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Fermeture des importations au Gabon : effet domino sur l’aviculture en Afrique centrale

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À partir de janvier 2027, le Gabon ferme ses frontières au poulet importé.

La mesure, adoptée en Conseil des ministres en mai 2025, s’inscrit dans un plan plus large visant à réduire une dépendance chronique aux importations et à stimuler une filière avicole encore fragile mais porteuse de potentiel économique.

Aujourd’hui, le Gabon importe chaque année des dizaines de milliers de tonnes de poulet de chair, alors que sa production locale ne couvre qu’une fraction de la demande. Cette situation expose le pays à des chocs de prix internationaux et à une baisse de la sécurité alimentaire, des points régulièrement soulignés par les autorités.

Pour accompagner cette transition, Libreville a lancé des programmes de formation de 40 000 acteurs de la filière, ainsi que des financements ciblés pour moderniser les exploitations et améliorer la productivité.
Mais au‑delà des frontières gabonaises, cette réforme est scrutée avec attention par les économistes et les acteurs économiques d’Afrique centrale. Pour Jean‑Claude Mboula, économiste spécialiste des politiques agricoles en Afrique, « cette décision peut être une opportunité pour restructurer une filière longtemps marginalisée, mais elle doit être accompagnée d’un soutien fort aux petits producteurs pour éviter que les prix ne flambent et que les consommateurs les plus vulnérables ne soient pénalisés ».
Mboula note aussi que « dans un contexte régional, si le Gabon crée une demande pour le poulet produit localement, cela peut stimuler les chaînes de valeur régionales, mais seulement si les pays voisins, comme le Cameroun, renforcent leurs capacités de production pour répondre à cette demande ».
De fait, Yaoundé a déjà engagé une politique d’import‑substitution similaire, arrêtant en 2025 les importations de coupes de poulet et de porc pour favoriser la production locale, tout en maintenant quelques importations de produits transformés. � Cette démarche illustre une volonté commune dans la sous‑région de réduire la sortie de devises et de valoriser les filières internes.

Pour Dr Marie Tchana, analyste en développement rural au centre de recherche économique de Douala, « le défi ne se limite pas à la simple interdiction d’importations. Il s’agit de renforcer les chaînes locales de production, notamment en assurant l’accès à des intrants moins coûteux, à l’énergie, aux services vétérinaires et à des infrastructures comme les abattoirs et les chaînes du froid. Sans cela, les producteurs locaux risquent de ne pas satisfaire la demande galopante ou de le faire à un prix plus élevé».

Ce point rejoint les observations de plusieurs études économiques, qui montrent que les restrictions d’importations peuvent stimuler la production locale à long terme, mais peuvent aussi provoquer une hausse des prix pour les consommateurs si l’offre domestique ne suit pas rapidement la demande.
Pour le Cameroun, pays frontalier plus grand et plus diversifié, l’effet pourrait être double. D’un côté, la création d’un marché gabonais pour la viande de poulet locale pourrait constituer une nouvelle débouchée pour les éleveurs camerounais, renforçant ainsi les investissements dans des fermes intégrées et des réseaux de distribution. D’un autre côté, sans investissements suffisants, même un marché élargi ne suffira pas à compenser les coûts de production élevés qui pèsent sur l’aviculture locale.

L’économiste Mboula ajoute : « Pour réellement bénéficier de cette ouverture, des pays comme le Cameroun doivent mettre en place des politiques coordonnées (facilitation d’accès au financement, soutien à la filière fourragère, réduction des contraintes logistiques transfrontalières) afin de compétitiviser leurs produits sur le marché régional ».

En pratique, l’interdiction gabonaise s’accompagne déjà d’une mobilisation des acteurs locaux, avec des forum de concertation et des feuilles de route pour structurer la filière. Les experts soulignent toutefois que le calendrier est serré : pour que la production locale remplace effectivement les importations sans créer de pénuries ou une inflation des prix, les efforts de structuration doivent s’accélérer dans les deux à trois prochaines années.

Au total, l’initiative gabonaise offre une opportunité de repenser l’agriculture régionale et de stimuler une filière avicole compétitive, mais elle met également en lumière les défis structurels persistants du secteur en Afrique centrale. Pour transformer cette mesure en succès économique partagé, la coopération régionale, l’investissement privé et le soutien public coordonné seront essentiels.

Jean -René Meva’a Amougou

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