes; promotion de la participation économique et politiques des femmes, etc. Les thèmes, largement décortiqués durant la semaine, offrent large vue sur les champs de bataille de l’égalité Homme-femme dans le pays.
A l’occasion de la célébration, mais aussi depuis plusieurs années, plaidoyers, colloques, sensibilisation, accompagnement social et économique, marquent l’action des travailleurs sociaux et du gouvernement camerounais pour la cause. Le constat sur le terrain laisse cependant apparaitre de faibles résultats en matière de changement de mode de vie des femmes camerounaises. «C’est compliqué chez nous. La société nous conduit vers l’affirmation de soi. Et l’autre côté cependant, cette même société nous culpabilise d’essayer d’être des femmes modernes. On nous dit, il faut être une femme autonome financièrement. Lorsque tu le fais, tu deviens une femme à ne pas épouser. Sans te connaitre, on a déjà décréter que tu ne peux pas être soumise, etc. Avec tout ça, on est un peu perdue pour certains aspects de nos vies et on a peur d’être nous-mêmes partout. Si tu as bien réussi dans ta vie professionnelle, tu vas obligatoirement te rabaisser bien en deçà de ton niveau pour pouvoir avoir une vie de couple équilibrée. C’est pourquoi certaines femmes subissent des abus de tout genre. C’est extrêmement difficile», indique Cléa Viang, promotrice d’entreprise.
La raison de cette ambivalence tient de plusieurs raisons. Le sociologue Olivier Sak jette pour sa part, un regard critique sur l’origine et les modèles d’établissement et d’adoption des causes dites féminines relayées dans la société camerounaise, «Les femmes s’approprient tout ce qui est mis en place en leur faveur. Le problème c’est qu’il y a de plus en plus d’orientations disproportionnées de la théorie de genre en contexte camerounais. Et ce sont ces théories dont les femmes ne s’approprient pas. On a même l’impression qu’elles ont un effet répulsif sur les femmes. Prenons un peu le concept de survivantes que les institutions internationales ont réussi à imposer. Celle-ci veut que dans une relation, tout est considéré comme une violence, la domination, le patriarcat, la violence psychologique. C’est cette poussée extrême que les femmes camerounaises peinent encore à adopter» soutient le libre-penseur.
Francine Mbock, matriarche s’inscrit dans cette même. Dns son discours, la femme de 70 ans met en confrontations deux systèmes de pensée qui s’affrontent: le modernisme porté par des courants de pensées importés et la perception traditionnaliste des questions de genre. «Aujourd’hui, on veut que les jeunes filles apprennent à s’affirmer dans leurs foyers. D’accord, qu’elles le fassent. Mais le problème c’est qu’on les envoie vivre leur mariage auprès des hommes qui n’ont pas été éduqués dans cet esprit de modernisation. Ça créé des confusions totales dans le foyer. On a enseigné à nos filles l’autonomisation dans les foyers mais jamais on ne leur a montré le genre de familles qui découle de tout cela. On s’est contenté de stigmatiser tout ce quoi se faisait avant sans même comprendre vraiment les règles sociales d’avant, ni pourquoi elles existaient. Avant, la femme avait un rôle bien défini, les enfants avaient leur place et les hommes jouaient leur rôle et tout marchait. Aujourd’hui, nos sociétés et nos familles fonctionnent-elles encore bien? La violence au sein des familles n’a-t-elle pas augmentée ? La pudeur et la moralité sont-elles restées intactes», questionne cette dernière.
L’évolution sociale sur les questions de femmes suit son cours. Sous l’impulsion du gouvernement camerounais de nombreux torts causés aux femmes disparaissent. Dans ce chapitre, la circoncision tient le flambeau des oubliettes tandis que l’autonomisation économique gagne du terrain. «Mon constat est qu’il y a une classe de femmes qui s’approprient cette avancée mais la forte majorité des femmes camerounaises ne souscrivent pas encore au nouveau logiciel. La modernisation n’est pas évitable parce que les temps changent inéluctablement. Mais ce qui est mauvais c’est l’uniformisation des sociétés sous l’impulsion de l’Occident. Il est important de privilégier les causes qui s’adaptent à nos sociétés. Toutes les sociétés ne sont pas faites pour être comme les pays européens. Nous devrions évoluer à notre rythme et surtout selon des lois qui nous mettent en phase avec nous-mêmes», souligne Olivier Sak.
Louise Nsana
