L’élu local d’origine camerounaise s’appuie son constat sur les réussites professionnelles et l’organisation associative et solidaire de ses compatriotes à Bordeaux.

Pouvez-vous nous présenter la communauté camerounaise de Bordeaux (effectifs, profil et évolution de la communauté?
La Communauté Camerounaise de Bordeaux, si l’on prend la ville de Bordeaux et son agglomération, c’est-à-dire les parties communes, on est très approximativement autour de 3500 ressortissants de nationalité camerounaise et/ou française. Etant entendu bien sûr qu’on n’y intègre pas nécessairement les personnes âgées de moins de 18 ans qui échappent à ce nombre de statistiques ou d’autres catégories qui se fondent dans la nationalité française. Ce sont des profils extrêmement riches et divers avec une prévalence de la gente féminine. Il y a une féminisation de la communauté camerounaise ces dix dernières années qui est liée au fait que les personnes de sexe féminin arrivent soit pour des raisons de formation ou de mariage et elles repartent moins que les hommes ailleurs ou au Cameroun, donc une sédentarisation plus forte des femmes camerounaises. Je disais que c’est une communauté aux profils extrêmement riches, des étudiants encore bien sûr, plus ou moins structurés dans le cadre de l’association des étudiants camerounais qui continue à exister, également des personnes de toute catégorie professionnelle. On a moins de cadres dans l’administration publique, il y en a quand même, mais beaucoup plus de professions libérales: médecins, avocats, chirurgiens dentistes, infirmiers, sages-femmes, dans le domaine de la santé, le domaine du droit et des métiers du juridique, et puis beaucoup dans le domaine des métiers de la sécurité, sécurité privée essentiellement, et également dans l’enseignement et la recherche scientifique. Nous avons aussi des profils dans les métiers du social et de la solidarité, aide à domicile, accompagnement administratif et social. Quelques acteurs dans la vie publique, j’ai moi-même des collègues qui sont impliqués en tant qu’élus dans différentes communes. Nous sommes environ cinq élus d’origine camerounaise, moi-même sur la ville de Bordeaux, un élu sur la ville de Bouliac, qui est une commune de la métropole bordelaise, un élu dans la ville de Gradignan, qui est une des communes de l’agglomération bordelaise, un élu également à Pompignac, situé dans la Gironde. Autant d’engagement sur la scène publique. Il est souhaitable que pour les prochaines élections municipales, beaucoup d’autres compagnons s’engagent.
Comment décrivez-vous les niveaux d’intégration sociale des Camerounais à Bordeaux ?
On peut dire que c’est une intégration sociale plutôt réussie, à la lumière des éléments précédents. On connaît bien sûr des difficultés. Il y a évidemment des difficultés liées à un certain nombre de profils, notamment les difficultés des jeunes avec parfois peu de moyens. En grosso modo, on peut dire que parmi toutes les communautés d’origine étrangère, à Bordeaux, la communauté camerounaise est une communauté qui réussit le mieux son intégration sociale et professionnelle. Donc c’est une communauté dynamique, une communauté active, une communauté bien sûr qui face à des problèmes de toute communauté en situation d’immigration, mais grosso modo une communauté qui s’emploie à bien réussir son intégration sociale. Ce d’autant plus que cette communauté est organisée.
Existe-t-il une organisation qui régit les interactions sociales entre les Camerounais de Bordeaux, comment se présente-t-elle ?
Oui en effet, cette communauté camerounaise depuis plusieurs décennies a la particularité d’être très organisée. Tout d’abord, il y a une organisation qui est l’Association des étudiants et stagiaires camerounais de Bordeaux. Cette une très ancienne association qui perdure tant bien que mal, mais qui est là, avec des bénévoles qui s’activent à la faire vivre. Il y a au dessus des étudiants une association qui fédère plusieurs associations, y compris à l’échelle de la région Nouvelle Aquitaine qui va au delà même de la ville de Bordeaux. C’est la Communauté camerounaise de Bordeaux Nouvelle-Aquitaine (CCB) qui qui fédère une trentaine d’associations. Lesquelles associations donc se répartissent davantage en association et ethno-régional: l’Association culturelle des Bamilléké (ACPA). L’Association des Bassa (Mpôo), l’Association des Sawa (Mbôa Sawa), l’Association des Beti (Nkul Beti), l’Association des ressortissants de la région de l’Est, etc. A à l’intérieur même de ces associations ethno régionales camerounaises, il y a des sous-groupes. Et puis il y a d’autres regroupements de type sportif, avec les rendez-vous du dimanche. Donc autant de structurationq de la communauté qui permettent des interactions positive.
Vous êtes actuellement engagé dans les élections municipales à Bordeaux, quel soutien recevez-vous de vos compatriotes camerounais ?
