Cette grande famille Ewondo de Yaoundé se réunit en congrès le 19 mars 2026, dans un contexte marqué par l’absence d’un chef sur le trône ancestral.

La communauté Mvog-Ebanda est en effervescence. Le 19 mars prochain, elle tient son traditionnel congrès annuel en vue de consolider la cohésion sociale au sein de cette grande famille. Les dimanches sont dorénavant mis à part, en vue de la préparation de cette rencontre générale qui se tiendra à Ngoulemakong dans le cinquième arrondissement de Yaoundé. Toute la lignée de Ebanda Adjongo (meneur des foules durant la traversée mythique de la Sanaga) sera représentée à ce grand conclave au travers notamment de ses fils OmbeMba, BessalaEba, BassoEba, et MasongEba. Ils viendront ainsi de Nkolmesseng, de Ngoulemakong (Eleveur), de Kondengui, d’Ahala, des encablures de Mbalmayo, d’Akono, de Nanga et Boko, d’Ebolowa, de Kribi, de Soa, entre autres.
Le congrès de 2026 porte des espoirs divers. Car au-delà des questions de développement, de codifications culturelles et de fonctionnement de la communauté; l’évènement représente l’occasion idoine de résoudre définitivement les tensions autour de la chefferie. Les temps sont en effet troubles depuis plus de cinq ans au sein de la communauté Mvog-Ebanda de Yaoundé. La chefferie coutumière est restée sans chef depuis le décès du patriarche Essomba Abanda Joachim le 27 mars 2020. Et pour polariser davantage les tensions, une querelle de leadership divise l’opinion au sein du groupe, empêchant la succession au trône. « Dans nos familles Eba Me Soa et Mvele qu’on appelle les Mvog-Nkolo, ils ont deux bâtonniers : un Eba Me Soa, un Mvelle. Quand un Eba Me Soa est coincé, il faut qu’un Mvele vienne à son secours.
Chez nous ici on n’a pas ça, on a un seul bâtonnier qui était papa. Nous avons un problème c’est que papa m’a laissé sa canne, il m’a laissé sa lance et le chasse-mouche qu’on lui a donné le jour de son intronisation. Il m’a dit que ce sont les Mvog-Ebanda qui viendront faire sortir sa canne. Et il n’y pas quelqu’un d’autre qui viendra la faire sortit si ce n’est moi. Quand papa décède, je pouvais parler à son deuil mais en Beti on dit que la machette n’arrange pas sa manche. Un frère a parlé au deuil de papa. On a fait les obsèques de papa. On a fait les conciliabules selon la tradition, quand nous sortons, tous les patriarches Mvog-Ebanda se sont regroupés autour de moi, ils ont levé leurs cannes sur moi. Il fallait seulement que le frère qui était le meneur ce jour-là demande qu’on fasse sortir la canne pour me remettre officiellement. Il a dit qu’il va programmer cela. Maintenant, ce n’est plus ça. Il dit qu’il a causé avec papa et que papa l’a choisi comme successeur. Donc depuis là les Mvog-Ebanda de Yaoundé n’ont pas de chef », raconte Conrad Emmanuel Yene Essomba fils du patriarche Essomba, de regrettée mémoire. Ce dernier entend poser le problème sur la table des débats en vue de sa résolution définitive. « Je voudrais demander à ce frère qu’il dise devant tous les Mvog-Ebanda les sujets dont il a discuté avec papa avant sa mort. Et nous allons faire table rase de ce problème une fois pour toute». Déclare Conrad Emmanuel Yene Essomba
De quoi ouvrir des perspectives heureuses pour la communauté restée sans leader ces dernières années. Ce qui permettra par ailleurs d’honorer les dernières volontés du patriarche jadis porté à cette fonction, en succession de feu Sa majesté Laurent Mballa; sur plébiscite de sa communauté. «C’est l’Abbé Jean Edougou qui avait demandé qu’on désigne un successeur et tous les Mvog-Ebanda se sont réunis pour désigner un bâtonnier chez qui ils pourraient se réunir à chaque fois pour tenir des assises. Un de nos papas a demandé si on pouvait choisir une personne qui est jeune et les autres patriarches ont répondu par l’affirmative à la condition que ce soit une personne courageuse et qui a un franc-parler. Or papa qui était le secrétaire de l’ancien bâtonnier avait un franc-parler. Papa étant déjà mis au courant que son nom était cité, a refusé et il s’est enfui, il est rentré chez lui pour se cacher. Il y a eu ce jour des candidats mais rien. Mgr Athanase Mballa a envoyé chercher papa pour qu’il soit intronisé chef supérieur. Les gens sont arrivés, on a voulu porter parce qu’un chef ne marche pas. Papa a refusé Mgr Athanase Mballa et l’Abbé Jean Etoungou l’ont convaincu de laisser faire. Voilà comment papa a été intronisé et une semaine après mon dernier petit frère est né. Papa lui a donné le nom de son beau-père, mais Mgr Balla a refusé et on lui a sonné le nom de notre ancêtre Ebanda Adjongo », se souvient Conrad Emmanuel Yene Essomba
Louise Nsana