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Commission de la Cemac : les voyants passent du vert au rouge en quelques semaines

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Baltasar Engonga Edjo'o : les caisses de la Commission de la Cemac sont vides.

Le ton est passé des promesses triomphantes de Nouvel An au service minimum, révélant une gouvernance financière chaotique et une intégration régionale suspendue aux caprices des budgets et des recommandations internationales.

Baltasar Engonga Edjo’o : les caisses de la Commission de la Cemac sont vides.

En ce début d’année 2026, le message du président de la Commission de la Cemac avait rassuré : tous les voyants étaient au vert pour la bonne mise en œuvre des projets communautaires. Quelques semaines seulement après, le ton a changé. La Cemac fonctionne désormais en service minimum, une situation qui alerte sur une crise structurelle profonde. Derrière cette décision se cachent des désordres financiers chroniques, des contraintes budgétaires persistantes et une dépendance forte aux contributions des États membres.

1- Le spectacle a remplacé la gouvernance
La Commission de la Cemac traverse une crise sans précédent. La suspension brutale de toutes ses activités par son président, Baltasar Engonga Edjo’o, a jeté un pavé dans la mare communautaire. Officiellement motivée par des difficultés financières, cette décision apparaît surtout comme le révélateur d’une incapacité chronique à gérer la moindre crise interne. « C’est une décision qui en dit long sur le manque de planification et de dialogue », confie un responsable de la Commission sous couvert d’anonymat.

Depuis son arrivée, la gouvernance de l’institution s’apparente à un chantier perpétuel de décisions controversées et de gestion opaque. La réhabilitation du siège du Parlement communautaire à Malabo en est l’exemple frappant : plus de 1,3 milliard de FCFA dépensés, alors que le budget initial ne dépassait pas 200 millions. « Aucune facture officielle n’a été produite, et personne n’ose demander des comptes », affirme un expert communautaire. Cet écart vertigineux traduit des pratiques financières douteuses et une absence totale de contrôle, mettant à nu une gestion des fonds publics sans rigueur ni transparence.
À cette opacité s’ajoutent des recrutements massifs et controversés. En moins de deux ans, plus de quarante personnes ont été embauchées, dont deux enfants du président et une proche collaboratrice ayant facilité l’emploi de membres de sa famille. « La masse salariale a explosé, mais personne ne contrôle ces décisions », note un observateur. Ces nominations, souvent sans profil adapté, illustrent l’incapacité flagrante à appliquer les textes et procédures en vigueur.

Les missions et déplacements officiels contribuent également à alourdir les dépenses. Des réunions statutaires se transforment en missions internationales à plusieurs dizaines de millions de FCFA, sans réelle justification ni résultat tangible. La suspension des activités n’apparaît plus comme une mesure de gestion rationnelle, mais comme le symptôme d’une direction incapable de maîtriser ses propres dépenses.

Face à ce tableau, une question s’impose : Baltasar Engonga Edjo’o est-il à la hauteur pour continuer à diriger la Commission de la CEMAC? « Sa gestion risque de discréditer tout le pays et l’institution », avertit un analyste sous anonymat. Au-delà des dysfonctionnements institutionnels, c’est la réputation de la Guinée équatoriale qui se trouve désormais entachée.

Il est urgent que la Guinée équatoriale envisage un remplaçant capable de restaurer la confiance dans l’institution. La CEMAC ne peut rester paralysée par un président qui choisit le spectacle et la suspension plutôt que responsabilité, dialogue et transparence. La crédibilité et l’avenir de la Communauté dépendent désormais de décisions courageuses et d’un leadership capable de sortir l’institution de cette gestion catastrophique.

Brazza
Les révélations du sommet de Brazzaville, tenu le 22 janvier, éclairent ce retournement rapide. Pr Belinga Zambo, politologue et analyste en géostratégie, explique : « Au cours de ces assises, le FMI a suggéré à la Commission de se mettre en retrait et de privilégier le déploiement du Pref-Cemac ». Traduction : priorité à l’outil financier intégré et mode pilote automatique pour le reste. Les bureaux continuent d’exister, mais les projets… eux, font la sieste. La prudence imposée par le FMI ralentit le rythme des initiatives et transforme le fonctionnement administratif en une gestion au compte-gouttes, « compte- tenu des dérives managériales constatées et imputées à la présidence de la Commission ».

2-TCI
Les budgets existent sur le papier, mais leur mise en œuvre ressemble à une danse au ralenti. Le non-recouvrement régulier de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), pilier du financement institutionnel, reste un symptôme clé. Budgets votés mais ressources absentes, projets gelés, programmes suspendus : la Cemac fonctionne plus comme une administration en sursis que comme un moteur d’intégration régionale. « Le problème de la Cemac n’est pas l’absence d’outils financiers, mais l’absence de discipline collective dans leur application », analyse Pr Bernard Doumbélé, expert centrafricain en finances publiques régionales. Selon lui, la structure est souple sur le papier mais rigide dans la réalité, incapable de transformer les promesses en actions concrètes. La Gabonaise Mireille Ndzianga abonde : « L’architecture financière est incohérente, dépendante des États et politiquement vulnérable ». On pourrait presque imaginer que le budget de la Cemac pratique le yoga : flexible, souple… mais jamais stable.

