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Dupleix Kuenzob Pedeme : « Nous amenons les populations à intégrer les différences, à s’y accommoder en exploitant les désaccords comme des opportunités de croissance plutôt que de les fuir »

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Vous avez parcouru plusieurs localités du Cameroun. Vous avez côtoyé plusieurs communautés. Avez-vous le sentiment d’être entré véritablement en contact avec celles-ci ?


Permettez-moi de répondre à votre question avec toutes les réserves et la nuance qu’elle mérite, dans la mesure où notre immersion sociale est essentiellement guidée par le travail que nous sommes appelés à effectuer au sein des communautés, à savoir l’édification de communautés de solidarité novatrice basées sur le partenariat, l’interdépendance, le droit et la dignité. C’est une mission motivée par le besoin et la volonté de renforcer le droit de savoir, concomitamment avec le devoir et le pouvoir d’agir des populations, dans l’intérêt de susciter en elles le développement d’une capacité cohérente à identifier leurs problèmes vitaux prioritaires, à s’organiser dans une démarche logique, évolutive et inscrite dans la durée, et faisant usage des différentes ressources endogènes dont elles disposent pour trouver des solutions locales à ces problèmes.

Puisque l’organisation qui nous permet d’aller au contact physique des communautés joue dans son environnement un rôle de transfert de leadership et d’influence sociale, il est évident que Dynamique Mondiale des Jeunes (DMJ) est effectivement au contact des membres de ces communautés, mais pas de tous leurs membres. Que nous soyons dans l’Extrême-Nord, l’Adamaoua, à l’Est ou à l’Ouest, nous entrons en contact avec les membres pertinents et entretenons des relations étroites, régulières et intenses avec les parties prenantes les plus à même de porter le mandat qui est le nôtre dans une perspective de subsidiarité.

Notre approche stratégique repose sur la réalisation d’un impact sociopolitique durable en partant des changements interpersonnels, ou micro-changements, vers des changements plus larges. Cette stratégie procède de l’identification et du choix précis de quelques personnes ou entités influentes que nous appelons des acteurs clés, dont les actions à terme exercent une influence sur une large population. Il faut le reconnaître, le succès d’une telle mission de mobilisation et d’animation communautaire exige un minimum de compréhension des rouages et systèmes, des dynamiques de pouvoir, des valeurs et des normes sociales en vigueur dans les localités dans lesquelles nous intervenons.

Ce qui n’est garanti que par l’inclusion et l’intégration au sein de ces communautés, au prix de beaucoup d’adaptation, de résilience, de renoncement à soi, d’abandon d’une partie de soi pour épouser une partie des autres, sans plonger dans la compromission, mais dans le respect et l’acceptation de la différence. Notre proximité avec les dépositaires du pouvoir traditionnel au sein de chacune de ces communautés, et la fréquentation de ces derniers dans leur plus large acception, nous donnent l’humilité de croire que nous sommes, dans une certaine mesure, en contact avec la communauté profonde, bien que dans certains cas notre intégration soit limitée par la méconnaissance de la langue locale, ce qui nous amène à recourir aux services de guides-traducteurs.

Pouvez-vous affirmer aujourd’hui que ces communautés vivent en harmonie ? Sinon pourquoi ?
Précisons d’emblée que vivre en harmonie ne signifie pas vivre sans conflits, dans la mesure où le conflit est inhérent à l’existence humaine. Les désaccords, les oppositions et les tensions sont des composantes inévitables et naturelles de la vie ; je dirais même que ce sont des éléments consubstantiels à la vie, en raison de la diversité des opinions, des intérêts, des objectifs, des savoirs, des avoirs et des désirs individuels.

Le conflit ne doit pas être seulement perçu négativement comme un problème à éviter ou à éliminer, mais aussi comme une dynamique fondamentale qui façonne les relations sociales et stimule le changement, le progrès ou le développement personnel. Dans cette perspective, les Japonais disent du conflit qu’il est en même temps un problème et une opportunité. Lorsque le conflit devient source d’émotions négatives, dégrade les relations interpersonnelles et nuit durablement à la performance, au climat de travail et à la cohésion du groupe, il devient problème. Pourtant, le conflit agit aussi comme un révélateur de dysfonctionnements, permettant d’améliorer les processus, d’approfondir les relations et de stimuler l’innovation.