Évidemment je suis accomapagné dans la vie politique bordelaise depuis plus de deux décennies. Je mène les débats dans la vie politique bordelaise aux côtés d’Alain Juppé et ses collègues Nicolas Florian. Et dans toutes ces batailles électorales. J’ai toujours reçu le soutien de mes compatriotes camerounais, avec évidemment des intensités variables parfois dues aux difficulties de mobilisation des communautés, diaspora en général. Et je dois dire que dès l’entame de cette élection municipale, même lorsque j’étais moi-même principalement candidat. J’ai toujours eu autour de moi des soutiens de cette communauté, partant des plus jeunes aux plus anciens.
dans le cadre de ce soutien, bien sûr, il y a bien sûr un soutien affectif.
Votre engagement politique a-t-il été porteur de sens pour cette communauté, en termes d’impact positif sur son intégration sociale et économique?
Oui, bien sûr. Je pense que les compatriotes se reconnaissent dans mon engagement politique, au sens où ils s’identifient à un compatriote qui exerce des responsabilités. Et bien sûr que symboliquement déjà, cela facilite leur intégration, puisque il m’arrive d’entendre des gens me dire Ah, on a rencontré un de vos compatriotes qui est fier que vous soyez à la mairie, qui vous connaît, qui aimerait avoir de vos nouvelles… Voilà, tout cela est symboliquement très fort. Et plus concrètement, le responsable politique que je suis est chaque jour sollicité sur l’accompagnement administrative, social, professionnel. On peut dire effectivement que même si on est au service de tous les Bordelais, on a toujours une sensibilité plus ou moins diffuse pour les personnes qui pensent s’identifier à vous; et donc cela parfois incite à une forte mobilisation, même si on doit toujours garder dans l’esprit le service public, le service pour l’intérêt général, sans discrimination liée à l’origine.
Quels sont les défis de vie des Camerounais dans une société française très modernisée ?
Eh bien, je pense que le premier défi, quand même, pour cette communauté, on a abordé les défis de l’intégration sociale, quand même réussie, pour cette communauté. Il va falloir s’occuper de l’intégration des jeunes de la diaspora camerounaise, à savoir accompagner leur parcours de réussite scolaire, professionnelle et puis aussi éviter que ces jeunes ne tombent dans la délinquance. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, ou en tout cas il y a des cas très mineurs. Mais c’est un vrai défi accompagner cette jeunesse qui est née à Bordeaux, qui grandit à Bordeaux, qui fait de Bordeaux également son horizon et en même temps faire en sorte que la réussite de cette jeunesse signifie la réussite de la présence camerounaise à Bordeaux et en France. De manière plus générale, je pense que les Camerounais continuer de s’approprier des valeurs républicaines qui font l’identité fondamentale de la société française; ne pas reproduire en France les fractures subjectives du Cameroun, donc rester très connecté au Cameroun ; aussi assumer une responsabilité diasporique qui permet de ne pas rompre les liens avec le pays d’origine. Donc avoir toujours le souci, même en étant en France, d’agir pour le Cameroun et pour l’Afrique. C’est quand même l’un des grands défis de vie des Camerounais de la société très modernisée. Adaptation aux valeurs et aux réalités républicaine et puis connexion constante avec le Cameroun et bien entendu privilégier les valeurs de travail, de compétences, se dépouiller de toutes les basses aspérités pour réunir à une pleine intégration républicaine, sociale, économique.
Que pensez-vous du refus des autorités camerounaises de reconnaitre la double nationalité au bénéfice de sa diaspora ?
S’agissant de la double nationalité au bénéfice de cette diaspora, si ma mémoire est bonne. La double nationalité fut déjà un engagement et une promesse du Président de la République en 2009 à Paris. J’étais moi-même à cette rencontre sous le message du Président de la République. Cette volonté a été répétée, confirmée par les différentes autorités. Il me semble qu’il n’y a pas de refus de principe, mais il est d’autant plus urgent de reconnaître cette double nationalité. Tant qu’on a par exemple quand même une situation curieuse par rapport à ce qui se pratique dans la quasi-totalité de l’Afrique, à quelques exceptions près. Je crois savoir qu’il y a un chantier pour cette perspective de reconnaissance de la double nationalité. A la fois au niveau de la représentation nationale camerounaise, au niveau même, semble-t-il, des tiroirs présidentiels. Donc, il me semble urgent de continuer d’abord ce plaidoyer. Je plaide dans ce sens ainsi que les compatriotes de la diaspora et les associations de la diaspora. Maintenant il faut aller vite, il faut passer de la volonté, de la proclamation, de la déclaration à l’acte et j’ose espérer que cette énergie s’ouvre; et qu’elle s’ouvre également très rapidement par cette reconnaissance juridique.
Interview menée par Louise Nsana






