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Fake news en Afrique centrale: les plateformes numériques sommées de répondre à l’appel

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Face à la prolifération de rumeurs virales et de contenus controversés, les grandes plateformes numériques se retrouvent au cœur d’un débat brûlant sur leur responsabilité dans l’espace public africain. Entre pression des États, attentes des citoyens et impératifs de liberté d’expression, les géants du web découvrent que gérer un réseau social revient parfois à administrer… une véritable place publique numérique.

En Afrique centrale, l’information circule aujourd’hui à la vitesse d’un clic, d’un partage ou d’un simple transfert sur WhatsApp. Cette révolution de la communication, qui a permis à des millions de citoyens d’accéder à l’actualité et de participer au débat public, soulève désormais une question sensible : celle de la responsabilité des plateformes numériques face à la prolifération de fausses informations et de contenus controversés.

Du Cameroun à la République démocratique du Congo, en passant par le Gabon ou le Congo-Brazzaville, les réseaux sociaux sont devenus l’un des principaux canaux d’accès à l’information. Facebook, WhatsApp, TikTok ou YouTube jouent pour beaucoup d’internautes un rôle comparable à celui des médias traditionnels. Mais à la différence de ces derniers, les plateformes ne produisent pas l’information : elles la diffusent, la hiérarchisent par leurs algorithmes et, parfois, la laissent circuler plus vite que les mécanismes de vérification.

Pour le chercheur Serge Abolo, la logique technique des réseaux sociaux explique en partie cette situation. « Les plateformes sont construites pour favoriser l’engagement. Or les contenus polarisants ou sensationnels génèrent souvent davantage de réactions que les informations nuancées », analyse-t-il. Autrement dit, dans l’économie de l’attention, la rumeur peut parfois bénéficier d’un moteur algorithmique particulièrement efficace.

Face à ces critiques, les gestionnaires de plateformes insistent sur la complexité de leur mission. Pour Landry Kodjo, expert en algorithmes numériques et administrateur d’un groupe WhatsApp à Yaoundé, « la modération du contenu est un défi mondial qui nécessite des outils technologiques, mais aussi des partenariats avec les organisations locales et les vérificateurs de faits ». Selon lui, les plateformes investissent de plus en plus dans des systèmes de détection automatisée et dans la collaboration avec des médias indépendants pour limiter la propagation de fausses informations.

Un point de vue que nuance un cadre du ministère camerounais des Postes et Télécommunications. « Les plateformes doivent agir, mais la responsabilité est collective. Les gouvernements, les médias et les utilisateurs ont également un rôle à jouer dans la construction d’un écosystème informationnel sain », souligne-t-il. Il rappelle que plusieurs programmes de formation au fact-checking et à l’éducation aux médias sont déjà déployés sur le plan local.

Dans la sous- région, ces initiatives apparaissent toutefois encore modestes face à l’ampleur du phénomène. Les périodes électorales, les crises sécuritaires ou les tensions sociales deviennent souvent des terrains fertiles pour la désinformation en ligne. Les contenus trompeurs peuvent alors se propager à une vitesse fulgurante, parfois plus rapide que les mécanismes de modération. Sur le coup, Mariama Ndoye résume le dilemme avec une formule teintée d’ironie : « Partout en Afrique centrale, les plateformes ont ouvert une immense place publique numérique.

Le problème, c’est qu’elles découvrent maintenant qu’une place publique nécessite aussi… des règles de circulation ». Là, Jean-Baptiste Mbala, spécialiste camerounais des dynamiques numériques en Afrique, estime que « la lutte contre les fake news ne peut être efficace que si elle s’appuie sur une approche collective impliquant gouvernements, médias, plateformes et citoyens ». Car, ajoute-t-il, « derrière l’humour involontaire de certaines rumeurs virales se cache une réalité plus grave : la confiance dans l’information est devenue un enjeu central pour les sociétés d’Afrique centrale.

Et si les plateformes ont contribué à démocratiser la parole publique, elles se retrouvent désormais au cœur d’un test majeur : prouver que la technologie peut amplifier la liberté d’expression sans amplifier la confusion ».

Bobo Ousmanou

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