Home INTÉGRATION RÉGIONALE Quand les puissances jouent à la marelle sécuritaire

Quand les puissances jouent à la marelle sécuritaire

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Le retrait occidental crée un vide que seule la coopération continentale pourrait combler. Mais face à la montée des mercenaires et aux intérêts bilatéraux, l’Afrique avance sur un fil, entre urgence et improvisation.

Dans le Sahel, la sécurité ressemble parfois à un jeu de marelle géopolitique où chacun pose son pion sans vraiment demander au voisin s’il est d’accord. La Russie, par l’entremise d’Africa Corps (anciennement Wagner), s’implante à coups de contrats militaires et de mercenaires sur des terrains instables (Mali, Burkina Faso, Niger ou encore République centrafricaine). Pour les juntes sahéliennes, ce choix ressemble à une revanche sur l’ancienne puissance coloniale française : « Enfin libres de choisir nos partenaires », clament-elles. Mais selon Pr Daniel Okparaji, directeur du Centre africain de recherche sur les systèmes de sécurité, « ce type de partenariat bilatéral fragmente la logique continentale et contourne les mécanismes de redevabilité et de protection des civils que l’APSA tente d’imposer depuis des années ». En clair, l’autonomie retrouvée a parfois un goût amer pour les civils coincés entre mercenaires et insurrections.

Pendant ce temps, l’Occident se retire. La France plie bagage avec Barkhane et Takuba, les troupes américaines désertent le Niger, et l’aide extérieure s’amenuise depuis début 2025. Ce désengagement laisse un vide que ni l’UA ni les CER ne peuvent combler rapidement. « Les puissances traditionnelles sont désormais trop occupées par leurs populismes et leurs propres crises internes », note Fatou Bamba, analyste en relations internationales basée à Bangui. Résultat : un continent laissé à lui-même dans un contexte où les défis sécuritaires se multiplient, et où chaque État essaie de jouer à la fois au pompier, au policier et parfois au facteur.

Pour les experts, cette situation est doublement préoccupante. D’une part, le recours à des acteurs privés étrangers détourne les normes internationales et continentales sur la protection des civils. D’autre part, il encourage un modèle bilatéral au détriment de la coopération africaine collective. « Si les dirigeants africains ne prennent pas le relais de la prévention des conflits, il est probable que personne ne le fasse », avertissait l’International Crisis Group avant le sommet de l’UA de février 2025.

Mais tout n’est pas désespéré. Les observateurs soulignent que ce chaos apparent peut aussi devenir un catalyseur pour renforcer les capacités africaines et réformer l’architecture de sécurité. « L’urgence, c’est de dépasser les clivages internes et de bâtir une logique unifiée qui fasse sens pour tous », insiste Pr Daniel Okparaji. Entre humour noir et gravité, la situation rappelle que l’Afrique est à la croisée des chemins : soit elle se fait dicter sa sécurité par des puissances extérieures, soit elle invente un modèle propre, capable de conjuguer autonomie, redevabilité et protection des populations.

En attendant, chaque sommet, chaque déclaration, chaque mercenaire supplémentaire sur le terrain, c’est un peu comme un pion de plus sur la marelle : certains avancent, d’autres reculent, et la ligne d’arrivée pour une sécurité réellement africaine semble toujours un pas plus loin.

Bobo. Ousmanou

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