Il ne faut pas d’emblée avoir peur du conflit en l’appréhendant négativement. L’issue du conflit dépend de la manière dont il est abordé. Après avoir apporté cette précision, j’enchaîne en rappelant que la raison d’être de la présence de DMJ dans les communautés est effectivement de les amener à comprendre cela, pour changer leur perception du conflit et adopter le nouveau paradigme qui suggère de se doter de la capacité à gérer les conflits de manière constructive et pacifique.

C’est ainsi que, dans les communautés où nous intervenons, nous amenons les populations à intégrer les différences, à s’y accommoder en exploitant les désaccords comme des opportunités de croissance plutôt que de les fuir. Nous pouvons citer quelques exemples : à Kourgui, dans le Mayo-Sava à l’Extrême-Nord, où les communautés hôtes et les déplacés internes s’opposaient frontalement dans le passé autour du point d’eau de la localité, les uns refusant l’accès des autres à cette ressource vitale ; à Aïssa Hardé, dans le Mayo-Sava toujours, éleveurs et agriculteurs se regardaient en chiens de faïence à cause de la destruction des champs considérés comme pâturage ; à Mbaza’a, dans le groupement Bamendjing, commune de Galim, la communauté des pêcheurs, constituée d’Arabes choa, de ressortissants du Noun, du Nord-Ouest et d’autochtones, se disputait régulièrement autour de l’activité de pêche dont les pratiques étaient différentes d’une communauté à une autre.

Nos interventions les ont amenés à communiquer ouvertement dans des espaces de dialogue pour exprimer leurs ressentis, leurs aspirations, leurs expériences et leurs problèmes, ce qui a débouché sur la connaissance et la compréhension mutuelle, le soutien mutuel, la collaboration, l’acceptation et le développement de la confiance ainsi que du sentiment d’appartenance. Ces populations ont appris qu’en situation de désaccord il faut parler à son adversaire plutôt que d’aller parler de son adversaire ou se replier sur soi.
Nos efforts dans ces communautés sont centrés sur les réflexions autour des conditions de mise en place des structures et mécanismes de dialogue, la création et l’animation de tels espaces. Dès lors qu’au sein des communautés l’on peut disposer de cadres et mécanismes endogènes fonctionnels de résolution des conflits, il y a de bonnes raisons de croire qu’elles vivent en harmonie, pour autant que des facteurs et des acteurs exogènes ne menacent pas leur sécurité. D’où l’acception, selon DMJ, que la paix est la recherche permanente et concertée de solutions alternatives inclusives aux problèmes communs que rencontrent les membres d’une communauté donnée.

Quels problèmes sont généralement abordés dans ces dialogues (infrastructures, sécurité, conflits fonciers, santé, éducation) ?
Le choix des problèmes dépend du contexte. Et comme nos interventions ciblent en priorité des zones fragiles, c’est-à-dire des localités qui présentent une vulnérabilité pluridimensionnelle en raison de l’impact qu’elles subissent des conflits sécuritaires, une analyse participative de ce contexte nous permet de dégager les priorités en termes de questions pouvant faire l’objet de dialogues qui, il faut le dire en passant, constituent un des maillons de la stratégie que nous mettons en place dans notre logique d’intervention, dont la finalité est de mener des plaidoyers pour des politiques publiques inclusives et proactives.

Nous partons de l’hypothèse selon laquelle les situations de vulnérabilité que traversent les communautés peuvent être surmontées si elles deviennent cohésives, c’est-à-dire si leurs membres développent des liens sociaux forts, des valeurs partagées, un sentiment d’appartenance et promeuvent la solidarité et l’entraide entre eux. La théorie du changement ainsi formulée indique qu’il faut développer une vision commune de la communauté, ou tout au moins du problème en présence. L’agenda de la communauté est par conséquent défini par ces priorités.
Au regard des expériences vécues, les questions de perception et de croyance sont dans la plupart des cas à l’origine des situations de discrimination, de stigmatisation, d’injustice et d’exclusion qui fragilisent la cohésion sociale et empêchent les concertations, les synergies et la conjonction des énergies pour la formulation d’une demande sociale pertinente et solide. Dès lors, les problèmes de clivage cristallisent les attentions. Le langage du « nous et eux » structure les narratifs et les relations sociales dégénèrent en repli identitaire, en privation et en exclusion qui s’observent dans l’accès aux ressources et aux services sociaux ainsi que dans la gestion du pouvoir.

