Des experts le considèrent pourtant comme un moteur d’emplois et d’investissements durables.

Le bio n’est plus une mode de marché, c’est désormais une stratégie sérieuse de développement, d’emplois et d’investissement. C’est le message fort qui s’est dégagé de la conférence de presse conjointe du Pôle de connaissances pour l’agriculture biologique et l’agroécologie en Afrique centrale (PCAC) et du Conseil économique et social (CES), organisée le 9 février 2026 au Centre Jean XXIII de Mvolyé à Yaoundé. Experts, opérateurs économiques, journalistes et institutions publiques se sont retrouvés autour d’une même conviction: l’agriculture biologique est sortie du folklore vert pour entrer dans l’économie réelle. Ici, pas de discours décoratifs, mais des données concrètes, des résultats mesurables et une vision structurée de l’avenir agricole camerounais.
Dr Jean-Blaise Kenmogne, coordonnateur du Pcac, a posé les bases avec un bilan qui impose le respect: 83 produits de connaissances collectés, validés et diffusés, 1388 multiplicateurs de savoir formés, dont 666 femmes leaders. Autrement dit, le savoir circule, se transforme et produit de l’impact. Les exploitations agricoles changent de visage, quittent le simple statut de subsistance pour devenir de véritables entreprises durables. Le bio enlève ainsi sa tenue artisanale pour enfiler le costume d’acteur économique crédible. Soutenu par la coopération allemande et la GIZ à travers le KCOA, le PCAC s’inscrit désormais dans une dynamique continentale où sécurité alimentaire et lutte contre le changement climatique deviennent des politiques concrètes et non plus de simples slogans institutionnels.
Mais le cœur du message est ailleurs: le bio est une fabrique d’emplois et d’investissements. Intrants biologiques, transformation, conditionnement, certification, distribution, commerce local et export: la chaîne de valeur est complète et les opportunités sont nombreuses. Des milliers d’emplois potentiels se dessinent, notamment pour les jeunes et les femmes. Ici, l’économie verte ne relève pas du rêve écologique, mais d’un marché structuré, rentable et stratégique. Même les plus sceptiques ont compris que le bio, ce n’est pas seulement manger sain, c’est aussi investir intelligemment.
Zacharie Ngoumbe, secrétaire général du CES, a rappelé que cette dynamique repose sur une complémentarité institutionnelle bien huilée: la Chambre d’Agriculture pour l’accompagnement des producteurs, Chambre de Commerce pour la structuration des marchés, le Ces pour l’orientation des politiques publiques. Chacun joue sa partition dans une symphonie où l’agriculture biologique devient un moteur économique.
Médias et opérateurs économiques ont enfin été appelés à devenir les relais pédagogiques du secteur. Car sans visibilité, même le meilleur bio reste invisible. À Yaoundé, le message est clair: investir dans le bio, c’est investir dans la vie, la santé, l’emploi et l’avenir. Et cette fois, le développement durable ne se contente plus de discours: il commence à parler économie réelle.
Rémy Biniou






