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De l’arrogance médiatique à la sanction populaire

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Silver Konan et Arthur Banga

Arthur Banga et André Silver Konan ont longtemps occupé l’espace médiatique avec une assurance déconcertante, pour ne pas dire une arrogance et une insolence qui frisaient parfois le mépris.

Silver Konan et Arthur Banga

Chaque dimanche ou presque, ils étaient invités sur un plateau de télévision où ils se livraient, avec une régularité mécanique, à un exercice bien rodé: railler l’opposition ivoirienne, tourner en dérision l’Alliance des États du Sahel (AES) et ridiculiser les souverainistes africains. Leur ton péremptoire, leurs certitudes assénées comme des vérités absolues et leur posture de donneurs de leçons leur donnaient l’illusion d’être devenus incontournables, populaires, et surtout solidement installés dans les bonnes grâces du régime.

À force d’être applaudis sur les plateaux et encensés dans certains cercles, ils ont fini par croire à leur propre mythe. Ils se sont convaincus que la visibilité médiatique équivalait à une base populaire, que la proximité avec le pouvoir tenait lieu de légitimité politique. C’est ainsi qu’ils décidèrent de franchir le pas et de se présenter aux élections législatives: Arthur Banga à Aboisso, André Silver Konan à Bocanda. À leurs yeux, cette candidature allait de soi. Elle apparaissait comme la suite logique d’un parcours qu’ils pensaient ascendant et prometteur.

La réalité, cependant, s’est révélée brutale. Le verdict des urnes a été sans appel: personne n’a voté pour eux. Leur échec n’a pas seulement été une défaite électorale ; il a été une véritable claque politique et symbolique. Ils ont découvert, à leurs dépens, que l’exposition médiatique ne crée pas l’adhésion populaire, que le mépris affiché à l’égard des autres finit toujours par se retourner contre celui qui l’exhibe, et que l’on ne construit pas une crédibilité politique en se contentant de commenter, de moquer et de dénigrer.

La vérité est simple et cruelle: Arthur Banga et André Silver Konan ne pèsent rien politiquement, parce qu’ils ne créent rien. Ils n’ont ni enracinement local, ni bilan à défendre, ni projet mobilisateur. Ils ont confondu bruit et influence, agitation médiatique et travail politique de terrain. Or, les populations d’Aboisso comme celles de Bocanda ne se laissent pas séduire par des envolées télévisées ou par des sarcasmes bien placés. Elles attendent des actes, une présence, une écoute et des propositions concrètes pour améliorer leur quotidien.

Ironie du sort, ceux qui, hier encore, niaient ou minimisaient les dysfonctionnements du système électoral, se sont aujourd’hui découverts une âme de défenseurs de la démocratie. Désormais, Arthur Banga et André Silver Konan dénoncent les fraudes, l’achat des consciences et les manipulations électorales. Aujourd’hui, ils estiment que la démocratie ivoirienne est en danger. Mais avaient-ils vraiment besoin d’échouer lamentablement pour confirmer ce que d’autres dénonçaient depuis belle lurette ?

Lorsqu’ils étaient confortablement installés sur les plateaux de télévision, ils ne voyaient aucun problème. Tant que le système semblait les favoriser ou, du moins, leur offrir une tribune, il était acceptable, voire respectable. Mais dès lors qu’ils en sont devenus les victimes directes, les mêmes mécanismes qu’ils ignoraient ou justifiaient hier sont devenus soudainement inacceptables. Cette conversion tardive à la critique du système révèle moins une prise de conscience sincère qu’une profonde incohérence.

Cet épisode illustre une leçon politique fondamentale: on ne peut pas défendre un système quand il sert ses intérêts et le condamner lorsqu’il se retourne contre soi. La crédibilité politique exige une cohérence dans le temps, une capacité à défendre des principes même lorsqu’ils ne rapportent rien personnellement. En ce sens, l’échec d’Arthur Banga et d’André Silver Konan est aussi celui d’une posture opportuniste, faite de certitudes bruyantes et de fidélités conditionnelles.

Pour leurs suiveurs, cet épisode devrait être riche d’enseignements. Beaucoup ont cru, à travers eux, qu’il suffisait d’être adoubé par certains médias ou toléré par le pouvoir pour exister politiquement. Ils découvrent aujourd’hui que le peuple reste le juge ultime, et que son verdict peut être sévère lorsque l’arrogance remplace le travail et lorsque l’insolence tient lieu de programme.

Si l’humiliation subie lors des législatives peut conduire Arthur Banga et André Silver Konan à un peu plus d’humilité, alors cette défaite n’aura pas été totalement inutile. Elle pourrait leur rappeler que la politique n’est ni un spectacle ni un jeu d’ego, mais un engagement exigeant, qui suppose du respect pour les citoyens et pour l’intelligence collective. À défaut, l’Histoire se chargera, encore et toujours, de ramener les illusions à leur juste mesure.

Jean-Claude Djéréké

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