Dans la région de l’Extrême-Nord, les clivages identitaires, ethniques et religieux viennent quelque peu occulter l’absence d’opportunités économiques et la déconnexion sociale des jeunes, liée notamment à la fracture intergénérationnelle. En effet, les problématiques globales comme la pauvreté des populations et les rudes conditions climatiques puisent les sources de leur aggravation dans la faible organisation sociale, caractérisée par la nature fragmentaire de la société et une propension à ériger des structures informelles basées sur la parenté, au détriment ou dans l’ignorance des institutions étatiques.

Dans l’Adamaoua, sans être identiques, les problématiques sont similaires, même si elles se posent davantage en termes de sous-scolarisation, de chômage des jeunes, de mariages précoces des jeunes filles et de défaut d’actes de naissance.
Pour y répondre, DMJ a développé le modèle PASIE : Problème – Analyse – Solutions – Influence – Engagement, qui se traduit concrètement par la construction en cascade des espaces de communication. Ce modèle fait émerger simultanément les messages et des messagers dont le leadership est légitimé par l’action et la capacité à représenter et défendre les intérêts de la communauté au moyen des idées issues des concertations dans les espaces de dialogue. Il suggère aux espaces de dialogue un contenu axé sur l’organisation sociale à partir du premier palier, qui est l’espace d’expression et de prise de conscience, quel que soit le problème de base.

Pensez-vous que ces discussions aident réellement à résoudre les problèmes ?
Les discussions au sein des espaces de dialogue ont l’avantage de permettre aux membres d’une communauté de s’exprimer librement au sujet de leurs préoccupations et de faire adopter de nouveaux comportements. Elles améliorent la communication et l’accès à l’information, tout en restaurant les relations de proximité et en créant la confiance.

À Gada Mabanga, dans la commune de Ngaoundéré II, qui jadis était l’une des localités les plus insécurisées de la région de l’Adamaoua, les dialogues ont contribué à modifier le regard des jeunes vis-à-vis des institutions publiques et communales. Ils ont développé la culture associative ainsi qu’un sens élevé de la citoyenneté. Il nous souvient qu’entre 2015 et 2017, grâce aux espaces de dialogue institués par DMJ dans le cadre de son Projet Renforcement de l’Encadrement Citoyen à l’Insertion Socio-Économique (PRECISE), les jeunes avaient adopté l’investissement humain comme expression concrète de leur engagement volontaire pour le développement de la commune.
L’exécutif communal avait promptement réagi en offrant des bacs à ordures aux populations qui s’étaient concertées et étaient allées d’une seule voix, à travers des mandataires, demander ce matériel. Des partenaires techniques et financiers, à l’instar de la GIZ à travers son programme PARSE I, conditionnaient d’ailleurs l’accès à des appuis à la pratique du volontariat.

Dans le groupement Bati, commune de Galim, les mobilisateurs communautaires, qui comptent majoritairement parmi les participants aux espaces de dialogue, initient des plaidoyers qui témoignent de leur capacité de réaction face aux problèmes communautaires. Dans le Mayo-Sava, les Comités locaux interreligieux pour la paix (CLIP), institués dans huit localités parmi lesquelles Malika, Katoua, Goudjimdéle, Kourgui et Tolkomari, ont pris en main la résolution des conflits interpersonnels qui, par le passé, dégénéraient en tensions sociales, au point où des projets communautaires communs ont été développés.

À Mbaza’a, dans le groupement Bamendjing, la panne du forage a été réparée grâce à une mobilisation de ressources locales impliquant aussi bien les populations hôtes que les populations déplacées internes. Cette disposition à contribuer pour la réparation d’un ouvrage public est la résultante des dialogues organisés sur la cohabitation pacifique. À Meiganga, le dialogue a abouti à une collaboration étroite entre la commune et les associations de jeunes.

Quelles sont les attentes de la communauté vis-à-vis de ces dialogues ?
Les attentes des populations évoluent avec le temps. Au début des dialogues, elles sont axées sur le matériel et les financements. Les populations se considèrent comme impuissantes face à leurs problèmes, dont elles estiment n’avoir aucune idée de solution, et ne voient comme seule issue qu’une assistance matérielle et financière. Leur perception de la société est telle que les problèmes sont à la base et les solutions au sommet.

