Le pays d’Alassane Dramane Ouattara est appelé à jouer un rôle central dans la mise en œuvre de l’Institut Monétaire Africain. Sa participation stratégique pourrait transformer la souveraineté financière du continent et renforcer le poids de l’Afrique dans l’économie mondiale.

L’Afrique se trouve à un tournant historique dans la construction de son autonomie financière. La création de l’Institut Monétaire Africain (IMA), projet phare de l’Association des Banques Centrales Africaines (Abca), illustre la volonté de transformer l’espace monétaire continental et de réduire la dépendance historique vis-à-vis des monnaies étrangères. Présenté comme le précurseur de la future Banque Centrale Africaine, l’IMA est conçu pour harmoniser les politiques macroéconomiques, fluidifier les paiements intra-africains et établir des cadres réglementaires cohérents pour l’ensemble des régions. Ce chantier stratégique, soutenu par l’Union Africaine et la Banque Africaine de Développement (BAD), positionne l’Afrique sur la voie d’une souveraineté financière capable de renforcer sa résilience face aux chocs mondiaux.
Le 18 février 2026, le Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, Dr Beugré Mambé, a accordé une audience au Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui également Président de l’Abca, en marge des travaux de la BAD sur la Nouvelle Architecture Financière Africaine (Nafa). Cette rencontre a été l’occasion de solliciter le soutien politique et diplomatique de la Côte d’Ivoire, pilier de l’UEMOA et poids lourd de la CEDEAO, pour accélérer la mise en œuvre de l’IMA. Selon le Gouverneur, le pays joue un rôle central dans la construction de la future architecture monétaire, grâce à son dynamisme économique et à son influence régionale, faisant de sa participation un levier stratégique pour la réussite du projet.
L’IMA vise une convergence macroéconomique durable entre les différentes zones monétaires africaines, unifier les systèmes de paiement et favoriser le commerce intra-africain. Dans ce cadre, l’interopérabilité financière constitue un enjeu majeur : elle permet non seulement de réduire les coûts des transactions transfrontalières, mais aussi de renforcer l’autonomie des États africains face aux pressions externes. En parallèle, la mise en place d’un cadre réglementaire harmonisé doit assurer la stabilité des institutions financières, prévenir les crises et faciliter l’investissement privé, national et étranger, au bénéfice du développement économique du continent.
L’ambition de l’IMA dépasse la simple consolidation technique : il s’agit de créer un instrument politique capable d’équilibrer les rapports de force régionaux, de renforcer l’intégration africaine et de limiter l’influence des monnaies étrangères sur la croissance du continent. La réussite de ce projet dépendra donc de la coordination des États, de l’adhésion des banques centrales et de la mise en œuvre efficace de mesures concrètes. La Côte d’Ivoire, en soutenant activement ce chantier, apparaît comme un acteur pivot, capable de peser sur l’orientation stratégique et l’agenda financier continental.
En toile de fond, la souveraineté financière de l’Afrique est étroitement liée à sa capacité à créer des institutions crédibles et intégrées. Le IMA représente un laboratoire d’innovation où convergent expertise technique, vision politique et diplomatie régionale. La Banque Centrale Africaine, future émanation de ce projet, pourrait transformer l’échiquier économique mondial en offrant au continent une voix unifiée sur les questions monétaires, limitant ainsi la vulnérabilité face aux crises financières internationales et aux fluctuations des devises.
Dans ce contexte, l’avenir financier de l’Afrique repose sur trois piliers : institutions solides, intégration monétaire régionale et leadership stratégique des pays moteurs comme la Côte d’Ivoire. La mise en œuvre de l’IMA et de la Nafa illustre une ambition continentale claire : transformer l’autonomie financière en instrument de puissance économique, renforcer la résilience face aux chocs mondiaux et donner à l’Afrique les moyens de peser durablement dans la géopolitique monétaire mondiale.