Cette situation révèle que l’intégration en Afrique centrale reste largement tributaire des contraintes financières externes. Les ambitions sont fortes, les traités signés, mais les moyens suivent rarement au rythme annoncé. La Cemac apparaît alors comme une institution qui danse à vide, où la comédie bureaucratique se déroule entre les colonnes budgétaires et les recommandations internationales. Pour le personnel et les observateurs, ce retrait stratégique, bien que pragmatique, équivaut à une mise en sommeil : programmes suspendus, projets gelés, retards de paiement et démobilisation du personnel.
Les effets sont visibles à l’international. La Cemac perd de la crédibilité auprès des partenaires, tandis que les États membres peinent à convaincre qu’ils portent véritablement la cause de l’intégration. Comme le souligne Pr Belinga Zambo, ce recul n’est pas catastrophique mais illustre une réalité incontournable : l’action communautaire reste subordonnée aux équilibres financiers et aux recommandations des institutions internationales. En quelques semaines, les voyants passent du vert au rouge, mais la danse bureaucratique continue, avec humour noir pour ceux qui observent cette comédie administrative.

Ainsi, la crise de la Cemac est loin d’être conjoncturelle. Elle est structurelle, systémique et liée à une gouvernance financière instable, fragmentée et dépendante des volontés nationales et internationales. Tant que la discipline budgétaire ne sera pas renforcée et que la Commission restera sous perfusion externe, toute réforme institutionnelle restera cosmétique. L’intégration régionale de l’Afrique centrale n’avance pas faute de volonté politique, mais faute de cohérence financière et de leadership collectif assumé. La Cemac survit, mais à quel prix ? Les voyants rouges clignotent, tandis que la danse bureaucratique continue, suspendue entre ambition et réalité.

Ongoung Zong Bella

La paralysie qui fragilise l’Afrique centrale sur la scène régionale

La mise en service minimum de la Cemac ne se limite pas à un simple dysfonctionnement administratif. Elle révèle une fragilité structurelle qui affaiblit la capacité des États membres à parler d’une seule voix sur la scène régionale et internationale.

Alors que d’autres communautés économiques africaines, comme la CEDEAO ou la SADC, renforcent leur intégration et leur influence diplomatique, l’Afrique centrale apparaît comme un bloc dispersé, incapable de coordonner des réponses rapides aux crises politiques, sécuritaires ou économiques. L’image internationale de la CEMAC en souffre : ses partenaires et investisseurs potentiels perçoivent une organisation lente, fragile et peu capable d’exercer un leadership crédible.

Pour l’internationaliste camerounais Patrick Ndjeng, « cette paralysie institutionnelle réduit la capacité de négociation collective des États membres. La Cemac n’est plus un bloc stratégique mais un ensemble d’intérêts dispersés, ce qui affaiblit son poids dans les discussions régionales et internationales ». Même analyse chez l’analyste Prudence Kefgang: « La dépendance aux financements extérieurs et aux recommandations d’organismes comme le FMI limite l’autonomie stratégique des États membres. Les décisions cruciales sont désormais filtrées par des contraintes externes, et non par une vision régionale partagée ».

Cette situation a des implications géopolitiques concrètes. La sous-région peine à définir une politique économique commune, à coordonner des positions sur les crises sécuritaires ou à conclure des accords internationaux stratégiques. Les projets communautaires stagnent, et la perception d’une intégration faible dissuade investisseurs et partenaires internationaux, alors que la crédibilité et la cohésion sont des facteurs déterminants pour attirer des financements ou négocier des partenariats équilibrés.

Le commentaire des experts converge : tant que la Cemac restera dépendante des financements externes et incapable de gérer ses propres mécanismes, la région continuera d’être perçue comme un espace fragmenté. L’intégration, annoncée depuis des décennies, se heurte à la réalité de gouvernances nationales divergentes et à des institutions affaiblies par le retard des projets et la lenteur bureaucratique. Pour l’Afrique centrale, le service minimum de la Cemac ne signifie pas seulement inefficacité administrative : il traduit une perte de poids stratégique et une fragilité diplomatique préoccupante, avec des conséquences directes sur la souveraineté régionale et la capacité d’influence sur le continent.

Pour autant, plusieurs experts régionaux soulignent que la fusion Cemac-CEEAC représente toujours une opportunité stratégique majeure. « Même si les institutions actuelles montrent des faiblesses, l’intégration plus large permettrait de créer un marché commun plus vaste et de renforcer le poids diplomatique de l’Afrique centrale », explique un analyste économique sous couvert d’anonymat. Selon lui, une coordination harmonisée des politiques monétaires et commerciales pourrait stimuler l’investissement et renforcer la compétitivité de la sous-région. Prudence Kefgang ajoute : « La fusion Cemac-CEEAC reste une belle opportunité : elle peut transformer les divergences actuelles en force collective, si elle est pilotée par un leadership compétent et transparent ». Ces avis montrent que, malgré la crise, l’intégration régionale n’est pas une chimère : elle demeure un levier essentiel pour la souveraineté, le développement économique et l’influence diplomatique de l’Afrique centrale.

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