Lorsque le dialogue est bien mené, les attentes évoluent vers deux grandes directions : le besoin d’accompagnement et celui d’amélioration des compétences et capacités, ce qui constitue l’option préférentielle de notre organisation. Toutefois, d’autres besoins concernent la collaboration avec les décideurs. Les populations ont besoin d’une oreille attentive de la part des institutions dont relèvent les problèmes qu’elles soulèvent.
Aussi, elles attendent des solutions concrètes et parfois immédiates. Il est arrivé, dans certains contextes, que les populations se lassent en affirmant qu’il y a déjà eu trop de paroles et qu’il faut désormais des moyens et de l’action. Néanmoins, les communautés les plus averties et ouvertes au dialogue aspirent à une plus grande autonomisation pour le développement de leurs projets. Elles réclament la transparence de l’information et une participation active aux processus de décision.

Les jeunes de la commune de Meiganga exercent aujourd’hui le suivi des réalisations physiques des investissements publics financés par le budget de l’État. En 2022, le dialogue communautaire a suscité la mise en place, dans six communes de l’Adamaoua, de comités de plaidoyer pour le financement, à travers les budgets communaux, des projets de jeunes. Ce plaidoyer s’est poursuivi de 2022 à 2024. En 2025, lors de son discours d’investiture, le président de la République a fait une promesse allant dans le sens de promouvoir l’employabilité des jeunes en finançant des projets à haute intensité de main-d’œuvre à travers les budgets communaux.

Quels sont les principaux obstacles ou difficultés rencontrés dans le dialogue communautaire ?
Le dialogue communautaire se heurte principalement aux barrières socioculturelles : les questions de langue, de méfiance, de hiérarchie à observer et parfois de tabous. À de rares occasions, le niveau de scolarisation a constitué un frein au bon déroulement du dialogue. Il nous est souvent arrivé, dans certaines localités, de ne pas parvenir à rendre le dialogue inclusif à cause de ces réalités.

Nous avons rencontré des leaders traditionnels ayant de l’emprise sur leurs populations qui ont refusé et résisté à se mettre à côté de leurs administrés dans un cadre d’échange. Ils ont considéré leur invitation comme un affront, ainsi que leur mise à l’écart, rendant notre présence dans le milieu risquée. Dans d’autres communautés, il était tout simplement impossible de rassembler en un même lieu hommes et femmes.
Il existe des localités où la femme ne doit pas parler en présence des hommes, ni s’asseoir à leurs côtés. Le faire a été perçu comme une défiance de notre part vis-à-vis des us et coutumes. Nous avons aussi fait face, dans certaines communautés, à un faible engagement des parties. Le grand nombre de départ s’est dispersé, laissant quelques rares participants poursuivre le chemin.

Certains membres de communautés participent aux échanges en espérant une contrepartie matérielle ou financière. Sans une telle motivation, leur présence n’est plus garantie. Les querelles de leadership sont aussi parfois enregistrées. C’est le cas à Bamenyam, où les mobilisateurs communautaires se disputaient la préséance, chacun se revendiquant comme interlocuteur de DMJ, de sorte que lorsque les informations provenaient de leurs pairs, ces derniers ne s’impliquaient plus dans les actions en vue. Il fallait que tout passe par eux.
Des cas de conflits ont parfois surgi lors des sessions, notamment dans des communautés où d’anciens conflits non ou mal résolus subsistent.

Y a-t-il des conflits persistants malgré les discussions ?
Bien évidemment, nous avons dit plus haut que les conflits sont inévitables. Ceux qui persistent sont de l’ordre des conflits mal résolus ou pas du tout résolus. Les questions de perception, qui exigent un changement radical des schèmes de pensée par rapport aux autres, ne sont pas facilement solubles.

Vous constaterez que ce type de conflits repose sur des réalités subjectives, des émotions et des valeurs profondément ancrées dans les mentalités plutôt que sur des faits objectifs. La montée du tribalisme au Cameroun en est une illustration. Dans de telles situations, chaque partie croit détenir la vérité, s’estime victime et perçoit l’autre comme une menace ou comme étant dans l’erreur absolue, entraînant de facto la méfiance réciproque.

Grâce à des approches participatives et de communication non violente, certaines médiations ont permis d’amener les parties à dialoguer et à trouver des compromis durables, notamment autour de la gestion des espaces agricoles et pastoraux, avec des accords sur la délimitation des zones et les modalités d’accès aux ressources.

Selon vous, ces dialogues contribuent-ils à la cohésion sociale et à la paix dans la communauté ?
Les dialogues sont extrêmement importants pour le vivre-ensemble, le maintien de la cohésion sociale et la paix, telle que nous l’avons déjà définie comme étant la recherche permanente et concertée de solutions inclusives aux problèmes que rencontrent les membres d’une communauté.

