Cultivateur et père de trois enfants, ce témoin décrit le scandale minier qui a cours à Taparé et Mborguené.

Pouvez-vous nous décrire ce qui se passe ici à Taparé et Mborguené ?
C’est le chaos. Depuis plus d’un an, des Chinois creusent partout, sans aucun titre légal. Ils prennent notre or, dégradent nos champs, polluent nos rivières, et personne ne semble pouvoir les arrêter. Les gens pleurent leurs terres, leurs récoltes, et moi je pleure pour mes enfants. Parfois, je regarde les collines et je me dis : « Est-ce que c’est encore notre terre, ou appartient-elle à quelqu’un d’autre ? »
Comment les habitants vivent-ils cette situation au quotidien ?
C’est insupportable. Chaque matin, on entend les pelleteuses avant même le lever du soleil. Les enfants ne jouent plus dans les rizières, ils observent les machines comme si c’étaient des bêtes sauvages. Nos poules, nos chèvres, nos cultures… tout est dérangé. Les nuits, on discute autour du feu, on se demande comment protéger ce qu’il reste, mais la peur est là. Parce que ces hommes sont protégés, et pas par n’importe qui : par les Forces armées camerounaises. Officiellement, ils sécurisent les sites, mais pour nous, c’est une façon de dire : « Vous n’avez rien à dire. »
Vous parlez de protection militaire. Comment cela se traduit-il sur le terrain ?
Les militaires sont là tous les jours. Ils regardent, surveillent, parfois discutent avec les Chinois. Quand un villageois tente de protester, il sent qu’on le surveille. On se tait pour éviter des ennuis, mais ça nous ronge. On n’a même plus la force de crier. On se sent impuissants, humiliés. Et pendant ce temps, l’or part vers d’autres mains, et nous, on reste avec des rivières jaunes, des champs dévastés et une colère qui monte.
Est-ce que les villageois essaient de trouver des solutions ?
Oui, on essaie. Le chef traditionnel multiplie les démarches, les courriers, les réunions. Mais les autorités locales disent qu’il n’y a pas assez de moyens pour contrôler tout. Les inspecteurs passent parfois, prennent des notes, et repartent. Pendant ce temps, les camions filent, chargés d’or. Alors on fait ce qu’on peut : observer, documenter, parler entre nous, garder l’humour. On plaisante pour ne pas pleurer. Je dis souvent : « Même nos poules creusent mieux que nous, elles savent où se trouve l’or. » On rit, mais c’est amer.
Qu’attendez-vous de l’État et des autorités ?
De la justice. Du respect pour nos terres. Que nos droits soient protégés et que nos voix comptent. On ne demande pas de miracles, juste qu’on arrête cette exploitation illégale, qu’on contrôle les sites, qu’on nous écoute. Nos familles, nos enfants, nos rivières méritent mieux que d’être sacrifiés pour quelques cargaisons d’or. On veut pouvoir vivre de notre terre, pas regarder quelqu’un d’autre l’exploiter sous nos yeux, protégés par ceux qui devraient nous défendre.
Un dernier mot ?
Regardez autour de vous. Les collines brillent pour d’autres, mais pour nous, ce n’est que poussière et désolation. On espère encore, on garde le calme pour tenir, mais nos cœurs sont lourds. Chaque pelletée de sable me rappelle que l’or continue de briller… pour d’autres.
Propos rassemblés
par Ongoung Zong Bella