Que l’on soit en milieu Fang-beti, ou que l’on se retrouve dans les localités enclavées de la région de l’Est ou dans la zone côtière du Littoral, Les rites de purification en appellent à une disposition d’esprit et une pureté de cœur. Lesquels sont les préalables à l’accomplissement d’une bénédiction.

Dimanche, 8 février 2026, les rayons de soleil projettent une douce chaleur sur la foule rassemblée sur le site du Monument de la Réunification à Yaoundé. Les tenues d’apparat arborées signalent la particularité de l’évènement qui y a cours: un rassemblement ethnique. Celui du peuple Ekang. Assis sous des tentes, des guides spirituels, des chefs traditionnels, les populations, une foule d’invités issues d’autres communautés et des touristes, commémorent la mythique épopée des traversées de la Sanaga par les Ekang.
Ici, les regards convergent vers un seul point, à partir duquel l’on a vue sur un groupe de zomloa (guides spirituels chez les Ekang). Ces deniers, pieds nus, s’affairent à reproduire la scène de la traversée. La mise en scène mêle imaginaire et rituel de purification. Feu, encens et pas rythmés sous la cadence de l’Essani (danse patrimoniale) sont de ce fait de mise. «On a fait un rite. C’est-à-dire qu’on a allumé un feu. L’homme Beti sait que le feu purifie, illumine, brûle et détruit. Ce feu n’en est pas un simple. Il est obtenu à partir d’une composition de bois dont les vertus étaient maitrisées par les ancêtres. On utilise plusieurs types d’encens car il faut purifier le lieu qui doit nous rassembler. Nous sommes dans un lieu public et nous ne savons pas ce qu’ont laissé les gens qui sont passés avant nous. Et donc, nous purifions d’abord les lieux parce que nous ne pouvons appeler les ancêtres dans un lieu indigne d’eux. Lorsque nous l’avons fait, nous les appelons donc au son du tam-tam», explique Sa Dignité Ombédé Ngah.
Les actes sont posés sans extravagance. Une version simplifiée de purification qui peut prendre des formes variées en fonction des rites, des situations et des communautés. Toutefois chaque geste, chaque élément porte en lui sa charge symbolique. «La fumée qui s’élève est le fruit de la combustion vive des écorces, elle est différente de la combustion lente qui se produit en l’homme, lui permettant de dégager de la chaleur. La fumée emporte donc tout ce que nous avons mis dedans vers la nature. Et nous-mêmes nous entrons en communion avec la nature par élévation spirituelle. Que vous soyez Ekang des Etats-Unis, où que vous vous trouviez dans le monde, vous entrez en communion avec nous par le moyen de la foi. Et là chacun peut recevoir sa guérison et sa purification», indique Sa Dignité Essama Minkoulou.
La parole pour protéger et libérer
Les rites de purification sont pratiqués dans des cadres restreints en faveur des personnes ou des communautés ethniques du Cameroun. Des guides spirituels y font aussi recours dans le cadre de manifestations publiques multiculturelles. Dans ces cas, la logique associe la communauté hôte à ce devoir spirituel de guérison, de protection, et de restauration. «Des gens viennent de plusieurs horizons, avec des problèmes multiformes. Mais l’objectif c’est d’avoir la guérison. C’est pourquoi vous voyez des zomloa qui viennent presque de partout parce qu’ici, il s’agit d’interpeller nos ancêtres pour se joindre à nous pour que nous parlions d’une même parole, pour un même but: la guérison. Il est donc nécessaire que nous entrions d’abord dans une communion de cœurs, d’esprit et d’âme. Dans cette union, quelque soit la provenance de ceux qui viennent à travers le monde, c’est avec la foi que l’on parvient à la guérison et la protection», indique M. Essama Minkoulou.
La foi. Elle se nourrit ici de la parole de bénédiction prononcée pendant le rite de purification. Elle en parait d’ailleurs comme un préalable à l’accomplissement. «Premièrement, vous vous remettez en position d’être humain pour témoigner qu’il y a un être suprême, le créateur. Vous reconnaissez qu’il est pur et qu’en vous il y a des impuretés. En présentant votre imperfection, vous reconnaissez que vous êtes sa créature et de là, vous demandez pardon. Là, l’être suprême éprouve de l’affection envers vous et il accepte le pardon. Dès ce moment, vous recevez donc de lui le pouvoir de la parole, de donner, de bénir, de purifier, de donner des conseils, de quitter de l’état animal pour vous élever à l’état spirituel pour communiquer avec les vivants et les morts; parce que vous devenez un vecteur de la parole», ajoute le Zomloa.
La révérence comme gage
L’évocation ici faite à la foi est bien maitrisée au sein de la communauté Koh Zimé présente dans les régions De l’Est, du Sud et du Centre. Ici, les pensées, les postures et les actes des bénéficiaires des rites de purification doivent converger vers une révérence envers les divinités. «La première étape avant d’entrer dans la forêt sacrée c’est de se laver les mains et le visage avec des potions que les dieux ont indiqué pour ôter les souillures et être pur ; Ensuite, il faut libérer son coeur du doute. Si cela n’est pas fait, tu vas rentrer vide comme tu es venu. Ne viens pas avec les critiques sinon les ancêtres vont même prendre le peu que tu avais avant. Ne viens pas tenter les ancêtres parce qu’ils peuvent même te détruire et en rentrant, tu n’es plus toi-même parce qu’ils auront retiré quelque chose de bien en toi. Tenter les ancêtres c’est dire par exemple, je vais là-bas pour voir si les choses-là sont vraies. Ou bien venir avec son ventre rempli de sorcellerie et essayer d’utiliser cela pour voir les ancêtres. Si tu n’es pas choisi, tu ne peux pas voir les ancêtres même si tu es sorcier», renseigne la reine des forêts Kol Eloh, Moan Tessa.
Elle ajoute : «Quand les ancêtres veulent déjà vous bénir. Venez devant eux étant bien saints ; c’est-à-dire ne pas faire de rapports sexuels la veille au soir ou s’assurer de prendre son bain avant de faire le rite de purification. Les ancêtres vont te recevoir et tu vas rentrer de là rempli de bénédictions. Si tu viens avec un cœur pur, les ancêtres vont te bénir, ils vont tout te donner. Et avant d’entrer, il y a une offrande que tu donnes parce ce que c’est le moyen d’honorer tes ancêtres. Ils sont assis là, ils regardent et ils agréent ceux qui les honorent et qui ont un cœur pur».
Louise Nsana