Nous suggérons d’ailleurs depuis plusieurs années au Cameroun qu’un dialogue structuré par paliers soit institué pour permettre aux populations d’être écoutées là où elles se trouvent, dans ce qu’elles font et pour ce qu’elles sont. Le dialogue est une étape incontournable, voire un outil de prévention des conflits. Il permet d’identifier les signes précurseurs de tensions et d’agir en amont.

Que pourrait-on améliorer pour rendre ces dialogues plus efficaces au Cameroun ?
Au Cameroun, l’impression qui se dégage est que l’on ne communique pas pour se faire comprendre, mais pour dominer à défaut de convaincre. On s’épie au lieu de coopérer. Il suffit d’observer ce qui se déroule dans nos plateaux de télévision : ce qui est appelé débat apporte très peu d’idées et de connaissances aux téléspectateurs, les panélistes se livrant à des confrontations qui renforcent les clivages.
Il faudrait d’abord, au plan individuel, que les citoyens développent une volonté réelle de s’écouter, de se parler et de se comprendre en se débarrassant des préjugés. Il faudrait aussi rompre avec la négation de l’autre. La cohésion sociale suppose la reconnaissance, l’acceptation et la considération de l’autre, quels que soient ses besoins ou ses opinions.

Nous avons évoqué le dialogue structuré par paliers. Dans un contexte de décentralisation, il est encore rare de voir un chef de quartier mobiliser ses populations pour réfléchir collectivement aux infrastructures et aux priorités locales. Les conseillers municipaux et régionaux sont souvent peu visibles sur le terrain.

Les services chargés de l’animation communautaire manquent parfois de moyens ou de compétences. En somme, il faut reconnaître la place du dialogue et le systématiser dans les approches d’interaction sociale, tout en renforçant le fonctionnement des institutions dont le mandat s’apparente à l’intermédiation.

Comment voyez-vous l’avenir du dialogue intercommunautaire au Cameroun ?
L’institutionnalisation des comités de quartier et de village augure d’un espoir pour le dialogue communautaire. Ce sont des structures garantes de la démocratie participative, qui jouent un rôle d’interface entre les citoyens et les élus locaux pour améliorer le cadre de vie, débattre des projets collectifs et renforcer le lien social.

Ces comités s’ajoutent aux associations pour offrir des espaces de concertation. Toutefois, leur fragilité liée au manque de ressources ou de compétences peut affecter l’effectivité et l’efficacité de leur action.

Comment impliquer davantage les jeunes et les femmes dans ces discussions ?
La meilleure démarche consiste à responsabiliser les jeunes et les femmes. Les jeunes sont fortement influencés par leurs pairs : il suffit qu’ils voient leurs semblables jouer un rôle actif pour que leur engagement s’accroisse. Il en est de même des femmes, dont il convient de valoriser la visibilité et les modèles de référence.

Une fois présents dans les espaces de discussion, il faut assurer une animation innovante qui permette aux jeunes d’exprimer leur créativité, tout en garantissant la sécurité et, si nécessaire, l’anonymat de leurs prises de parole. Dans certaines localités, des jeunes hésitaient à s’exprimer devant leurs aînés par crainte de représailles sociales.

Il ne faut pas sous-estimer l’apport du numérique dans l’animation du dialogue communautaire. Les outils digitaux permettent d’atteindre les jeunes là où ils se trouvent et d’utiliser des formats qui leur sont familiers.
Des études ont montré que plusieurs facteurs freinent leur participation, notamment le déficit d’information, la peur des institutions, la qualité de l’accueil ou l’absence de mécanismes de retour d’information. La préparation des jeunes à l’engagement citoyen demeure donc essentielle.

Quel rôle devraient jouer les autorités locales, les ONG ou les partenaires internationaux dans le dialogue communautaire?
Globalement, les autorités locales, les associations, les ONG et les partenaires internationaux sont des facilitateurs du dialogue communautaire. Leur action peut intervenir dans le renforcement des capacités locales dans une perspective de subsidiarité.

Les autorités devraient garantir la sécurité des espaces de dialogue, accompagner la mise en œuvre des conclusions et veiller à l’inclusivité, afin que la voix des personnes vulnérables et marginalisées soit prise en compte. Les organisations peuvent également jouer un rôle de relais en portant les recommandations issues des concertations auprès des institutions compétentes et en accompagnant les communautés dans leurs démarches.

Propos recueillis par JRMA

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