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À Taparé et Mborguené : filons d’or illégaux sous haute surveillance militaire

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Visage de Mborguené au petit matin du 20 février 2026

Depuis un an, les deux localités sont devenues des sites d’exploitation intense où des opérateurs chinois creusent sans autorisation, laissant derrière eux rivières turbidifiées et champs dévastés. Protégés par les forces armées, ils continuent d’extraire l’or au mépris des communautés locales, qui voient leurs terres transformées en carrières sans contrôle ni compensation. Entre poussière, pelleteuses et cargaisons clandestines, les villageois observent impuissants leur « manne » disparaître vers d’autres mains.

Visage de Mborguené au petit matin du 20 février 2026

Dans le département du Lom-et-Djerem, à l’Est du Cameroun, les collines de Taparé et Mborguené scintillent sous un soleil implacable, un soleil qui semble vouloir rappeler à chaque habitant la dureté de leur quotidien. Mais ce n’est pas la lumière de la prospérité qui éclaire ces villages : ce sont les tas de sable, de gravier et de roche aurifère laissés par des exploitants chinois, qui creusent sans relâche et sans aucun titre légal. Chaque matin, le bruit des pelleteuses se mêle aux chants d’oiseaux et aux aboiements de chiens abandonnés, créant un étrange contraste entre vie et exploitation industrielle. Selon le Syndicat des promoteurs des bureaux d’achat de diamant, or et orpailleurs du Cameroun (Synaprobadiocam), ces exploitants ont reconnu leur illégalité et l’incapacité de déclarer leur production depuis des mois. Les habitants observent impuissants le ballet incessant des camions, souvent chargés de tonnes de sable doré, filer vers des destinations inconnues, laissant derrière eux poussière, trous béants et frustrations accumulées. Les discussions dans les villages oscillent entre colère et consternation : « On dirait que les collines se moquent de nous, elles brillent pour d’autres, pas pour nous », soupire un cultivateur en essuyant la sueur sur son front, les yeux fixés sur l’horizon où s’éloigne le dernier convoi.

Les riverains parlent d’un « terrorisme moral chinois », une expression qui reflète à la fois la peur, l’impuissance et l’indignation. Les champs disparaissent, les rivières se troublent, et les terres, jadis fertiles, semblent englouties par le sable et la boue. « Nos poules savent où se trouve l’or, mais nous, on n’a que nos yeux pour pleurer », confie une habitante de Mborguené, le regard sombre mais animé d’une résilience silencieuse. Les enfants, qui jadis jouaient à courir dans les rizières et à pêcher dans les ruisseaux, observent maintenant les engins avec fascination et méfiance, mimant parfois les gestes des ouvriers avec des bâtons et des cailloux. Les nuits sont peuplées de discussions à voix basse autour des feux, où les habitants se demandent comment protéger ce qui reste de leur terre, comment garder un lien avec un sol qui semble désormais appartenir à d’autres. Ici, l’humour sert de bouée : un rire nerveux, un commentaire ironique ou un proverbe local deviennent autant de moyens de supporter la frustration, tandis que le quotidien est rythmé par le vacarme des engins et le passage incessant des camions chargés de sable aurifère.

Le plus amer reste l’impunité des exploitants, accentuée par la présence des Forces armées camerounaises sur les sites. Officiellement là pour sécuriser les opérations et prévenir des débordements, les militaires sont perçus par les populations comme un bouclier qui protège les exploitants et intimide les habitants. « On nous a demandé de rester calmes… pendant que nos terres disparaissent », raconte un cultivateur, la voix basse, presque étranglée par la colère et l’incrédulité. Les habitants évoquent des scènes où des agents en uniforme regardent, impassibles, les exploitants emporter le fruit des collines sans aucune sanction, laissant planer le doute sur la neutralité de la force publique. La frustration des communautés s’intensifie au fil des semaines : des jeunes observent en silence, des anciens évoquent des rituels pour protéger la terre, et chacun prend note de chaque camion, chaque pelletée, chaque bruit qui rappelle que l’or continue de briller… pour d’autres.

Le chef traditionnel de Taparé, entouré de notables et de conseillers, insiste sur la nécessité d’un minimum de respect pour les droits coutumiers. « Nous ne refusons pas le développement, mais il doit se faire avec nous et non contre nous », affirme-t-il d’une voix grave, ponctuée de gestes précis qui semblent tracer les frontières du respect et de la légitimité. Les réunions locales se multiplient sous les manguiers et les abris improvisés, où les habitants échangent, planifient et tentent de comprendre comment négocier avec une situation qui leur échappe. Dans les rues et les sentiers de Mborguené, les jeunes tentent de conserver une pointe d’humour noir : « Même nos poules creusent pour trouver de l’or… elles comprennent mieux que nous la logique des profits », lance un adolescent, déclenchant quelques sourires nerveux. Mais derrière le rire se cache l’angoisse : le sol est appauvri, l’eau polluée, et l’avenir semble suspendu à la logique des engins et des camions.

Des sources administratives anonymes confirment que les contrôles restent sporadiques et insuffisants, incapables de rivaliser avec la logistique et la présence permanente des exploitants. Les autorités locales évoquent la difficulté du terrain : routes impraticables, sites dispersés et pression constante des opérateurs étrangers. Pendant ce temps, les riverains restent sur le qui-vive, scrutant chaque mouvement des camions, chaque nuage de poussière, chaque bruit mécanique qui pourrait annoncer une nouvelle exploitation. La tension est palpable : des familles entières se déplacent pour observer, discuter et documenter, espérant qu’un jour la loi et la justice viendront rétablir l’équilibre.

Au marché de Mborguené, les discussions oscillent entre amertume et humour grinçant. « L’or brille, mais pas nos vies », résume un commerçant en manipulant ses billets avec une mine à la fois triste et résolue. Les villageois savent que l’or continue d’être extrait à un rythme effréné, que la richesse qu’il représente enrichit des mains lointaines, alors que les leurs restent vides. Entre légalité bafouée, protection militaire implicite, impacts environnementaux et frustrations sociales, Taparé et Mborguené incarnent le paradoxe cruel de l’or au Cameroun : un trésor pour certains, une malédiction pour d’autres.
À la tombée du jour, les collines rouges se teintent d’ombre et de silence. Les pelleteuses ralentissent, les camions repartent, et les habitants se retrouvent autour de leurs foyers. On parle de ce qui a été perdu, de ce qui reste à protéger, et parfois, avec un sourire amer, de ce qui pourrait encore être sauvé. Dans ces villages, l’humour survit malgré tout, la colère persiste, et la question demeure : jusqu’à quand l’or pourra-t-il briller pour d’autres, alors que les rivières, les champs et les vies pleurent pour eux ?
Le cadre légal existe pourtant. Selon le code minier camerounais, toute activité d’extraction doit être précédée d’un permis délivré par le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, accompagné d’études d’impact environnemental et de consultations locales. Sur le terrain, plusieurs sources administratives anonymes reconnaissent des difficultés de contrôle. « Entre l’immensité du territoire et le manque de moyens, certains opérateurs profitent des failles », confie l’une d’elles, évoquant des autorisations temporaires parfois mal comprises ou détournées.

Ongoung Zong Bella

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